Si l’on en croit les statistiques, la part de nos conversations téléphonique baisse régulièrement au profit des textos, des messageries instantanées et même des réseaux sociaux. Bref, nous téléphonons de moins en moins avec nos téléphones.

Finies les longues conversations au bout du fil. Aujourd’hui, on s’écrit. En partant de ce constat, que nous pouvons tous vérifier empiriquement, une journaliste du Guardian s’est livrée à une expérience : se remettre à appeler ses interlocuteurs, plutôt que de leur écrire. Elle en a manifestement tiré un bénéfice. Par exemple, plutôt que de décliner un peu abruptement une sollicitation, elle se trouve obligée d’expliquer pourquoi elle ne s’y rendra pas. Plutôt que donner une information brute, elle prend des nouvelles. L’interaction prend des tours plus doux, plus imprévisibles aussi. Et elle se rappelle à cette occasion, dit-elle, que les gens sont souvent plus aimables par la parole que par l’écrit, que les malentendus sont moindres et que les disputes se règlent plus vite quand on discute. Bref, elle explique avoir renoué avec un l’art un peu perdu de la conversation à distance.

Même si l’expérience - et sa conclusion - peuvent paraître un peu naïves, elle pose une question passionnante : comment les modes de communication évoluent, comment on les choisit selon les circonstances, ce qu’on perd ou qu’on gagne à utiliser l’un plutôt que l’autre. Parce que ce serait évidemment trop facile de dire qu’en se téléphonant moins, on ne fait qu’appauvrir ou durcir la communication. C’est plus compliqué. Par exemple, comme le relève très justement la journaliste du Guardian, si l’on préfère les textos, les messageries instantanées et les réseaux sociaux au téléphone, c’est aussi parce qu’ils sont beaucoup moins injonctifs. On peut toujours ignorer une notification, un message, alors qu’une fois qu’on a décroché son téléphone, on est coincé. Et l’on peut s’attrister que le téléphone soit en train de spécialiser dans les usages graves : on préférera passer un coup de fil s’il y a urgence, s’il y a une mauvaise nouvelle, en tout cas un problème. Cela manifestement par un raccourcissement très net du temps moyen d’un coup de fil. Donc, oui, il y a peut-être un art de la conversation qui est en train de se perdre.

Néanmoins, et c’est un grand manque de cet article, il faudrait aussi considérer que nous avons appris un autre art : celui de la conversation par écrit. Parce que la conversation par texto ou Messenger a aussi ses subtilités. Il faudrait des heures pour les détailler, mais je vous donne juste un exemple avec la ponctuation. Quelqu’un me racontait avoir très longuement hésité lors d’un échange amoureux à mettre un point ou des points de suspension à la fin de son message. Un point, c’était trop déclaratif. Des points de suspension, c’était trop flou. Eh bien cette personne a fini par mettre deux points, laissant le soin à son interlocuteur de les interpréter. C’est magnifique, non ? 

Mais bien sûr, manque quand même la voix, tout ce qu’on peut faire passer par la voix en terme d’émotion, d’intonation, d’ironie et que le court message textuel évacue. Alors il faudrait s’intéresser de près à une pratique en train de se répandre chez les plus jeunes : le message vocal, sorte de mélange parfait entre ce que permet la messagerie instantanée, et ce que permet la voix. Mais là, je n’ai aucune analyse à livrer. Personne ne m’en envoie jamais, je suis trop vieux. 

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