La déconnexion est devenue un critère de vacances saines.

Pourquoi est-ce qu'il faudrait absolument se déconnecter pendant les vacances ?
Pourquoi est-ce qu'il faudrait absolument se déconnecter pendant les vacances ? © Getty / Westend61

“Déconnectez-vous” : une injonction que l’on trouve aussi dans les magazines féminins, à côté de “soignez votre bronzage “ et “faites des exercices dans l’eau pour avoir les fesses fermes”, mais qu’on trouve aussi avec des accents plus poétiques dans Le Monde par exemple, sous la plume de l’écrivain Sylvain Tesson, qui nous incitait début août à quitter nos écrans pour nous connecter avec les autres et la nature...

Loin de moi l’idée de faire un éloge un éloge de l’hyperconnexion en vacances au mépris des enfants, des amis, des paysages et de la rêverie… mais je ne peux pas réprimer un certain agacement devant ce nouvel impératif : “la déconnexion, c’est bien”.
D’abord, il y a un problème pratique. Pensez à tous les tracas estivaux que règlent nos outils numériques. Quand Easyjet annule votre vol au dernier moment… vous pouvez toujours essayer le téléphone ou le courrier postal. Sans parler du GPS qui vous sauve sur une route de campagne et mille autres circonstances.

Ensuite, la déconnexion estivale, c’est un luxe que peuvent se payer ceux qui partent en vacances dans les meilleures conditions, avec ceux qu’ils aiment et sans gros souci. C’est beaucoup plus compliqué de s‘offrir ce luxe quand on n’est pas sûr d’avoir un boulot à la rentrée, quand on a la trouille qu’on vous bloque votre carte bleue, quand on est un peu seul ou quand on craint une mauvaise nouvelle.

Et puis, il faut avouer qu’il y a parfois dans cette manière de prôner la déconnexion un nouveau puritanisme un peu agaçant. Comme s’il y avait dans le fait d’être connecté - et dans les machines qui nous permettent d’être connecté - quelque chose de fondamentalement mauvais, quelque chose qui nous aliénerait forcément, qui nous éloignerait nécessairement du monde et des autres. Ce serait un mal dont il faudrait se purger. Il faudrait que l'été, nous ayons quand nous attrapons notre téléphone, la même mauvaise conscience que l’ecclésiastique quand il ressent un bonheur coupable à apercevoir une fesse. Très peu pour moi. La moralité en matière numérique est aussi pénible qu’ailleurs.

Alors à la place de ce puritanisme de la déconnexion, on pourrait peut-être imaginer autre chose, on pourrait imaginer que l’été soit l’occasion d’expérimenter une autre connexion qui procure à nos usages numériques ce que les vacances apportent à notre vie. Une connexion qui s’abstraie de l’utilité immédiate et du travail, une connexion qui prenne des chemins de traverse, une contemplation contemplative et qui cherche le plaisir, bref, une connexion jouissive. Eh oui car au lieu de les subir, on peut jouir de nos outils numériques (et pas seulement du mode vibreur). On peut se perdre dans Instagram comme dans un paysage, on peut parcourir Internet archive comme Pompéi. 

Une connexion jouissive est une connexion qui n’interrompt pas nos conversations et nos rêveries mais qui, au contraire est interrompue par elles. Dans ce cas, la déconnexion cesse d’être une obligation morale et culpabilisante pour devenir un plaisir supérieur. Car comme le disait le grand philosophe Kierkegaard : «  Une condition capitale pour toute jouissance, c’est de se limiter. » 

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