Des chercheurs anglais ont réussi à ce qu’une équipe d’Intelligences artificielles batte la meilleure équipe humaine dans un jeu vidéo où il s’agit d’aller chercher des drapeaux dans le camp de l’équipe adverse et le rapporter dans son camp.

L'intelligence artificielle et l'homme
L'intelligence artificielle et l'homme © Getty / mikkelwilliam

Je dois faire un aveu : j’ai un problème avec l’Intelligence artificielle. Je ne sais jamais très bien comment il faut en parler : s’il faut s’émerveiller de ses progrès, s’en inquiéter, s’en réjouir, ni même dans quelle mesure on peut croire en ce qui nous en est raconté. Bref, je suis un peu perdu. Je vais vous donner un exemple, il y a quelques jours, la très respectée revue Science publiait un article tout à fait fascinant : des chercheurs anglais ont réussi à ce qu’une équipe d’Intelligences artificielles batte la meilleure équipe humaine dans un jeu vidéo où il s’agit d’aller chercher des drapeaux dans le camp de l’équipe adverse et le rapporter dans son camp. Etape apparemment cruciale dans le développement de ces programmes parce que s’ils sont déjà plus forts que nous en un contre un (souvenez-vous de la cuisante défaite du champion du monde coréen de jeu de Go en 2016), jusqu’ici on pouvait encore se targuer d’être les seuls à savoir collaborer. Donc voilà, apparemment, ce n’est plus le cas : les Intelligences artificielles peuvent collaborer, adoptent des stratégies d’équipe qui ressemblent à celles des humains, c’en est fini d’une autre prérogative de notre pauvre humanité...

Oui, mais voilà, quand on y regarde de plus près, on peut raconter cette histoire d’une autre manière.

D’abord : peut-on vraiment dire que ces programmes collaborent entre eux ? Ben non, pas vraiment. En fait, s’ils donnent l’impression de jouer ensemble et de se coordonner, les agents automatiques jouent individuellement. Ils répondent individuellement à ce qui se passe dans le jeu mais ne communiquent pas entre eux, ils ne pratiquent pas vraiment un jeu d’équipe. S’ils s’en tirent, c’est parce qu’ils brassent une quantité gigantesque d’informations en temps réel, mais surtout parce que l’univers de ce jeu est assez simple. On ne sait pas très bien ce que ça donnerait dans un univers plus complexe, a fortiori dans la vraie vie.

Ensuite, ces programmes ont appris à jouer tout seuls. C’est d’ailleurs ça, l’Intelligence artificielle, ce sont des programmes qui apprennent. En l’espèce, la méthode utilisée est le “reinforcement learning”, un apprentissage par essai/erreur qui permet en quelques semaines de battre des humains très entraînés... C’est très impressionnant. Oui, sauf qu’il leur est possible d’apprendre parce que le critère de réussite d’une stratégie est simple : gagner des points. Mais imaginons que le critère du succès ne soit pas un nombre de points mais quelque chose de plus subtil (le bonheur), là ce serait beaucoup plus compliqué…. 

Dernière chose : pour arriver à de tels résultats, il faut que les agents automatiques jouent l’équivalent de 4 ans de jeu en quelques semaines. Pour ça, il faut une énorme puissance de calcul, et donc beaucoup beaucoup d’argent. 

Donc, je pourrais vous dire “au vu de tout ça, on va se calmer un peu sur l’Intelligence artificielle”. Sauf que le risque, alors, est d’être irresponsable… Parce que malgré tout, les progrès de l’Intelligence artificielle sont considérables, parce qu’il y a dans son fonctionnement des zones d’ombre (notamment ce qu’on appelle les “boîtes noires” : c’est-à-dire que ces programmes étant auto-apprenants, on ne sait pas exactement comment ils arrivent à leur résultat). Parce qu’on a tort de comparer leurs aptitudes aux nôtres (j’ai dit qu’ils ne collaboraient pas au sens strict du terme, mais après tout, si le résultat est le même, qu’est-ce qu’on a en a à faire que ce soit de la collaboration au sens humain du terme ?…).  Ce serait irresponsable parce des gens autrement plus calés que moi s’en inquiètent (le regretté Stephen Hawking par exemple à la fin de sa vie). 

Bref, je pense que l’Intelligence artificielle est un piège journalistique, le genre de sujet où on est aveuglé par le spectaculaire, qu’il soit optimiste ou pessimiste, le genre de sujet où le journaliste dit beaucoup de conneries. Je suis sûr d’en avoir dit 5 ou 6 dans les 3 minutes qui viennent de s’écouler. 

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