L’incendie de Notre-Dame a été l’occasion de constater un phénomène paradoxal : la passion d’Internet pour les archives. Étonnant ? Pas tant que ça.

Pourquoi Internet aime autant les archives ?
Pourquoi Internet aime autant les archives ? © Getty / Laurence Dutton

L’incendie de Notre-Dame a été l’occasion de constater un phénomène paradoxal : la passion d’Internet pour les archives. On a vu ressurgir d’on ne sait où des photos très anciennes, des textes, des gravures et enluminures qui ont circulé à la vitesse de la lumière. 

Etonnant ? Pas tant que ça

Parce que si on est un peu attentif, c’est constamment que les archives emplissent nos timelines, avec la force esthétique du noir et blanc, du sépia, de l’image de basse définition. C’est l’illustration d’un fait qu’on a tendance à oublier : très vite, Internet a eu la passion du passé et l’a cultivée. 

Un exemple parmi d’autres, dès 1996, naît Ubuweb, magnifique projet de l’écrivain et théoricien américain Kenneth Goldsmith, où l’on peut trouver des merveilles comme celle-ci, Guillaume Apollinaire disant “Sous le Pont Mirabeau » en 1913. 

Internet a tout de suite été “lieu de mémoire”. 

Cela peut sembler paradoxal tant on a l’impression que tout y passe très vite et s’oublie très vite. Mais c’est peut-être justement comme un antidote à cette vitesse qu’on aime y voir surgir le passé, le temps long. Il y a aussi une vertu à l’archive : relativiser nos angoisses dont les réseaux se font le réceptacle.

Le site de l’Ina, par exemple, joue souvent de cela en mettant régulièrement en ligne de vieilles images bien senties. Ainsi ce micro-trottoir datant sans doute du début 1970’s où un vieux monsieur parle de son bachot. Marignan 1515, victoire de la France et ses alliés vénitiens contre les mercenaires suisses défendant le duché de Milan. 

Internet est en train de se constituer lui-même en archive

Vous le savez, Facebook, qui contient de plus en plus de profils de morts, est déjà le plus grand cimetière du monde. Et il en va de même pour l’ensemble des réseaux sur lesquels nous laissons la trace de nos conversations, nos photos, nos vidéos. 

C’est nous-mêmes qui nous archivons.

Et de grandes institutions ont compris l’intérêt qu’il y avait à ce témoignage de notre présent : il existe un dépôt légal du web à la Bibliothèque Nationale de France.

Internet, archive de quoi ? 

Alain Finkielkraut a dit un jour qu’Internet était en train de devenir la poubelle de l’Histoire. Notre premier réflexe serait de lui rétorquer qu’il a tort, qu’il y a déjà dans Internet des choses merveilleuses : la trace des luttes politiques dans les rues arabes, des productions artistiques qu’on ne trouve pas ailleurs, des blogs où des malades racontent leur vie… pas sûr qu’on puisse appeler ça des déchets. Mais bon, il faut reconnaître avec Alain Finkielkraut qu’il y a aussi des choses moins intéressantes, on en est témoin tous les jours : des insultes, des vaines polémiques, des étalages égotiques…. Donc Internet est aussi une poubelle de l’Histoire. 

Sauf que tous les archéologues et paléo-anthropologues vont diront à quel point les poubelles sont intéressantes pour comprendre notre passé, depuis les restes d’os trouvés dans les cavernes, moins beaux mais aussi instructifs que les fresques qui en ornent parfois les murs. 

Internet a pour lui d’être une poubelle de l’immatériel où s’inscrivent nos passions, nos fantasmes et nos haines

Ce n’est pas toujours beau à voir, mais c’est inestimable pour l’avenir. Je serais curieux de lire l’analyse que feront dans 500 ans les historiens qui se pencheront sur les débats qui animèrent les réseaux autour de la rénovation de Notre-Dame après l’incendie. Ils y liront sans doute l’esprit d’une époque, encore mieux que dans les livres. 

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