Ce compte Twitter, ouvert il y a un an, reproduit des tweets que leurs auteurs avaient préféré faire disparaître.

"Fallait pas supprimer", un compte Twitter particulièrement intéressant.
"Fallait pas supprimer", un compte Twitter particulièrement intéressant. © Getty / Gary Waters

Il y a un an, a été ouvert un compte Twitter du nom de Fallait pas supprimer. Son principe - comme tous les bons principes - est très simple. Il reproduit des tweets que leurs auteurs avaient supprimés. Ainsi, si l’on suit ce compte, on voit défiler des phrases qui auraient dû disparaître, mais qui sont soudain sorties des limbes numériques pour réapparaître devant nos yeux. Evidemment, ce compte connaît un grand succès, d’autant que ce n’est pas n’importe qui qui est épinglé : la plupart du temps, ce sont des responsables politiques, parfois des journalistes ayant pignon sur rue. 

Comment procède ce compte ? 

La personne qui l’a créé m’a expliqué avoir eu l’intuition qu’il y avait plus dans un tweet supprimé que dans tout autre tweet, qu’elle avait commencé de manière assez artisanale, avant d’industrialiser le processus avec un petit programme. Bref, tout ça fonctionne très bien. 

On peut trouver ça cruel. Quand un ministre supprime un tweet parce qu’il comporte une énorme faute d’orthographe, quand il s’agit de retirer une formule qui pourrait être mal interprétée sortie de son contexte, ou quand une députée se trompe d'émoticônes et utilise le symbole du fou rire pour annoncer le cinquième mort de l’attentat de Strasbourg, oui, on peut dire qu’il y a une forme de cruauté à souligner ces erreurs et à les diffuser. 

Mais deux choses à noter. 

  1. Ça a quand même la vertu de montrer que l’approximation est une tare bien partagée et que la communication est une entreprise toujours risquée. 
  2. Cette production est assez marginale dans ce que diffuse “Fallait pas supprimer”, dont l’ambition va au-delà.

Parce ce qu’on voit le plus souvent s’exprimer dans la suppression d’un tweet est en effet intéressant. C’est un remords. Remords qui peut avoir différentes causes - chacune illustrant un travers possible de nos nouveaux modes de communications. 

Remords d’avoir parlé sous le coup de la colère (et regret de ne pas avoir attendu un peu qu’elle retombe avant d’insulter un interlocuteur). 

Remords d’avoir été méprisant (la période des Gilets jaunes a été fertile en tweets de la majorité gouvernementale notamment, dans lesquels s’exprimaient un mépris social évident, et que leurs auteurs ont par la suite essayé de faire disparaître). 

Remords d’avoir fait une prévision foireuse...

... ou encore remords d’avoir relayé trop vite une information douteuse (où on s’aperçoit que pas grande monde n’est à l’abris de la crédulité immédiate). 

Donc, oui, il y a des informations dans ces tweets supprimés, il y a la visualisation de l’écart qui existe entre l’image qu’on voudrait donner et celle qu’on donne malgré soi dans la précipitation. Cet écart est toujours parlant. Et se faire épingler vexe souvent les auteurs qui souvent se vengent en bloquant “Fallait pas supprimer” en espérant sortir des radars.

En fait, ce qui me frappe là-dedans, c’est la grande puérilité des outrés. En permettant de supprimer un contenu qu’on a posté, les réseaux sociaux offrent la possibilité quasi miraculeuse de “retirer un propos” - “je retire”, disent les enfants quand ils sont allés trop loin, en espérant que ça suffise. Eh bien “fallait pas supprimer” annule cet acte magique : tu croyais avoir retiré, et bien non, c’est toujours là. Et c’est encore pire. 

En culture numérique, on appelle ça l’”effet Streisand”, ce qui fait référence à une vieille histoire de l’Internet, quand Barbara Streisand avait voulu faire interdire une photo de sa maison qui circulait sans les réseaux. Ce qui avait pour effet de multiplier la diffusion de cette photo. Ce compte “Fallait pas supprimer”, n’est qu’une invitation à assumer sa propre connerie, sa propre malhonnêteté, ses propres outrances ou négligences. On peut comprendre que ce soit insupportable. 

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