L’expression “bulles de filtres” est devenue assez familière en 2016, après l’élection de Donald Trump, pour désigner la manière particulière dont l’information se diffuse dans les réseaux sociaux.

Les réseaux sociaux sont-ils vraiment responsables de notre enfermement dans des bulles ?
Les réseaux sociaux sont-ils vraiment responsables de notre enfermement dans des bulles ? © Getty

On sait que sur Facebook, Twitter ou autre, l’information qui nous arrive est sélectionnée et hiérarchisée par des programmes informatiques qui nous donnent à voir ce qui est censé nous intéresser le plus, en fonction des contenus que nous partageons le plus, ou sur lesquels nous cliquons. Cela crée nécessairement un biais. 

Quelques années plus tôt, un activiste américain du nom d’Elie Pariser a donné un nom à ce biais - les “bulles de filtres” - en expliquant que les algorithmes qui triaient et hiérarchisaient l’information nous enfermaient dans des bulles qui nous empêchaient de voir d’autres opinions que celles que l’on partageait déjà. 

Depuis, l’expression a fait florès et est régulièrement convoquée pour expliquer la polarisation politique de nos sociétés (chaque camp étant conforté dans son opinion parce qu’il ne voit que ce qui va dans son sens), la diffusion des fausses informations (on verrait la fausse information et pas celles qui la rectifient), mais aussi le complotisme et autres travers contemporains. 

Depuis quelques mois, des travaux viennent nuancer l’évidence de ces explications

Dernièrement, c’est une étude menée par un universitaire qui travaille pour l’Institut Reuters qui apporte quelques données tout à fait intéressantes. 

Trois leçons à en tirer.

  • d’abord la télévision reste la principale source d’information, surtout parmi les plus âgés. Et ensuite, pour ceux qui utilisent Internet, un bon tiers va directement à la source en allant voir les sites des journaux. Donc si beaucoup de gens s’informent via les réseaux sociaux - et donc sont susceptibles de subir la bulle de filtre - ce n’est pas la majorité.
  • les gens qui s’informent principalement par les réseaux sociaux ont tendance à être exposés à plus grande diversité de sources que ceux qui s’informent ailleurs. Ceux qui lisent les journaux n’en achètent en général qu’un, qu’ils ont choisi parce qu’il leur convient. 
  • par ailleurs, autre résultat intéressant. Plein de gens ne cherchent pas particulièrement à s’informer. Mais parmi ceux-là, ceux qui fréquentent les réseaux sociaux tombent incidemment sur des articles et des vidéos partagés dans les réseaux, et sont donc plus enclins, finalement, à être en contact avec des informations. 

Tout ça remet un peu en question l’idée que les réseaux sociaux nous enfermeraient plus dans que d’autres manières de nous informer. 

Et de toutes façons, est-ce qu’être exposés à des avis qui ne sont pas les nôtres nous pousse à nous remettre en question ?

Dernièrement, une étude menée sur les usagers de Twitter et consistant à exposer des Républicains à des informations provenant de la sphère démocrate - et inversement - a montré que cela avait plutôt tendance à faire s'arc-bouter tout le monde sur ses positions initiales. Les réseaux sociaux ne sont manifestement pas des lieux qui font changer d’avis.

Il y a sans doute à redire sur la méthodologie employée pour mener ces études. Mais elles font écho à d’autres travaux menés ces derniers temps qui arrivent à des conclusions similaires. Et surtout conclusion la plus importante de toutes : si Internet et les réseaux sociaux changent la manière dont se distribue l’information aujourd’hui, il ne faut jamais oublier que des phénomènes qu’on leur attribue, comme la polarisation du champ politique, sont l’aboutissement de processus qui ont commencé depuis longtemps, et ont des causes beaucoup plus diverses que les seules technologies. 

Bref, si on ne veut pas savoir ce que les autres pensent, ce n’est pas seulement à cause d’Internet. 

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