On ne cesse de s’affliger des fake news qui polluent le débat public, de dénoncer les réseaux sociaux comme leur meilleur véhicule et on pleure de ce nouveau monde où la vérité n’importe plus. Or, je viens de lire un livre qui m’a fait réfléchir…

Ce livre s’intitule Les fausses nouvelles - Un millénaire de bruits et de rumeur dans l’espace public français et rassemble des textes de chercheurs qui ont travaillé sur ces questions depuis le Moyen-Âge jusqu’à aujourd’hui. 

Y est rappelé que, sous une forme ou une autre, les fausses nouvelles ont toujours été là, ça on s’en doutait. 

Mais un article concernant la Restauration est particulièrement intéressant. L’historien François Ploux y raconte la prolifération des bruits et des rumeurs pendant cette période qui s’étale entre 1815 et 1830. Au point que la préfecture de police de Paris avait créé un vaste réseau d’informateurs qui passaient leur temps dans les lieux de discussions - les salons, les cafés, la Halle, les Tuileries etc. - et envoyaient chaque jour au préfet des rapports très détaillés. Tout était consigné, de la rumeur la plus absurde à la médisance en passant par le commentaire politique. Ce qui intéressait la police n’était pas de savoir qui disait quoi, mais d’essayer de saisir l’état de l’opinion. Le pouvoir de l’époque avait compris que l’opinion se fabrique partout (dans la rue et dans les dîners en ville), qu’il se fabrique avec de tout - du vrai, du faux, de l’analyse et du fantasme -, que tout est important et mérite d’être observé

Tout ça peut nous intéresser aujourd’hui pour plusieurs raisons.

1/ pourquoi il y avait-il autant de fausses nouvelles à l’époque ? 

Parce que la presse était peu lue ou avec défiance (elle était sous contrôle). Du coup, les nouvelles circulaient oralement et consistaient la plupart du temps en des commentaires, plus ou moins justes, plus ou moins nourris de fantasme. 

Or aujourd’hui que constate-t-on ? Que la presse est de moins en moins lue. Qu’il y a une défiance vis-à-vis du discours journalistique. Que le mode de circulation de l’information dans les réseaux sociaux relève de l’oral plus que de l’écrit (dans les réseaux, c’est moins une vaste correspondance à laquelle on assiste, qu’une vaste conversation). 

Et que ces mêmes réseaux sociaux sont une invitation pour tous à commenter, avec une diffusion plus large néanmoins. On est donc dans une situation qui est à la fois nouvelle, et pas tant que ça. 

2/ les fake news, signe d'une politisation du peuple

Cette prolifération de rumeurs sous la Restauration était aussi, d’une certaine manière, un bon signe. C’était, dans une période pleine d’incertitudes, le signe d’une politisation, d’une envie de parler de la chose publique, le signe paradoxal d’une poussée démocratique (c’est d’ailleurs pour ça que le pouvoir s’en inquiétait autant). Encore une fois il y a des échos avec ce qu’on vit aujourd’hui.

Qu’en conclure ? 

Rassurez-vous, je ne vais pas dire que les fake news, c’est super, je ne vais pas me livrer non plus à un éloge de la surveillance d’Etat. En revanche, le pouvoir de l’époque avait peut-être compris une chose qu’on a un peu oubliée : il y a à apprendre des fausses nouvelles. Parfois mieux que les faits eux-mêmes, les fake news disent les angoisses, les espoirs et les obsessions. Ce à quoi on croit – ou fait semblant de croire – est aussi intéressant que ce qu’on sait. Donc, les fake news ont une utilité, c’est là où je voulais en venir. 

  • Légende du visuel principal: Les fake news peuvent être utiles... Xavier de la Porte nous explique pourquoi. © Getty / Eva Bee
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