Désormais sur Facebook, la pêche, l’aubergine et les gouttes d’eau - devenus dans le langage numérique des symboles sexuels - feront l’objet d’une surveillance particulière.

Facebook a des manières de faire extraordinaires. Alors que son PDG Mark Zuckerberg se faisait encore devant le Congrès américain l’apologue de la liberté d’expression, le réseau social a modifié en "loucedé" les “Standards de la communauté” (en gros les règles de vie dans Facebook). 

Heureusement, Xbiz, un média américain qui fait la veille sur le business de l’industrie du porno l’a remarqué

Car ces modifications concernent la sexualité dans Facebook. En effet, Facebook (et aussi, Instagram, propriété de Facebook) vont désormais s’autoriser à dépublier des messages ou des photos qui comportent des emojis considérés comme sexuellement explicites. Autrement dit : la pêche, l’aubergine et les gouttes d’eau - devenus dans le langage numérique des symboles sexuels  - feront donc l’objet d’une surveillance particulière quand ils apparaîtront sur des photos, des posts ou des conversations.

La raison avancée par Facebook est de lutter contre les gens qui utilisent la plateforme pour faire la promotion de prestations sexuelles tarifées (les escorts), mais aussi ceux qui utilisent ces symboles pour renvoyer vers des contenus pornographiques. 

L’objectif est louable mais pose questions

D’abord parce qu’il est toujours fascinant de constater la célérité et le zèle de Facebook quand il s'agit de censurer la nudité et le sexe. C'est beaucoup plus compliqué quand il s'agit de publicité politique mensongère, comme l'a encore expliqué Zuckerberg devant le Congrès… La liberté d’expression est à géométrie variable. 

Ensuite, parce qu’il est tout aussi fascinant de constater à quel point Facebook est peu clair sur les conditions d’application de ses règles, et les moyens qu’il se donne pour les faire respecter. Je vous lis le paragraphe des “Standards de la communauté” qui concerne ce nouveau traitement des emojis.

Nous limitons également le langage sexuellement explicite qui peut mener à la sollicitation car certains groupes au sein de notre communauté mondiale peuvent être sensibles à ce type de contenu ou avoir un impact direct sur leur capacité à communiquer avec leurs amis et la communauté en général.

What ? Qui a compris cette phrase ?

Plus loin Facebook explique qu’il est désormais interdit de publier : “Des emojis ou des séries d’emojis généralement considérés comme sexuels ou considérés comme sexuels dans le contexte.” Mais quel contexte ? Celui d’une proposition tarifée ou de toute discussion entre adultes ? Ce n’est pas la même chose… Et puis comment sera évalué le contexte ? On ne sait pas vraiment. 

A chaque fois que ce type de modification a lieu, on repense à ce magnifique texte écrit en 2001 par le grand juriste Lawrence Lessig, “Code is law” (le code informatique fait la loi) dans lequel il expliquait que nous étions dans une ère où c’est le code informatique qui décide de ce que nous pouvons faire ou pas dans la vie, et qu’il fallait faire du code informatique un objet démocratique, on en est loin avec Facebook. 

Enfin parce que l’utilisation de ces emojis - la pêche, l’aubergine et les gouttes d’eau - est une des manifestations de la créativité de cette nouvelle forme d’écriture qu’est l’écriture numérique - une écriture où on a recours en même temps à des lettres, des chiffres, des symboles, des onomatopées… Je gage donc qu’il ne faudra pas longtemps pour qu’on trouve aux fesses, au zizi et au plaisir dissipateur d’autres formes de représentation. C’est une constante de l’histoire de l’humanité = d'avoir su braver les interdits – et il y en a eu de plus violents que Facebook - pour réussir à parler de ce qui l’anime vraiment : le cul. 

  • Légende du visuel principal: Certains émojis sur Facebook seront surveillés © Maxppp / Arno Burgi/dpa/picture-alliance
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