Jean de La Fontaine a failli rentrer dans les ordres religieux. Un paradoxe pour ce libertin, ce rêveur, ce paisible.

Temple de l'Oratoire du Louvre, 145 rue Saint-Honoré à Paris
Temple de l'Oratoire du Louvre, 145 rue Saint-Honoré à Paris © AFP / Gilles Targat - Photo 12

Prêtre, La Fontaine ? Allons donc ! personne ne semble plus éloigné de la soutane, que ce coureur de jupon. Plus étranger aux charges quotidiennes d'une paroisse, que ce rêveur permanent, pour ne pas dire gros paresseux. Plus rétif aux dogmes de la religion que cet épris de liberté. Personne moins mystique, moins préoccupé de salut éternel que ce joyeux païen d'abord jouisseur du présent.

Et pourtant, fin avril 1641, deux mois avant ses 20 ans, il entre au couvent de l'oratoire. Son frère Claude vint l'y rejoindre après l'été. Fondé par le florentin Philippe Néri, plus tard canonisé, cette congrégation réservait comme son nom l'indique une grande part à la prière mais aussi à l'enseignement. c'est le Cardinale Pierre de Bérulle qui en 1611 l'installa en France pour je cite "élever le niveau spirituel et moral du clergé".

Son établissement se trouvait dans le cœur de paris, 145 rue Saint-Honoré où vous pouvez encore le voir. C'est, aujourd'hui, un temple protestant.

Dans la prêtrise, La Fontaine voyait sans doute un métier paisible et propice à la rêverie. hélas, il fallait d'abord apprendre un minimum de théologie. Cette matière le rebuta trop qu'il s'obstine très longtemps. Tandis que ses professeurs débattaient de Saint-Augustin, lui savourait L' Astrée d'Honoré d'Urfé, un interminable roman amoureux et botanique.

Il comprend, ou on lui fait comprendre que la vocation ecclésiastique n'est pas la sienne. Au revoir les oratoriens, bonjour les études de droits. Et à nous surtout, les gaillardises du quartier Latin.

Vers la fin de sa vie, on verra notre débauché se plonger dans la piété. Seuls s'en étonneront ceux qui auront oublié cet épisode.

La fable du jour

Le curé et le mort

Un mort s'en allait tristement
S'emparer de son dernier gîte ;
Un Curé s'en allait gaiement
Enterrer ce mort au plus vite.
Notre défunt était en carrosse porté,
Bien et dûment empaqueté,
Et vêtu d'une robe, hélas ! qu'on nomme bière,
Robe d'hiver, robe d'été,
Que les morts ne dépouillent guère.
Le Pasteur était à côté,
Et récitait à l'ordinaire
Maintes dévotes oraisons,
Et des psaumes et des leçons,
Et des versets et des répons :
Monsieur le Mort, laissez-nous faire,
On vous en donnera de toutes les façons ;
Il ne s'agit que du salaire.
Messire Jean Chouart couvait des yeux son mort,
Comme si l'on eût dû lui ravir ce trésor,
Et des regards semblait lui dire :
Monsieur le Mort, j'aurai de vous
Tant en argent, et tant en cire,
Et tant en autres menus coûts.
Il fondait là-dessus l'achat d'une feuillette
Du meilleur vin des environs ;
Certaine nièce assez propette
Et sa chambrière Pâquette
Devaient voir des cotillons.
Sur cette agréable pensée
Un heurt survient, adieu le char.
Voilà Messire Jean Chouart
Qui du choc de son mort a la tête cassée :
Le Paroissien en plomb entraîne son Pasteur ;
Notre Curé suit son Seigneur ;
Tous deux s'en vont de compagnie.
Proprement toute notre vie ;
Est le curé Chouart, qui sur son mort comptait,
Et la fable du Pot au lait.

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