Un jeu vidéo de puzzle peut-il nous faire réfléchir sur l'amour, le mariage, la peur de l'engagement, l'adultère, le sexe, la culpabilité et autres thèmes aussi adultes que sérieux ? La réponse tient en quelques moutons et un prénom (mais en deux orthographes) : Catherine/Katherine.

Dans "Catherine", le héros Vincent doit affronter physiquement ses doutes et sa peur de l'engagement
Dans "Catherine", le héros Vincent doit affronter physiquement ses doutes et sa peur de l'engagement © Atlus

[NDLR : Chronique réalisée sur la version "Classic" du jeu ; une version "Full Body", qui ajoute un personnage supplémentaire et complexifie encore un peu le scénario, vient tout juste de sortir]

Depuis quelques jours, Vincent dort très mal. Il vient de changer de boulot, déprime dans son studio bordélique de célibataire, et pour couronner le tout, sa petite amie Katherine (avec un K, c'est important) lui parle régulièrement de mariage, à lui qui refuse toute forme d'engagement. Pire, quand il ferme les yeux, il fait de terribles cauchemars où, en caleçon et son oreiller à la main, il escalade une gigantesque tour en déplaçant des blocs, entouré de moutons paniqués qui tentent de le faire tomber. En gros, la version de Tetris à laquelle on joue sans doute en Enfer.

Encore pire, un matin, après l'un de ces cauchemars, il se réveille aux côtés de Catherine... Mais pas la bonne. Elle, c'est Catherine avec un "C", et il n'a aucun souvenir de la nuit passée avec elle. Évidemment, Catherine (avec un C) ne sait rien de l'existence de Katherine (avec un K), et inversement. Et ça ne va pas s'arranger au fil des nuits (émaillées de rêves de plus en plus inquiétants) et des jours (où Vincent va s'enfoncer de plus en plus dans une situation potentiellement explosive).

Confortable et simple jusqu'ici, la vie de Vincent va donc devenir insupportablement complexe par rapport à ses anciens soucis de grand adolescent. Surtout qu'en parallèle, les infos à la télé parlent en boucle d'une série de morts mystérieuses qui frappe les mâles trentenaires dans leur sommeil...

Moutons et ménage à trois

Cette histoire de ménage à trois pourrait être classique, mais elle est traitée de manière très originale via le jeu vidéo... Parce qu'évidemment, c'est au joueur qu'il revient d'aider Vincent à surmonter toutes ces épreuves, dans deux types de phases de jeux très différentes. Les soirs (que votre anti-héros passe au bar avec ses amis), il doit discuter, échanger des textos avec sa petite amie et sa maîtresse, et tenter de maintenir un équilibre précaire dans sa vie.

Les nuits, vous dirigez le pauvre Vincent dans ses cauchemars, des puzzles de plus en plus complexes (aucune honte, d'ailleurs, à choisir le mode "facile" du jeu pour ne pas risquer un AVC, tant les niveaux peuvent vite devenir horriblement difficiles) dont vous devez atteindre le sommet le plus vite possible. Car en bas, depuis l'ombre, surgissent régulièrement des versions gigantesques, monstrueuses et meurtrières de sa peur de s'engager, de devenir père ou de décevoir... Matérialisations grotesques d'angoisses quasi universelles.

D'ailleurs le jeu pousse la perversité jusqu'à vous intégrer à l'histoire de Vincent, en vous posant régulièrement, à la fin des niveaux, des questions très personnelles sur votre rapport au couple et aux autres, avant de comparer votre réponse à celle de tous les autres joueurs sur Internet.

Un cocktail inédit et explosif

Il y aurait encore des dizaines de choses à dire sur "Catherine" (le jeu), tant cette œuvre est est totalement barge, avec son univers visuel qui doit autant à l'animation japonaise qu'à toute la symbolique du catholicisme, et ses musiques qui tordent joyeusement des partitions célèbres de la musique classique.

Comme les cocktails que Vincent enquille dans son bar préféré, "Catherine" mélange des ingrédients qu'on pourrait penser incompatibles pour en tirer un breuvage inédit, inimitable, qu'on peut trouver délicieux ou écœurant : il faut y goûter pour savoir.

🎮 "CATHERINE" - Disponible sur PC (version "Classic") et PlayStation 4 (version remastérisée "Full Body")

Merci à Rémi Brancato, Lorélie Carrive et Léa Guedj pour le doublage des voix

Bonus : les premières minutes du jeu en vidéo (et en topless)

L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.