Est-ce qu'un jeu vidéo peut être assez prenant pour ne pas voir les heures défiler dans le monde réel ? Si la question de l'addiction fait encore débat, on sait que certains jeux ont l'art de ne pas nous lâcher : au sommet de la liste, on peut sans risque réserver une place à la série Civilization.

Les jardins suspendus de Cracovie, l'une des délicieuses absurdités historiques que vous permet de réaliser Civilization VI
Les jardins suspendus de Cracovie, l'une des délicieuses absurdités historiques que vous permet de réaliser Civilization VI © 2K Games

C'est une petite musique que l'on entend régulièrement : comme le tabac, l'alcool, la drogue, ou les jeux d'argent, le jeu vidéo pourrait nous rendre accro, et nous scotcher des heures devant l'écran. Une idée qui a trouvé un argument de poids l'année dernière, quand l'Organisation Mondiale de la Santé a intégré le "trouble du jeu vidéo" dans sa Classification internationale des maladies (une définition tout de même très restrictive, limitée à des situations où l'impact sur les activités personnelles, sociales ou éducatives se prolonge pendant au moins un an).

Le choix de l'OMS est encore très contesté, y compris par de nombreux spécialistes du jeu vidéo et des addictions : pour caricaturer, il y a d'un côté ceux qui pensent que le jeu vidéo peut être à l'origine d'une addiction, la créer, et de l'autre ceux qui pensent (comme moi) qu'il est un simple symptôme d'un comportement addictif, qui pourrait tout aussi bien s'exprimer à travers d'autres activités.

Mais je l'avoue bien volontiers, il existe une faille de taille dans ce raisonnement, un cas bien précis qui ébranle mes convictions, et qui m'oblige à admettre que, si le jeu vidéo n'est pas une drogue, peut-être que oui, devant ce jeu-là, en particulier, il m'est arrivé de me retrouver coincé plusieurs heures d'affilée sans voir le temps passer. Ce jeu, c'est "Civilization".

Le moyen le plus inoffensif d'écrire son roman national

"Civilization" est une série de jeux vidéo née en 1991 de l'imagination du développeur canadien Sid Meier... Et si l'on va s'intéresser ici au sixième épisode (qui vient de bénéficier d'une extension sur PC et d'une sortie sur Switch), sachez que tout ce qui suit s'applique à l'ensemble de ses prédécesseurs.

Dans "Civilization VI", vous allez tout simplement prendre en main l'Histoire, avec un grand H, celle d'un peuple dont on va vous confier le sort pendant plusieurs milliers d'années (pas en temps réel, rassurez-vous). Il va donc falloir faire des choix : où construire la capitale et les différentes villes de votre nation, quelles découvertes scientifiques, philosophiques, économiques, guerrières, religieuses développer, ou quelle attitude adopter avec vos voisins, de la diplomatie au commerce en passant par la guerre ouverte...

Qu'est-ce qui fait que le jeu est aussi prenant, voire addictif ? D'abord il y a cette ambiance typique, cette couche de vernis par-dessus le concept de base qui l'empêche d'être austère. Le plateau de jeu virtuel fourmille d'activité, la musique vous enveloppe, et chaque petite progression est prétexte à des citations de grands auteurs, déclamées par un narrateur mi-scolaire mi-complice. "Civilization VI" donne l'impression de nager paisiblement dans une mer d'intelligence et de culture.

"Juste un dernier tour et j'arrête"

En laissant l'Histoire devenir votre jouet, il se permet aussi de délicieuses absurdités historiques. Vous pouvez incarner un Gandhi devenu chef de guerre et inventeur de la bombe atomique, faire de la Reine Victoria une pionnière de la conquête spatiale, ou d'Alexandre Le Grand un président de la République philosophe et pacifiste. La réalité historique est bien loin, mais le jeu développe une vision optimiste rafraîchissante de notre Histoire.

Enfin, il y a son fonctionnement même. Comme dans un jeu de société, dans "Civilization VI" on progresse tour par tour : vous prenez une ou plusieurs décisions plus ou moins cruciales, puis vous laissez vos adversaires faire de même, et ainsi de suite. Et c'est diaboliquement efficace : c'est le syndrome du "juste un dernier tour et j'arrête", qui fait que l'on a constamment envie de savoir si notre dernier mouvement était le bon, et ce qu'il a bousculé dans l'équilibre des forces...

Alors oui, "Civilization VI" est un engrenage dont il faut savoir s'extraire à la seule force de sa volonté... Mais qui pourrait résister à un jeu qui vous offre le monde sur un plateau ?

CIVILIZATION VI - Disponible sur PC, Mac, Switch et iPad

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