Il y a quelques jours, le Vatican a annoncé la commercialisation d’un objet qui, à première vue, peut paraître incongru : un e-rosaire.

Le Vatican vient de lancer son chapelet connecté
Le Vatican vient de lancer son chapelet connecté © Getty / Godong

Dix grains sombres, une croix intelligente qui peut stocker des données, à compléter avec une application à télécharger sur son téléphone. Le tout pour une centaine d’euros. Une fois activé, cela permet de choisir différents types de prières et surtout, de mesurer ses progrès. Le Vatican justifie cet objet avec une formule digne d’une start-up : ce rosaire “cherche à atteindre les frontières périphériques du monde numérique où habitent les jeunes”. On pourrait s’amuser de cette tentative de moderniser un instrument si ancien. Mais on aurait tort.

Une commercialisation qui n'est pas anecdotique

D’abord, sa commercialisation s’intègre dans une stratégie beaucoup plus vaste de la part de l’Eglise : celle qui tente de faire revenir en son sein une génération pour une grande part perdue, et à contrer des courants très actifs dans les nouveaux médias, les évangélistes notamment. Pour ça, le Vatican a déjà pris place dans les réseaux : le Pape aime se laisser prendre en selfie, depuis 2016 il est lui-même sur Instagram (@Franciscus), a un compte Twitter (@Pontifex), et a lancé une application de prière (“Click to pray”). L’an dernier, est sorti une sorte de Pokémon Go version catholique où il s’agit de répondre à des questions théologiques pour ramasser des saints ou des personnages de la Bible, et les officiels du Vatican disent chercher à mettre en place un “hub de contenu centralisé” (vidéos, podcasts etc.), en suivant le “business model de Disney”.

Mais la stratégie actuelle n’est pas aussi opportuniste qu’elle n’y paraît. En fait, le catholicisme et la Papauté entretiennent une relation très ancienne avec les technologies de communication, une relation contre-intuitive et beaucoup plus harmonieuse qu’on peut l’imaginer. En 2014, à l’occasion de la journée que l’Eglise consacre traditionnellement à la « communication sociale », (journée qui se déroule le 23 janvier, jour de la fête de François de Sales, qui, à la fin du 16ème siècle, sut utiliser les progrès de l’imprimerie pour diffuser ses publications), le Pape François a tenu des propos surprenants : « Internet est une chose vraiment bonne, un don de Dieu ». Et il a exhorté ses fidèles à « devenir des citoyens du territoire numérique ». Pour lui, il s’agit de ne pas laisser vide un territoire, il faut partir sur les routes numériques, tel un Bon Samaritain digital, en quête des âmes perdues dans les réseaux (l’image n’est pas de moi, c’est celle du Pape). 

Le Pape François, un pape progressiste ? 

On peut se dire : “ok, mais c’est parce que François est un Pape moderne”… Non non non…. Benoît XVI, qui n’a jamais été d’un progressisme foudroyant, tenait déjà le même discours. Il considérait les réseaux sociaux comme « partie intégrante de la vie humaine » et avait incité les catholiques à y être actifs, définissant même un « style chrétien de présence ». Tout cela rappelle que la religion catholique fut une religion prosélyte et que, en tant que telle, elle a toujours été très attentive à user au mieux des moyens de communication : l’imprimerie bien sûr (même si elle eut un rôle essentiel dans le schisme entre Catholiques et Protestants), les journaux, la radio, la télévision, jusqu’à Internet. Ce rosaire connecté n’est donc pas, en lui-même, une bizarrerie. Il est le fruit d’une longue Histoire. Quant à savoir ce qu’il pèse face à la sécularisation des sociétés et les scandales à répétition sur la pédophilie au sein de l’Eglise, c’est une autre histoire….

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