Pour commencer cette nouvelle saison en frappant un grand coup, coup de projecteur sur un jeu défouloir à la violence exacerbée, devenu culte en quelques années, et bien plus malin qu'il en a l'air... À tenir évidemment hors de portée des enfants.

"Hotline Miami", un jeu vidéo qui rend brutalement hommage aux années 80
"Hotline Miami", un jeu vidéo qui rend brutalement hommage aux années 80 © Devolver Digital

Quand j'ai commencé cette chronique l'année dernière, j'avais un objectif principal : tordre le cou aux clichés sur le jeu vidéo, notamment le fait qu'ils seraient presque tous violents voire ultra-violents, et prouver qu'ils peuvent raconter des histoires de centaines de manières différentes, voire nous faire réfléchir. Et puis, quand je me suis demandé de quel jeu j'allais parler pour commencer cette deuxième saison, je me suis dit qu'on pouvait peut-être aller encore plus loin : et si même un jeu basé presque entièrement sur la violence pouvait aussi avoir toutes sortes de choses intéressantes à décrypter ? Après tout, il y a bien dans le cinéma ou la littérature des œuvres reconnues malgré leur violence omniprésente...

Le meilleur exemple (ou le plus extrême), c'est "Hotline Miami", tout juste réédité sur Switch.

Bienvenue en Floride, à la fin des années 80. Vous incarnez un personnage dont on ne sait rien, et dont vous ne saurez pas grand chose de plus en progressant dans l'histoire. Tout ce que vous savez, c'est qu'il reçoit régulièrement des coups de téléphone qui lui demandent, plus ou moins directement, de tuer des groupes de criminels dans différents bâtiments de la ville.

Difficile de savoir si ces appels sont bien réels ou si votre anti-héros est totalement dérangé. Mais à chaque fois, il va se vêtir d'un masque d'animal et exécuter les ordres. Sans pitié, brutalement, à mains nues ou armé de tout ce qu'il trouvera sur son chemin, dans un déchaînement de violence d'autant plus intense que les adversaires peuvent l'éliminer en un seul coup, vous obligeant à recommencer encore et toujours, à réagir à la milliseconde près, jusqu'à trouver le parfait enchaînement de meurtres pour arriver à la porte de sortie.

Hommage sanglant aux années 80

Un jeu à ne surtout pas mettre entre toutes les mains : "Hotline Miami" fait passer les affrontements de Mortal Kombat pour de sympathiques câlins avec des peluches toutes douces. Heureusement, rien de tout ça n'est réaliste : le jeu joue la carte de la nostalgie des années 80 jusque dans ses graphismes, adoptant une vue de dessus en gros pixels, des couleurs fluo et les adversaires ont des comportements de robots déshumanisés, prévisibles, sans émotion visible. Le tout sur une bande originale hommage aux synthés de l'époque, qui rappelle celle du film "Drive" avec Ryan Gosling, auquel le jeu fait largement référence.

Bref, un style bien à lui, très marquant, qui a inspiré une foule d'autres jeux vidéo indépendants ensuite, tentés par cette équation simple : pixels + années 80 + violence = succès garanti. Sauf que peu de ces jeux sont aussi malins que l'est en fait "Hotline Miami".

Lorsque le jeu est sorti pour la première fois, en 2012, il a un peu divisé les joueurs. Et je me souviens très bien d'une critique en particulier, qui disait que c'était l'exemple type du "jeu qui rend stupide". Ce n'est pas totalement faux : la structure même du jeu, très punitive, voire frustrante, vous oblige petit à petit, pour réussir à progresser, à déconnecter votre cerveau, à couper tout intermédiaire entre ce que vous voyez à l'écran et la réaction de vos doigts pour presser le bon bouton. 

De la violence pour caricaturer la violence

Sauf qu'à mon avis, c'est passer à côté d'un aspect bien plus subtil : ce qui se passe lorsque votre cerveau se reconnecte, justement. "Hotline Miami" est un jeu qui nous met face à la violence que nous avons tous en nous : en la rendant excessivement colorée et "fun", en exagérant à la fois la difficulté du jeu et la manière dont il nous récompense, avec d'énormes chiffres fluo qui affichent les points gagnés dès qu'un ennemi tombe sous vos coups. C'est un jeu violent, certes, mais surtout une caricature de tous les jeux violents...

Et le malaise qu'il peut créer est parfaitement volontaire de la part des créateurs du jeu. À la fin de chaque niveau, vous êtes par exemple obligé de revenir sur vos pas pour sortir, et donc de constater les dégâts que vous avez faits, cette fois sans aucune musique, dans un silence presque culpabilisant. Quant au personnage que vous incarnez, une fois le premier niveau terminé, échappe un instant à votre contrôle pour tomber à genoux, victime de violentes nausées. Il a la réaction que nous devrions avoir.

Hotline Miami est l'un des rares jeux de son genre à nous poser cette question : et si le mystérieux commanditaire au bout du fil, l'origine de toute violence dans le jeu vidéo, c'était tout simplement le joueur ?

🎮 "HOTLINE MIAMI" - Disponible sur PC, Mac, PlayStation 4 et Switch

Bonus : les premières minutes du jeu en vidéo

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