Plongée lumineuse sur la forme, mais sombre sur le fond, dans l'esprit d'un écrivain qui tente de retrouver des souvenirs enfouis... Et qui l'ont peut-être été pour une bonne raison. Un jeu à la réalisation originale et impeccable.

Dans "The Shattering", rien n'est ce qu'il semble être : normal quand on explore son propre esprit
Dans "The Shattering", rien n'est ce qu'il semble être : normal quand on explore son propre esprit © Deck13

Jouer à "The Shattering" n'est pas une expérience agréable. Oui, je sais, c'est toujours étrange de dire qu'un "jeu" peut ne pas être "agréable", tant le mot "jeu" sous-entend au contraire une forme de plaisir ou de détente. Mais ça ne veut pas dire que "The Shattering" est un mauvais jeu, loin de là.

Vous êtes John Evans, un écrivain qui traverse visiblement une très mauvaise passe. Au commencement, tout est blanc autour de vous. Et tout ce que vous entendez, c'est la voix du docteur Richards. Il vous propose une sorte de séance d'hypnose, pour tenter de retrouver certains de vos souvenirs perdus, et vous demande pourquoi vous n'arrivez pas "à vous souvenir d'elle".

Qu'a oublié John ? Pourquoi l'a-t-il oublié ? Pour le savoir, il va devoir explorer son propre esprit, et c'est vous qui allez le guider.

Quand on se balade dans des souvenirs, tout peut arriver

Rien de ce qui vous entoure n'est tangible, et le jeu joue énormément sur le fait qu'un esprit est quelque chose d'instable, de changeant, guidé par des instincts, des réflexes et rarement par la logique. En avançant dans le cerveau de John, on passe d'un lieu, d'une époque à une autre, d'un traumatisme d'enfance à des angoisses d'adulte. Toujours guidé par la voix du docteur Richards.

Une voix qui tente de rassurer John, mais qui semble elle-même inquiète. D'autant que le joueur, entre deux balades dans des souvenirs mouvants, peut aussi lire les réflexions du psychiatre. Autant de petites phrases qui vous font comprendre qu'il s'est passé quelque chose de grave.

Déstabilisant, mais dans le bon sens du terme

Ce qui fait la grande force du jeu, c'est sa réalisation, aussi audacieuse qu'efficace. Ici, on mise sur votre propre confusion en tant que joueur, et votre envie de comprendre. Pas de couloirs sombres, comme dans un triller, mais des décors tout en nuances de blanc, un blanc presque aveuglant, parsemé de touches de couleurs. Des décors inquiétants parce que vivants : les pièces s'agrandissent ou rétrécissent, les couloirs s'étirent, les murs s'effondrent au rythme des émotions suscitées par le docteur Richards. Dans un sens, la manière dont votre personnage matérialise (et déforme) la réalité en dit beaucoup plus sur lui que les quelques pensées qu'il écrit pendant son parcours.

Le jeu prend le parti de ne jamais montrer aucun personnage, mais seulement les mouvements des objets qu'ils manipulent, et les conséquences de leurs actions sur le monde et l'esprit de John. Un esprit qui prend petit à petit conscience des blessures qu'il a subies.

Non, décidément, jouer à "The Shattering" n'est pas une expérience agréable. Mais c'est justement son objectif : faire ressentir à quel point tenter d'aller mieux peut être éprouvant. C'est ce qui rend cette "aventure intérieure" étrangement fascinante.

🎮 "THE SHATTERING" - Disponible sur PC

Merci à Julien Baldacchino pour le doublage des voix

Bonus : les premières minutes du jeu en vidéo

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