106 morts et plus de 2800 personnes infectées, l’épidémie de coronavirus angoisse la Chine. Et elle pose au gouvernement, en plus des problèmes sanitaires, une question : comment communiquer ? Et surtout que laisser dire à une population qui trouve que le gouvernement a mis trop de temps à réagir et à s’exprimer ?

Ce problème est assez inédit dans le pays. Lors de la dernière grande épidémie qui a touché la Chine, celle du SRAS en 2003, l’Internet chinois était balbutiant, le gouvernement pouvait avoir recours aux moyens habituels pour contrôler les réseaux de communication, par exemple arrêter des journalistes qui avaient osé briser le silence gouvernemental. Aujourd’hui, 61% des Chinois ont accès à Internet et les réseaux sociaux, bien que très surveillés, fonctionnent à plein, notamment WeChat, sorte de WhatsApp chinois. 

Le site américain Quartz, qui suit la question de très près grâce à des journalistes qui parlent chinois, raconte les effets de cette nouvelle donne. Les autorités, bien que prenant des mesures inédites, essaient de minimiser la situation et de montrer qu’elles la contrôlent. Mais les conversations qui ont lieu sur WeChat, en continu, ne racontent pas la même histoire. 

Y circulent notamment des photos et des vidéos qui contredisent la communication gouvernementale et qui obligent le pouvoir chinois à louvoyer. Ainsi, sous prétexte qu’ils relaient des rumeurs sans fondement, il censure certains hashtags qui le pointent trop directement du doigt, mais en laisse d’autres ouverts comme celui #Wuhanonlockdown plus descriptif. 

Une stratégie qu’un spécialiste des réseaux chinois appelle “un œil ouvert, un œil fermé”, mais qui manifeste les hésitations. D’un côté la censure opère à plein : des photos disparaissent de WeChat, y compris une photo postée par le Quotidien du Peuple, organe officiel, qui montrait des gens portant des masques, et qui a vite été retirée. 

Mais ça se remarque et cela sape une confiance en les autorités déjà écornée. Donc le gouvernement est obligé à quelques ouvertures. Ainsi sur WeChat, a été mis en place un outil permettant à des lanceurs d’alerte de dénoncer les incuries du gouvernement local, et seulement local.

Tout ça n’empêche pas les Chinois de trouver des moyens d’exprimer leurs soupçons vis-à-vis du pouvoir central.  Des moyens détournés. Le site Quartz, très en pointe sur ces questions, raconte que Chernobyl, série de HBO, est utilisée pour montrer, par analogie, les ravages d’un gouvernement qui ment en temps de crise. 

Sur le site de critique de films Duban, les commentaires pointent les ressemblances, au point que l’accès à la notice de la série vient d’être restreint. Sur Weibo, l’équivalent de Twitter en Chine, où l’on parle aussi de la série, même chose, seuls apparaissent en ligne les messages qui pointent l’incurie des autorités locales, pas au-delà.

« Mutatis mutandis » comme on dit en latin, tout ça rappelle ce qui s’est passé pendant la dernière grande épidémie de peste qui a touché l’Europe. Entre 1665 et 1666, la peste bubonique a tué environ 20% de la population londonienne. Je vais très vite, mais en 1665, la monarchie anglaise n’était plus en mesure d’imposer une censure efficace et choisit pour contrer les rumeurs et le mécontentement de mener une politique d’information publique qu’on considère comme une première en Europe. 360 ans plus tard, avec des autres outils, on retrouve les mêmes paramètres. 

Est-ce que tout ça va obliger le pouvoir chinois à dire plus et mieux ? On ne sait évidemment pas. Mais ça mérite d’être suivi de près. 

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  • Légende du visuel principal: A Hong Kong des passagers attendent le métro © Getty / SOPA Images
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