Faut-il suivre les indications de son GPS au risque de plonger dans une rivière ?

GPS : jusqu'où doit-on faire confiance à la machine ?
GPS : jusqu'où doit-on faire confiance à la machine ? © AFP / JAAP ARRIENS / NURPHOTO

Il y a quelques jours, j’errais dans les réseaux en contemplant avec mélancolie la dureté du monde, quand je suis tombé sur un article de BFM qui a mis un peu de joie à mon cœur. Il disait exactement  : 

Une fois de plus, un automobiliste suit son GPS et tombe dans le Vieux Port à Marseille.

Déjà, quelqu’un qui suit scrupuleusement les indications de son GPS et, plouf, se trouve dans le Vieux Port, c’est cocasse (la personne s’en est sorti indemne). Évidemment, on pourrait reprocher à BFM de faire dans l’anecdotique, mais ce n’est pas le genre de la maison. Déjà, il y a dans la formulation de ce titre, dans ce “une fois de plus, un automobiliste suit son GPS”, un indice montrant qu’on touche à un problème pas si anecdotique. Et de fait, ce “une fois de plus” a ouvert pour moi un continent. Dans le papier, on apprenait qu’il s’agit du cinquième incident de ce type en 5 mois dans le Vieux Port. C’est déjà troublant. 

Nous sommes face à un problème mondial

Un site américain recensait dernièrement quelques cas : en mars 2012, un groupe d’étudiants japonais engagent leur voiture dans une baie en Australie et se retrouvent coincés par les eaux. À Seattle, en 2011, une femme noie sa Mercedes dans un marais. En 2007, une Anglaise, pour la même raison, plonge sa Mercedes dans une rivière, et un Allemand se prend un arbre. Dans tous les cas, c’est parce que ces gens ont suivi précisément les instructions de leur GPS qu’ils ont risqué leur vie. Cela pose bien des questions.

D’abord, il y a un problème juridique

Qui est responsable juridiquement de l’humain ou du GPS ? En 2009, dans l’Utah, une femme fait ce que lui demande Google Maps, s’engage à contre sens sur une autoroute à quatre voies et provoque un accident. Par miracle, elle s’en sort et poursuit Google en justice. Quelle est la décision du juge ? Il exonère Google de sa responsabilité en considérant que les panneaux de signalisation étaient suffisamment clairs. Pour ce juge, c’est donc l’humain qui est responsable. 

Jusqu’où doit-on faire confiance à la machine ?

Même si dans le détail, je ne sais pas dans chacun de ces cas pourquoi les GPS se sont trompés, on sait qu’un programme informatique n’est jamais complètement fiable. Et pourtant, il est difficile d’admettre cette infaillibilité, dans la mesure où si l’on a recours à un GPS plutôt qu’à une carte routière, c’est précisément pour parer à notre propre infaillibilité. Alors se dire qu’on ne doit pas faire complètement confiance à la machine, qu’elle peut nous tromper, nous ridiculiser, c’est un peu désespérant. 

C’est désespérant, sauf à considérer que nous aussi nous pouvons tromper et ridiculiser la machine. J’ai été dernièrement très frappé par le succès d’une information qui pouvait paraître aussi anecdotique. Un artiste allemand a trimballé dans les rues de Berlin un chariot contenant 99 téléphones portables connectés à Google Maps. La plateforme en a conclu logiquement qu’il y avait un embouteillage dans ces rues. Pourquoi cette information a-t-elle fait le tour du monde en trois jours ? Parce qu’on pouvait rigoler de la bêtise d’un algorithme aussi facilement trompé. Comment faire confiance à un programme qui ne fait pas la différence entre un petit chariot tiré à la main et 100 voitures ? Se moquer de sa crédulité, c’est conjurer le rire que provoque tous ces automobilistes crédules qui foncent dans l’eau. Qui aurait dit, il y a encore 20 ans, que notre rapport aux machines passerait par des ressorts aussi complexes ?

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