Cette semaine, on va s’intéresser à un étrange jeu qui nous apprend la patience... Et qui nous l’apprend parfois un peu à la dure. Bienvenue dans une partie qui peut durer, au maximum, 400 jours d’affilée.

Dans "The Longing", la vertu essentielle est la patience (ou pas).
Dans "The Longing", la vertu essentielle est la patience (ou pas). © Studio Seufz

Quand j’ai joué pour la première fois à "The Longing", je ne savais pas trop à quoi m’attendre. Le jeu s’ouvre sur un travelling vertical qui nous fait descendre petit à petit dans les profondeurs d’une gigantesque caverne. Au fond de cette caverne, un immense roi, fait de roche et assis sur un trône de pierre, s’adresse à une frêle créature humanoïde qu’il tient dans le creux de sa main. "Tout ce que je te demande, c’est d’attendre", explique le souverain. "Je vais maintenant dormir durant 400 jours afin de rassembler ce qui me reste de forces."

Comme pour appuyer ses dires, un énorme compte à rebours apparait en haut de l’écran, pour afficher les jours, heures, minutes et secondes pendant lesquelles l’ombre va devoir attendre, dans un petit recoin de la caverne qu’elle a sobrement aménagé comme une modeste chambre. Un petit fauteuil, une bibliothèque (peu garnie), un bout de charbon et quelques feuilles de papier. Bien maigre pour s’occuper pendant cette longue attente.

Dans les premières minutes de jeu, j’ai cliqué un peu partout pour que la petite ombre dessine un tableau, essaie de lire un livre, tente d’allumer un feu, en vain faute d’avoir des silex. Et puis, j’avais d’autres choses à faire, alors j’ai coupé le jeu, je suis allé au travail, j’ai testé d’autres jeux.

Un concept cruel mais étrangement addictif

Un mois a passé et je me suis souvenu que je n’avais pas beaucoup avancé dans "The Longing". Et quand j’ai relancé le jeu, toute la cruauté de son concept m’a frappé en plein visage. "Je ne me suis jamais sentie aussi seule que ces dernières semaines", m’a dit l’ombre quand je l’ai retrouvée, misérable et allongée à même le sol.

Car pendant que je vivais ma vie, elle regardait passer les heures et les jours. Et pendant tout ce temps, je l’avais laissée seule, sans aucune activité, abandonnée de tous dans sa caverne. C’est là que j’ai compris que le compteur n’était pas là pour faire joli : une fois la partie lancée, le temps s’écoule inexorablement dans le jeu, que vous soyez là ou non.

Le jeu vous donne donc une sacrée responsabilité : il met entre vos mains le sort de l’ombre, où plutôt les conditions dans lesquelles elle va attendre le réveil de son roi. Vous pouvez très bien décider de l’abandonner là, et dans 400 jours, que vous ayez interagi avec ou non, le jeu sera terminé. Mais dans ce cas, vous seriez aussi cruel que le roi qui lui a imposé cette insupportable situation.

Ou vous pouvez essayer de faire quelque chose pour l’ombre. Lui indiquer des directions, voire l’inciter à braver l’interdit et à explorer les interminables corridors creusés dans la roche. Car la plus grande énigme que vous propose le jeu, c’est son concept lui-même. L’histoire dure-t-elle forcément 400 jours, ou bien y a-t-il une sortie, une échappatoire, un moyen d’échapper au carcan qu’elle nous impose ? Pour le savoir, il va falloir s’armer de patience.

Une expérience vraiment pas comme les autres

"The Longing" est un pari osé pour un jeu vidéo : un éloge de la lenteur. Que vous soyez là ou pas, l’ombre vit à son rythme. et son rythme n’est vraiment pas rapide. D’ailleurs ce qui va vous frapper dès le début du jeu, c’est qu’elle marche extrêmement lentement. Vous aurez même parfois l’impression qu’elle le fait exprès pour vous agacer. Mais il n’y a en fait nulle malice dans le comportement de l’ombre : elle vit juste différemment l’écoulement du temps.

Heureusement pour vous, rien ne vous oblige à suivre tout ce qu’elle fait, vous pouvez aussi lui proposer de se balader au hasard (et quand vous reviendrez, elle aura découvert d’autres lieux). Ou bien l’aider à trouver, sinon une sortie, quelques échappatoires pour tuer l’ennui. De nouveaux livres par exemple : c’est d’ailleurs l’un des plus jolis détails du jeu, qui contient des textes intégraux de vrais livres, comme "l’Iliade" ou "Moby Dick". Et chaque fois que vous tournez une page, une minute s’écoule. Car c’est bien connu, pour tuer le temps, rien de tel qu’un bon bouquin… ou qu’un jeu vidéo aussi original que "The Longing".

🎮 "THE LONGING" - Disponible sur PC et Mac

Merci à Laetitia Gayet et Emmanuel Leclère pour le doublage des voix

Bonus : les premières (longues) minutes du jeu en vidéo

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