Pour cette première chronique sur les jeux vidéo, on abandonne les vacances au soleil pour aller visiter Wellington Wells, sympathique village britannique où tout le monde est heureux grâce à de petites pilules du bonheur. Seul détail un peu gênant : elles sont obligatoires, sous peine d'avoir de très gros ennuis.

Dans "We Happy Few", tout le monde est heureux, et il vaut mieux ne pas arrêter de l'être
Dans "We Happy Few", tout le monde est heureux, et il vaut mieux ne pas arrêter de l'être © Compulsion Games

C'est dans cet univers champêtre (et légèrement inquiétant sous le vernis fluo et pop) que nous emmène le jeu "We Happy Few". Ici, tout est beau : les rues sont peintes aux couleurs de l'arc-en-ciel, les gens sont polis, bien élevés, prévenants. Bref, tout le monde nage dans le bonheur. Sauf que ce bonheur, ils le doivent à de petites pilules, qu'ils appellent la Joy (la joie, littéralement) et que  les habitants gobent comme des bonbons.

Mais n'allez pas leur dire qu'ils sont drogués : ils sont juste... heureux. En tout cas, ils ont l'impression de l'être, et ils ont plutôt intérêt à donner l'impression de l'être. C'est ce que va découvrir (à ses dépens) Arthur Hastings, que vous allez incarner dans la première (longue) partie du jeu.

Arthur aime son petit monde tranquille et son travail, qui consiste (entre deux comprimés de Joy) à trier les archives des journaux locaux. Il ne garde que les bonnes nouvelles : toutes les autres, il les efface de la mémoire collective. Mais un beau jour, Arthur va tomber sur un article sur son frère, disparu 20 ans auparavant, en pleine Seconde guerre mondiale...

Bien trop polis, même pour des Anglais

Arthur va se souvenir, et surtout arrêter de prendre ses petites pilules, dont il comprend qu'elles effacent la mémoire des habitants. Et il  découvre un tout autre sens à la devise affichée sur les murs de son lieu de travail : "Happy is the country that has no History" ("Heureux le pays qui n'a pas d'Histoire"). Sauf qu'évidemment, ses collègues vont vite se rendre compte qu'Arthur ne va pas aussi bien que prévu...

"We Happy Few" devient alors une descente aux Enfers : le jeu nous emmène dans une aventure improbable entre les rues trop idéales de  Wellington Wells et la misère des taudis qui l'entourent, là où survivent tant bien que mal ceux qui ont refusé de prendre la fameuse drogue, et qui ne se souviennent que trop bien POURQUOI la plupart des habitants ont choisi de tout oublier. Seul indice : dans la région, vous aurez beau chercher dans tous les recoins de la ville, vous ne rencontrerez jamais un seul enfant...

Jack a dit : "stopie"

On va donc mener l'enquête au cœur d'un régime totalitaire, puisque tout semble dirigé dans l'ombre par un très paternaliste "Uncle Jack", omniprésent sur les écrans de télé de la ville. On est quelque part entre le "1984" de George Orwell (ce n'est d'ailleurs pas un hasard si le  jeu se déroule en 1964), Orange Mécanique pour l'ambiance visuelle et sonore, et une pincée d'Alice au Pays des Merveilles pour le côté délirant et menaçant à la fois... Le tout assaisonné d'humour british à travers le personnage d'Arthur, délicieusement pince sans rire et désabusé (notez que vous pourrez jouer deux autres personnages aux parcours plus ou moins liés à l'histoire d'Arthur).

"We Happy Few" est un jeu aussi coloré que dérangeant, et même s'il n'est pas sans défaut, il offre une expérience tellement unique qu'il serait dommage de ne pas aller s'y perdre quelques heures. Au pire, vous aurez appris à survivre efficacement dans une société totalitaire droguée aux anti-dépresseurs... Et si ça devait vraiment arriver, promis, ce ne serait pas la faute aux jeux vidéo.

WE HAPPY FEW - Disponible sur PC, Xbox One et PlayStation 4

Merci à Valérie Cantié et Léo Tescher pour le doublage des voix.

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