Les enceintes connectées sont aujourd’hui commercialisées principalement par Amazon (son petit nom est Alexa), par Google ou Apple, mais tout le monde s’y met. Que se passera-t-il le jour où, pour nous écouter, vous ne passerez plus par un poste, ou l’application France Inter, mais par une enceinte connectée ?

Vous les posez chez vous, elles répondent à votre voix et exécutent ce que vous leur demandez. Le marché est en pleine explosion, et il est fort possible que bientôt, elles s’imposent dans nos foyers et ailleurs, comme le smartphone s’est imposé dans nos poches. Et ça, à nous autres qui faisons de la radio, et pour vous autres qui l’écoutez, ça nous pose un sacré problème : que se passera-t-il le jour où, pour nous écouter, vous ne passerez plus par un poste, ou l’application France Inter, mais par une enceinte connectée ? 

Imaginons quelques cas 

Certains d’entre vous diront à leur enceinte : 

Alexa, mets-moi Inter !

Alexa vous connectera au flux d’Inter. Simple : ça ressemblera à de la radio traditionnelle. 

Certains diront :

Alexa, mets-moi le dernier flash d’Inter !

Alexa lancera le podcast du dernier flash, ça ressemblera à du podcast de rattrapage. Assez simple.

D’autres diront :

Alexa, mets-moi les infos !

Déjà, c’est plus compliqué. Quelles infos ? provenant de quelles sources ? hiérarchisées par qui ? On peut imaginer que certains fabricants d’enceintes passeront des accords préférentiels avec certains médias. Mais sur quelles bases ? Selon quelles conditions ?

Et puis, d’autres encore diront : 

Alexa, c’est quoi les dernières infos sur le grand débat ?

Là, c’est encore plus compliqué. Qu’est-ce que vous donnera à entendre la machine ? On peut imaginer une sorte debest-of de ce qui est disponible ? Mais selon quels critères sera établi ce best of ? Comment faire pour que ce soit les contenus d’Inter qui remontent ? Très, très compliqué…. 

Pendant que nous, on continue à faire de la radio à la papa, toutes les directions numériques de toutes les radios du monde s’attellent à ces questions. Mais ce n’est pas simple de discuter avec Amazon, Google et Apple - et pleins d’autres intermédiaires - dont les intérêts ne sont pas tout à fait les même que ceux de Radio France. 

Quel risque pour les radios ?

Le risque n’est pas forcément que nous disparaissions… quand on regarde l’Histoire des médias, il est rare qu’un nouveau média fasse disparaître ceux qui l’ont précédé. La radio n’a pas tué la presse écrite, la télé n’a pas tué la radio. En revanche, on assiste à des reconfigurations. 

Quelles reconfigurations peuvent se produire ? 

Par exemple, l’hyper-personnalisation de l’info. Pourquoi ? Parce que ces machines amassent un nombre considérable de données sur vous, moulinées par l’Intelligence artificielle : ce que vous écoutez, quand, où, pendant combien de temps. La tentation peut être forte - pour tout le monde - de vous fournir les informations provenant de sources dont la machine sait que vous les privilégiez, qu’elles vous font plus réagir, un peu comme font déjà les réseaux sociaux. Je réagis mieux à l’info locale, on me donne de l’info locale. On s’aperçoit qu’au bout de 30 secondes, j’ai tendance à solliciter mon enceinte, et bien on ne me donne à entendre que des contenus de moins de 30 secondes. L’hyper fragmentation de l’information, c’est un risque.

Une autre conséquence possible : que les codes changent. Par exemple, aux Etats-Unis, on a constaté que les usagers d’enceintes, parce qu’ils interagissent avec la machine, s’attendent à ce qu’elle leur parle différemment de la radio classique, de manière plus proche, plus adressée, plus conversationnelle. C’est ça qui est le plus fascinant dans cette histoire : au-delà des questions techniques et commerciale, c’est toujours le langage, la manière dont on s’adresse les uns aux autres qui est en jeu. La télé ne parle pas comme la radio. La radio ne parle pas comme dans la vie. Comment parleront les enceintes quand elles seront partout ? Cette question me passionne.

  • Légende du visuel principal: Enceinte connectée © Getty
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