Il y a quelques jours, le PDG de Twitter Jack Dorsey a expliqué qu’il réfléchissait à introduire une nouvelle fonctionnalité sur sa plateforme en permettant aux usagers d’annoter leurs anciens messages.

Il y a quelques jours, le PDG de Twitter Jack Dorsey a expliqué qu’il réfléchissait à introduire une nouvelle fonctionnalité sur sa plateforme en permettant aux usagers d’annoter leurs anciens messages. Pourquoi est-ce intéressant ? Parce qu’aujourd’hui, si vous avez écrit sur Twitter un message qui comporte une erreur, qui relaie une fausse information ou même qui ne correspond plus à ce que vous pensez aujourd’hui, vous avez deux solutions. Soit le laisser tel quel, au risque qu’il soit un jour déterré et puisse vous être reproché (or le fait de déterrer d’anciens tweets de quelqu’un est devenu une pratique courante, on l’a vu ces derniers temps). L’autre possibilité, c’est de supprimer le message, avec le risque de passer pour lâche, de devenir suspect, (des outils de métriques permettent de savoir quand vous supprimez des messages) et le risque aussi que ce message continue d’exister ailleurs, sous la forme d’une capture d’écran par exemple. Aucune des deux solutions n’est satisfaisante. Ce que propose Twitter, c’est donc d’en introduire une troisième : l’annotation. Même si Dorsey n’est pas entré dans les détails, on peut imaginer que l’annotation permettrait de remettre en contexte un message, de le corriger (mais sans modifier le message d’origine), voire carrément de s’en excuser. J’aimerais beaucoup que cette fonctionnalité voie le jour, pour plusieurs raisons. 

Ce serait d’abord un signe encourageant qu’une entreprise cherche à régler les problèmes qu’elle pose. Cette question de l’archive - et des usages de l’archive - ne se posait pas au début de Twitter. Mais maintenant que les gens peuvent avoir dix ans de vie sur Twitter – qu’ils sont responsables de cette vie - il est important qu’il y ait des solutions plus fines que celles qui existent aujourd’hui.

Ensuite, je vois une vertu quasi-philosophique à cette possibilité d’annoter ses anciens tweets. Imaginez si l’on pouvait remonter la time-line de quelqu’un – c’est-à-dire remonter dans ses anciens messages - et non seulement retrouver la trace de qu’il disait des mois, des années auparavant, mais aussi, grâce aux annotations sur ses anciens tweets, constater une réflexion dans le temps, une évolution, des remises en question. Ce serait passionnant. Ca me fait penser aux Essais de Montaigne. Du fait des éditions successives, et des ajouts apportés par Montaigne, on y mesure l’évolution de la pensée de l’auteur sur les sujets qui l’occupaient déjà des années auparavant. C’est une des richesses des Essais. Je ne dis pas que tout Twittos a la profondeur de vue de Montaigne, mais je suis persuadé qu’on rend les gens moins cons en leur donnant la possibilité d’être moins cons.

Enfin donner la possibilité à chacun d’annoter ses anciens messages - plutôt que l’obliger à les supprimer - c’est donner à chacun un droit au changement, de lui donner le droit de changer. Aujourd’hui, Internet n’offre pas d’alternative entre la nécessité d’assumer tout ce qu’on a été, et un droit à l’oubli – dont l’exercice est encadré par des conditions strictes. Or, il me semble que le droit de changer, de dire quand on a changé, de montrer en quoi on a changé, comment on a changé, est beaucoup plus riche et beaucoup plus proche de ce que permet la vie. Je ne pense pas que dans la vie on reste toujours les mêmes. Je ne pense pas non plus qu’on puisse oublier ce qu’on a été (ou demander aux autres d’oublier ce qu’on a été). Changer, en revanche, on peut. Et si la technologie offre la possibilité de montrer qu’on a changé, il n’y aura plus aucune excuse pour ceux qui ne le font pas.

L'équipe
Thèmes associés
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.