C'est la dernière chronique de la saison ! Et pour cette dernière, on s'attaque à un jeu génialement déroutant : "Disco Elysium", jeu de rôles cynique, poétique et profondément politique.

"Disco Elysium", c'est d'abord le récit de la plus grosse gueule de bois de l'Histoire du jeu vidéo
"Disco Elysium", c'est d'abord le récit de la plus grosse gueule de bois de l'Histoire du jeu vidéo © ZA/UM

"Disco Elysium", c'est l'histoire d'une gueule de bois. Et pas une petite, hein : non, la gueule de bois carabinée, l'ultime gueule de bois, la reine du royaume des gueules de bois. Pas de bol, c'est sur votre crâne qu'elle règne, alors que vous vous réveillez en caleçon dans une chambre d'hôtel dévastée.

Et vous avez tout oublié. Genre, vraiment tout : votre nom et ce que vous foutez là, bien sûr, mais aussi des broutilles comme le pays voire la planète où vous vous trouvez, et même plus largement ce qu'est la réalité. Et pour couronner le tout, la plupart de vos conversations se font avec une vingtaine de voix dans votre tête. Bref, la journée s'annonce très longue.

Si c'était un livre, ce serait un pavé

Heureusement, vous allez tomber sur le lieutenant Kim Kitsuragi, un flic qui visiblement vous cherche depuis deux ou trois jours pour boucler une enquête sur un meurtre. Kim va vite comprendre que vous n'allez pas très bien, et que vous allez plus souvent être un boulet qu'un partenaire efficace.

De son côté, plus votre personnage va découvrir comment fonctionne ce monde, sur lequel il en sait aussi peu que vous, plus vous allez décider ce que vous en pensez.

Dans "Disco Elysium", ce qui compte, c'est moins la résolution de l'enquête (que vous pouvez choisir de totalement ignorer si ça vous chante) que la reconstruction de votre personnage. Le jeu emprunte beaucoup à la littérature : avec ses longs textes à lire et à écouter, ses dialogues où il s'agit moins d'obtenir des informations que de développer votre propre style, et son narrateur omniprésent et pince-sans-rire. Si c'était un livre, ce serait un pavé certes, mais aussi dense que passionnant, où le personnage principal est plus intéressant quand il se plante que quand il réussit, tant le jeu célèbre l'échec : la ville imaginaire de Révachol elle-même s'est construite sur les cendres d'une Révolution devenue mythique parce qu'elle a été un désastre total.

Un jeu très politique

Pas au sens militant du terme (même si vous pouvez y devenir aussi bien un artisan de la révolution communiste qu'un ultra-libéral convaincu), mais au sens philosophique. En partant d'un monde totalement imaginaire, mais aux problématiques familières, "Disco Elysium" ne fait que réinventer un genre vieux comme Socrate : l'utopie, la prise de distance avec le réel pour questionner tout ce qui le compose, et partir du principe que tout ce qu'on sait, c'est qu'on ne sait rien.

J'irai même jusqu'à dire qu'il y a plus d'intelligence et de hauteur de vue dans Disco Elysium que dans la plupart des débats politiques ou des plateaux d'éditorialistes, tant le jeu semble constamment lancer des défis à notre réflexion, à nos opinions, à notre vision du monde.

Si ça se trouve, parmi ceux qui y jouent, il y a les philosophes qui imagineront le monde d'après. Et s'il est meilleur, on pourra dire (fièrement pour une fois) que c'est un peu la faute aux jeux vidéo.

🎮 "DISCO ELYSIUM" - Disponible sur PC, Mac, PlayStation (et cet été sur Switch et Xbox One)

Merci à Valérie Cantié, Simon Le Baron et Frédérick Sigrist pour le doublage des voix

Bonus : les premières minutes du jeu en vidéo

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