Resident Evil, Silent Hill, The Evil Within, Project Zero, FEAR, Until Dawn... Le jeu vidéo a depuis deux décennies excellé à nous faire de plus en plus peur en nous plongeant dans des cauchemars de plus en plus réalistes. Sauf un, qui a fait le pari inverse : vous terroriser en ne vous montrant pas grand-chose.

"The Last Door", une enquête lovecratienne faite de pixels
"The Last Door", une enquête lovecratienne faite de pixels © The Game Kitchen

"La Faute aux Jeux Vidéo" est une émission culturelle. Voici donc, avant toute chose, un nouveau mot à découvrir : "minimalisme". Selon la définition qu'en donne Wikipédia :

"Le minimalisme (ou art minimal) est un courant de l'art contemporain, apparu au début des années 1960 aux États-Unis. [...] Les peintres minimalistes désirent limiter toute trace de facture picturale ou d'intervention de la main du peintre. Aussi, les œuvres minimalistes se composent généralement de deux ou trois couleurs et de formes basiques : ronds, carrés, lignes droites, etc."

Alors, pourquoi parler de minimalisme dans une chronique sur les jeux vidéo ? Parce que d'un certain point de vue, le jeu vidéo aussi a ses exemples de minimalisme. Paradoxal, pour un support qui semble toujours aller plus loin dans le réalisme visuel. Et pourtant, parfois, le message que souhaite faire passer le créateur d'un jeu nécessite de revenir à sa plus simple expression. Et en jeu vidéo, la plus simple expression, c'est le gros pixel.

Poe, Lovecraft ou Maupassant version Lego

"The Last Door" en est un parfait exemple... Son concept même est un défi, voire une performance artistique : à l'heure de la réalité virtuelle, peut-on scotcher un joueur, lui faire peur, lui raconter une histoire effrayante, avec des personnages et des décors esquissés en quelques gros carrés ? La réponse est oui, et pour y arriver, "The Last Door" compense le minimalisme de son graphisme par une écriture inspirée des classiques de la littérature horrifique.

Tout commence dans le sombre grenier d'un manoir du Sussex, en octobre 1891. Au centre de cette scène, un homme, une chaise, et une corde. Sa mort est le point de départ de l'enquête de Jeremiah Devitt, que vous incarnez. Il y a bien longtemps, il faisait partie d'un petit groupe d'amis dans un pensionnat écossais. Et c'est une petite phrase en latin qui va le faire voyager jusqu'au manoir des Beechworth : "Videte ne quis sciat" ("Ne laisse personne savoir").

Une fois sur place, personne ne vient accueillir Jeremiah, qui va petit à petit explorer la bâtisse. Jusqu'à découvrir un autre corps, celui de la femme d'Anthony, Anna. Sur les murs de sa chambre, elle a peint en rouge les mots "Laissez-moi tranquille", avant d'écrire une lettre tout aussi énigmatique :

"Je ne sais quelle sombre puissance a transformé mon mari en ce qu'il est maintenant, un étranger au regard privé de raison, de compassion et de chaleur humaine. Je ne sais quelle ombre a pu doucement obscurcir nos vies, quelle entité réside désormais dans nos âmes. Bientôt, je serai libérée de cet abîme de folie et de peur. Bientôt, j'arrêterai de trembler."

Suggérer l'horreur à l'oreille

Comme souvent dans le monde du fantastique, ce qui est suggéré est plus effrayant encore que ce que l'on voit clairement. Et "The Last Door" a pris cette contrainte au pied de la lettre : le style graphique du jeu, qui ne fait qu'ébaucher son univers avec de gigantesques pixels, est après tout une manière comme une autre de troubler notre vision.

Toute l'astuce est ailleurs : on ne voit pas grand chose, mais on entend mieux que dans beaucoup de jeux. D'abord la musique, écrite spécialement pour un orchestre, mais aussi et surtout les bruitages, qui eux ne pourraient pas être plus réalistes puisque les créateurs du jeu les ont enregistrés fidèlement, ce qui accentue encore le décalage avec l'aspect visuel. Un contraste qui fait de "The Last Door" une enquête qui aurait sans doute fait claquer des dents Howard Phillipps Lovecraft "himself".

🎮 "THE LAST DOOR" - Disponible sur PC, Mac, iOS, Android, PlayStation 4 et Switch

Merci à Rémi Brancato, Laetitia Gayet et Emmanuel Leclère pour le doublage des voix

Bonus : les premières minutes du jeu en vidéo

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