Des photos qu’on a beaucoup vu tourner ces derniers jours font débat : celles d’Emmanuel Macron lors de sa maraude avec le Samu Social.

Une maraude qui a eu lieu il y a une semaine, à laquelle n’étaient pas conviés les journalistes. Les images, ce sont donc d’abord celles du ministre qui l’accompagnait, Julien Denormandie, postées le lendemain sur Twitter, mais aussi, plus récemment, une photo postée sur son compte Instagram par Soizig de la Moissonière, la photographe officielle du Président, belle image sur laquelle on voit Emmanuel Macron à genoux, à l’entrée d’une tente, en train de discuter avec son occupant qu’on ne voit pas. 

Qu’est-ce qui est intéressant dans ces images et dans le débat qu’elles suscitent ?

  • La volonté de l’Élysée de choisir d’autres voies de communication que les médias institués. 

On peut comprendre que l’Elysée n’ait pas voulu convoquer de caméras à cette maraude. Mais si la volonté est la discrétion – qui a été tant applaudie par les soutiens du Président - pourquoi publier quelques clichés, très avantageux ? Parce qu’il y a un profit à tirer, et que les réseaux sociaux donnent l’impression que tout ça se fait l’air de rien. Ce n’est pas la première fois que l’Elysée choisit cette voie : souvenons-nous de l'intervention du président sur l'affaire Benalla, à la Maison de l'Amérique latine, où il n'y avait pas de journalistes mais un opportun correspondant qui a fait fuiter les images. Souvenons-nous de la vidéo diffusée sur Twitter d'un Emmanuel Macron en bras de chemise à son bureau expliquant qu'on  mettait « un pognon de dingue dans les minima sociaux »...  La question de savoir si c’est de la com ou pas – comme se la posent certains journaux - me semble très secondaire. Oui, c’est de la com’, évidemment, mais une com’ qui prend d’autre voies et d’autres formes que la bonne vieille com’ politique à la papa, qui rechigne à s’afficher comme telle, qui révèle une volonté de maîtrise supérieure à celle de ses prédécesseurs (images produites et diffusées par l’Elysée, sans intermédiaire). 

  • Le problème est que personne n’est dupe. 

Pour tout un tas de raisons, il n’y a plus d’innocence dans notre rapport aux médias : on a appris à décoder les images - l’éducation aux médias fait son œuvre - et le fait que chacun soit aujourd’hui producteur de sa propre image dans les réseaux nous a accoutumé aux trucages (tout le monde sait ce que c’est qu’un profil avantageux, l’intérêt du noir et blanc etc).... Avec la conséquence qu’il est devenu très difficile, sans doute plus qu'il y a quelques années, de faire passer ce type d’images pour autre que ce qu'elles sont. Le risque, c’est de passer pour des manipulateurs ou des naïfs ou, pire, pour des manipulateurs naïfs. C’est ce qui se produit avec ces images de la maraude présidentielle. Renforcé par le fait que tout cela se fait sur le dos du Samu Social, donc des pauvres, pas les mieux servis par la politique macronienne. Les critiques s’en donnent à cœur joie. Opération ratée.

Résumons

Faire une maraude avec de journalistes, c'est trop vieille com'. 

Y aller discrètement et mettre des photos choisies dans les réseaux, c'est contre-productif. 

A part ne pas y aller du tout, ce qui serait dommage, il reste une solution : y aller, ne pas le faire savoir et n’en tirer aucun profit communicationnel. 

Bref, faire un acte gratuit, un acte silencieux, un acte invisible, un acte normal. 

La vraie question est : qui est encore capable de faire ça ? Nous qui passons notre temps à faire savoir au moindre de nos followers ce que nous avons mangé ou dernière la paire de chaussures que nous avons achetée, on voudrait que notre président se montre d'une moralité supérieure et renonce à l'exposé de sa bonne action. Eh ben, le président, il est comme n'importe quel touriste qui, quand il va en Inde, se fait prendre en photo à côté d'un enfant des bidonvilles au regard tendre, et trouve ça cool de la poster sur Instagram. 

On voulait un président moderne, on l'a. 

Légende du visuel principal:
Emmanuel Macron s'était engagé à atteindre l'objectif "zéro SDF"… © Maxppp / Le Républicain Lorrain / Julio Pelaez
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