C'est un cocktail étrange que propose ce jeu vidéo de Gabe Cuzzillo : de l'action intense couplée à de l'improvisation musicale déjantée. Une expérience qui parvient non seulement à rendre hommage à la grande époque du jazz, mais aussi tout simplement à en faire.

Quand un gorille virtuel vous aide à égaler le héros batteur du film "Whiplash"
Quand un gorille virtuel vous aide à égaler le héros batteur du film "Whiplash" © Devolver Digital

Avant de poursuivre cette chronique, je vais devoir vous demander de me faire confiance et d'aller au bout pour comprendre ce qu'est vraiment "Ape Out" : sur le papier, c'est un jeu qui a l'air violent, bête et méchant, mais il est en fait malin comme un singe. Et pour cause : on y joue un gorille, enfermé dans une cage, qui va devoir s'évader en projetant violemment contre les murs tous les humains qui tentent de le mettre hors d'état de nuire. Tout ça avec seulement deux boutons : un pour saisir vos ennemis, et un autre pour leur filer de grandes mandales. On vous laisse imaginer l'effet que peuvent avoir deux bras de gorilles lancés à pleine vitesse sur un malheureux garde.

A priori, c'est donc un jeu défouloir, qui ne va pas trop solliciter nos neurones... Mais quand on commence, on voit tout de suite que "Ape Out" a un truc en plus. Visuellement déjà, il a une véritable patte graphique, faite uniquement d'aplats de couleur : les personnages et tous les éléments du jeu semblent découpés dans du papier coloré. De quoi rappeler aux amateurs de jazz les fameuses pochettes de disque du label Blue Note. D'ailleurs, les niveaux sont représentés par des titres de morceaux imaginaires, écrits sur la pochette d'un vinyle. Et lorsqu'on lance une partie, les premiers sons ne trompent pas : il y aura de l'action, et il y aura du swing.

Du rythme dans les baffes

Vous voilà aux commandes du fameux gorille, bien tranquille dans sa cage, attendant le début du morceau... Et c'est vous qui décidez quand commencer à frapper, ou plutôt à jouer, au sens musical du terme. Dès le premier coup porté, on comprend le véritable concept du jeu. Mener votre gorille à la fin du niveau n'est qu'un prétexte : vous n'êtes pas dans un jeu d'action, vous êtes dans un jeu musical, où chaque acte de violence cartoonesque est un instrument.

En fond sonore, il y a une ligne de batterie toute simple et permanente, mais tout le reste dépend de vous. Par exemple, un coup de feu tiré par un garde fera claquer une cymbale, et un coup porté par votre gorille retentira aussi sur une grosse caisse. Quant à l'intensité de la musique, elle dépend de l'intensité de ce qui se passe à l'écran : "piano" dans les moments calmes, "fortissimo" si une alarme se déclenche.

Performance physique et musicale

"Ape Out" n'est pas qu'un jeu-hommage au jazz, il est lui-même du jazz. Les développeurs ont créé un système de musique réactive en utilisant plusieurs milliers de sons enregistrés avec un vrai batteur, qui ressortent de manière aléatoire en fonction de ce qui se passe à l'écran.

Chaque partie est donc, par définition, une performance musicale radicalement différente de la précédente. En vous mettant aux commandes d'un gorille au swing imparable, le jeu vous rend autant responsable de son destin que de la qualité de son improvisation. C'est parfois épuisant, mais terriblement gratifiant, et même l'écran de fin de jeu vous donne l'impression d'avoir trouvé la conclusion parfaite à un solo d'enfer.

🎮 APE OUT - Disponible sur PC et Switch

Bonus 

Et si France Inter aussi se mettait aux vidéos "Let's Play" ? Olivier Bénis vous propose une balade visuelle dans les premières minutes du jeu pour compléter sa chronique "La faute aux jeux vidéo".

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