Cette reprise est l’occasion d’un petit bilan de quelques expériences numériques estivales.

Xavier de la Porte raconte les quelques expériences numériques qui l'ont marqué cet été
Xavier de la Porte raconte les quelques expériences numériques qui l'ont marqué cet été © Getty / alashi

Des choses étranges. 

Une dame à l’air sombre qui glisse une carte dans une boite postale et photographie son geste. Pourquoi ? On ne le saura jamais. 

Deux jeunes monitrices d’un haras qui débattent vigoureusement autour de la question : « faut-il répondre à un texto quand on est à cheval ? ». 

Sur une plage, un galet sur lequel est inscrit au feutre un compte Instagram, "Patrickd27". Evidemment, le soir venu, on se connecte et on tombe sur le compte d’un jeune allemand qui documente ses voyages avec des photos de lui, dont quelques-unes sur cette même plage. Le lendemain, on a reposé le galet sur la grève en se disant que si dans des milliers d’années, des paléoanthropologues du futur tombaient dessus, ils se prendraient bien la tête pour savoir ce que ça voulait dire… 

Aussi, une expérience étrange dans une voiture de location avec un GPS fou, qui changeait les directions tout seul, nous faisait faire des demi-tours inexplicables, et qui provoqua nos réflexions profondes sur la connerie de la technologie. Avant qu’on s’aperçoive que le GPS était paramétré pour éviter les autoroutes. Ce qui provoqua d’autres réflexions profondes sur la connerie de l’être humain.

Enfin, les deux heures passées avec un ami, au bord d’une piscine, à regarder progresser le robot-nettoyeur qu’on venait d’y plonger. On a essayé de comprendre la logique de sa progression, de déduire par l’observation des récurrences l’algorithme régissant ses déplacements. On n’a pas réussi, concluant à la radicale altérité des machines. Je me suis demandé un moment ce que la machine, depuis le fond de la piscine, déduisait de notre immobilité contemplative sur l’humanité. 

Et puis l’été, pour un incorrigible urbain comme moi, c’est aussi l’occasion de vivre une expérience encore partagée par un nombre conséquent de Françaises et Français : la zone blanche, c’est-à-dire les espaces où le réseau ne passe pas, ou très peu. Comment en ces lieux, on se met à développer des croyances magiques, parce qu’on croit avoir remarqué que si on se met dans le coin du salon et qu’on incline le téléphone à 45°, une barre de connexion apparaît parfois. 

Comment pendant les nuits d’insomnie, où on ne peut pas allumer la lumière sous peine d’attirer les moustiques, on lit vingt fois un article de la veille, le seul que le téléphone veuille bien afficher, en se disant qu’un des critères qui distingue le journalisme de la littérature, c’est qu’il supporte mal la relecture. 

Comment on fait l’expérience de la difficulté qu’il y a aujourd’hui à échanger à distance un billet de train, ou autre, sans Internet. 

Et là, on se met à maudire tous ces magazines qui chaque été vantent la déconnexion, tous ces gourous foireux qui proposent à prix d’or des séjours de détox numérique. On voue aux gémonies tous ces gens qui - sous prétexte qu’ils n’arrivent pas à se réguler – veulent se priver de ce que d’autres rêveraient d’avoir. 

On se met à détester cette époque qui prend le bien être pour un horizon politique. On voudrait fédérer les délaissés du réseau, le sous-prolétariat des technologies, on rêve d’un communisme numérique…

Et puis l’été finit. Il faut plier bagages. On rentre, et on a tout oublié. 

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