En regardant les réseaux sociaux depuis quelques semaines, on a l'impression que tout le monde y joue. Expliquer pourquoi ce dernier épisode d'Animal Crossing est si prenant est complexe... Mais on va essayer quand même. Rassurez-vous : aucun animal n'a été maltraité pendant la réalisation de cette chronique.

Dans la série "Animal Crossing", l'objectif est de trouver des objectifs (ou pas)
Dans la série "Animal Crossing", l'objectif est de trouver des objectifs (ou pas)

Cette semaine j'avais besoin de soulager votre conscience.  Depuis le début du confinement, je culpabilise : j'ai l'impression d'être passé à côté de quelque chose, d'avoir volontairement ignoré l'éléphant dans la pièce. Je me lance : je n'ai toujours pas parlé, dans cette chronique, de "Animal Crossing: New Horizons".

Alors oui, ça paraît dérisoire comme ça, mais il suffit d'aller sur les réseaux sociaux pour comprendre. C'est bien simple : sur Twitter, on a l'impression que tout le monde passe ses journées et ses nuits devant ce jeu. Et moi le premier : un mois après sa sortie, il a déjà englouti des dizaines d'heures de ma vie. Même d'un point de vue purement statistique, j'aurais dû en parler ! C'est le jeu vidéo qui s'est le mieux vendu dans le monde ces dernières semaines, il pourrait même battre le record absolu de ventes d'un jeu sur Switch... Non, vraiment, je n'ai aucune excuse, j'aurais dû en parler.

Sauf que je me suis dégonflé, quatre semaines de suite. Car "Animal Crossing" fait partie de ces jeux extrêmement difficiles à analyser et à décrypter. C'est bien simple : on adore ou on déteste, mais on serait bien en peine d'expliquer pourquoi. Et comment voulez-vous faire une chronique radio sur un jeu dont les seuls dialogues ressemblent à... impossible de les décrire, en fait.

Farniente virtuel

Mais cette fois, c'est décidé, fini de reculer devant l'épreuve : je m'attaque à cet Everest de la chronique de jeux vidéo. Je vais tenter de vous expliquer pourquoi, une fois tombé dedans, on ne peut plus résister à l'appel de la vie insulaire que propose "Animal Crossing".

L'histoire tient en deux phrases. Vous avez pris votre billet pour la formule "Évasion Île Déserte", proposée par Tom Nook, un raton-laveur aussi mignon que redoutable en affaires. Arrivé sur l'île avec ledit mammifère et deux autres animaux touristes, vous allez devoir construire pas à pas votre village pour en faire votre petit paradis.

ET C'EST TOUT. Une fois les bases apprises, le jeu vous donne bien quelques vagues objectifs à atteindre, mais pour le reste, en gros, vous faites ce que vous voulez. Parler aux autres habitants ou les ignorer, rendre votre île plus attractive ou faire en sorte qu'elle reste un secret bien gardé, cueillir des fleurs, planter des arbres fruitiers, agrandir votre maison, la décorer, pêcher des poissons, attraper des insectes, les proposer au musée local ou les garder pour vous, inviter vos amis du monde réel à visiter votre île ou explorer la leur... Ou absolument rien de tout ça.

Incitatif sans être (trop) addictif

Pour les néophytes comme pour des joueurs confirmés, difficile de comprendre l'intérêt de cet OVNI au milieu de la production vidéoludique : un jeu sans réelle histoire, sans challenge... Et pourtant. Tout le génie de "Animal Crossing", c'est de ne pas être vraiment un jeu vidéo, mais plutôt une compilation déguisée de tous les outils qu'a développés le jeu vidéo ces dernières années pour nous rendre accro.

Des ficelles utilisées de manière particulièrement efficace. Par exemple, le jeu est basé sur le déroulé réel des heures et des jours, et il se passe des choses différentes selon les jours de la semaine. Il vous permet aussi de collectionner diverses choses : insectes, poissons, fossiles, qui varient selon les saisons. Bref, vous êtes incité à revenir quotidiennement ou à certaines heures, pour ne rien rater.

Mais toute l'astuce, c'est que dans "Animal Crossing", rien de ce qui se passe n'est objectivement important. Vous savez que si vous jouez, il se passera des choses intéressantes, mais vous n'avez pas de pression. Ce qui rend le jeu attachant, c'est qu'il est incitatif, pas addictif : on y revient sans jamais avoir l'impression d'y être obligé, et on peut le quitter tout aussi facilement.

Vous c'est l'eau, c'est l'eau qui vous sépare

À l'inverse du monde réel mais aussi des jeux vidéo, aucun objectif ne vous est imposé, aucun délai n'est à respecter : c'est vous, et vous uniquement, qui décidez de ce que vous avez envie de faire ou non, et de l'importance que vous accorderez à ces tâches. Ici, il n'y a que des petites victoires, jamais d'échec.

Quant au succès incroyable de cet épisode Switch, sans commune mesure avec celui des épisodes précédents de la série, c'est une sorte d'heureux hasard : ce "New Horizons" est sorti au tout début du confinement, et c'était le jeu parfait au moment idéal. Il propose un univers bienveillant, teinté de douceur et d'humour léger, où le concept d'échange (au sens large du terme) est essentiel, y compris par les discussions suscitées au-delà du jeu. Pile ce qu'il nous fallait dans cette période où l'on a besoin plus que jamais de se reconnecter les uns aux autres.

🎮 "ANIMAL CROSSING: NEW HORIZONS" - Disponible uniquement sur Switch

Bonus : le décryptage complet en vidéo

L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.