Mark Zuckerberg a décidé d'engager des journalistes afin de proposer à l’usager un fil d’information qui soit un mélange de choix humains et de sélections automatiques de l’algorithme.

D’ici quelques semaines, Facebook devrait tester un nouveau service qui mérite qu’on s’y arrête un instant. Vous le savez, le réseau social fait face à de nombreuses critiques eu égard à la manière dont y est donnée à voir l’information : propagation de “fake news”, enferment des usagers dans de “bulles informationnelles ” qui les confortent dans leurs opinions, avantage donné à des contenus sensationnalistes... derrière ces critique, ce qui est visé, c’est l’algorithme qui distribue l’information sur notre fil d’actualité. Un algorithme dont on ne connaît pas les détails (secret industriel), mais dont on sait qu’il sélectionne et hiérarchise les contenus en fonction de ce sur quoi on clique le plus souvent, ce qu’on like ou partage, mais aussi en fonction de la popularité du contenu parmi nos amis etc… Un algorithme dont Facebook change régulièrement et autoritairement la pondération des différents critères dans le seul but que ses usagers passent le plus de temps possibles sur sa plateforme (car comme l’a découvert l’économie numérique « le temps, c’est de l’argent »). 

Donc Mark Zuckerberg a annoncé qu’il allait réintroduire de l’humain dans cette sélection. Comment ? Eh bien en passant des accords avec différents journaux (américains pour l’instant) et en engageant des journalistes pour faire des choix d’articles. L’idée étant de proposer au final à l’usager un fil d’information qui soit un mélange de ces choix humains et de la sélection automatique par l’algorithme. On ne sait pas encore en détail comment ça va fonctionner. Mais c’est très intéressant. A plusieurs égards.

D’abord, c’est prendre acte qu’il y a un problème avec le fil d’actualité automatique de Facebook. Or c’est un enjeu de taille. Juste un chiffre : on estime aujourd’hui que 68 % des Américains s’informent prioritairement par les réseaux sociaux et 43% par Facebook. 43%, c’est énorme…. 

Ensuite, l’idée de réintroduire de l’humain est intéressante. Je ne veux pas faire de la psychologie de comptoir, mais on n’est pas à un comptoir, il n’y a pas de risque. Pour des types de la Silicon Valley comme Mark Zuckerberg, l’humain est un problème. Il est partial, faillible, irrationnel. D’où une croyance absolue dans le programme informatique qui seul peut pallier ces défauts, et imposer rationalité et impartialité. Réintroduire de l’humain, c’est un aveu implicite que cette croyance est un leurre, c’est reconnaître que l’humain a des qualités que la machine n’a pas. C’est en soi une petite révolution. 

En fin, en réintroduisant de l’humain, Facebook fait un autre aveu implicite. La plateforme devra assumer ses choix éditoriaux, elle ne pourra plus se cacher derrière l’algorithme pour dire qu’elle n’est pour rien dans la hiérarchie de l’information. Elle devra assumer donc sa position de média. Pour être plus exact, il faudrait dire sa position de méta-média, un média fabriqué par d’autres médias. D’ailleurs, il sera intéressant de voir quel type d’accords la plateforme passera avec les journaux qui accepteront de collaborer. NBC parlait il y a quelques jours de 2 à 2,5 millions de dollars par an, qu’offrirait Facebook à chaque journal pour avoir le droit d’intégrer ses contenus dans son nouveau fil d’actualité. Or, 2, 5 millions, c’est beaucoup pour un petit média (typiquement un journal local ou Buzzfeed), mais c’est peu pour le New York Times, (qui cède en plus à Facebook l’utilisation de sa prestigieuse image pour promouvoir son nouveau service). Et vraisemblablement ça discute encore pour savoir qui ira ou qui n’ira pas. Bref, aujourd’hui, on ne sait pas si on est à l’aube d’un nouveau rapport vertueux entre les média et Facebook ou si va être bientôt entérinée définitivement la séparation entre deux mondes concurrents et irréconciliables. 

  • Légende du visuel principal: Facebook recrute des journalistes pour garantir la fiabilité de l'information © Getty / Carl Court / Employé
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