La Fontaine a 20 ans quand il démarre ses études de droits. Il y mène une vie de fête et il y cultive une amitié forte avec ses amis, nouveaux chevaliers de la Table Ronde.

Lettre de Jean de La Fontaine
Lettre de Jean de La Fontaine © Getty / Bernard Annebicque

Jean de La Fontaine et ses amis ont 20 ans. Beaucoup de gaieté, peu de besoin. Juste assez de revenus, versés par leurs parents, pour ne pas se soucier de trouver vite un emploi. Au temps continuer d'improbable études avant de se faire emprisonner par la vie.

Dans ces cas là en général, on choisit le droit, qui dit-on mène à tout, en autorisant tous les détours. Il apprend ainsi la maîtrise de la rhétorique, fondement de la littérature du XVIIe siècle.

Ces jeunes gens ont surtout Paris. Quand on vient de la Province, comme on disait encore il y a peu, Paris c'est le cœur battant de la France. Paris, c'est le quartier Latin. Paris, c'est le savoir dispensé par un petit peuple de faculté, blotti autour de la Sorbonne. Ce sont aussi les cabarets, les chansons, les soirées arrosées, les filles à qui jamais personne n'a appris à dire non longtemps. Paris est une fête quotidienne.

Ses amis sont de Maucroix, Tallemant des Réaux, Rambouillet et Furetière. Ils ont la même culture, riche et diverse, familiers qu'ils sont des poètes grecs et latins.

Sans oublier les italiens : Boccace et Pétrarque. Dans les littératures plus récentes, ils s'enthousiasme pour Tristan L'Hermite, auteur de ce chef d'oeuvre inconnu de nous, Le page disgracié.

Le roman fleuve l'Astrée est leur autre promenade, et leur machine à relancer les rêves. Ils se voient tous écrivains un jour. Mais rien ne presse. Ils écrivent tout le temps. Des textes pour toutes circonstances, des vers de mirlitons, tontaine et tonton. ils s'engueulent mais en rimes.

Ils se sont tous baptisés paladins, ces chevaliers errants du Moyen-âge, toujours en quête d'un exploit, d'un enfant à sauver, d'une veuve à défendre ou à lutiner. Mais si ils sont compagnons de la table ronde, l’héroïsme n'est pas leur ambition. Mieux vaut la bonne vie. Et leur gloire, si elle daigne les effleurer plus tard ne devra rien aux faits d'armes. Elle sera seulement littéraire.

Les deux amis

L'un ne possédait rien qui n'appartînt à l'autre.

Les amis de ce pays-là

Valent bien, dit-on, ceux du nôtre.

Une nuit que chacun s'occupait au sommeil,

Et mettait à profit l'absence de soleil,

Un de nos deux amis sort du lit en alarme ;

Il court chez son intime, éveille les valets :

Morphée avait touché le seuil de ce palais.

L'ami couché s'étonne; il prend sa bourse, il s'arme,

Vient trouver l'autre et dit : «Il vous arrive peu

De courir quand on dort ; vous me paraissez homme

A mieux user du temps destiné pour le somme :

N'auriez-vous point perdu tout votre argent au jeu ?

En voici. S'il vous est venu quelque querelle,

J'ai mon épée ; allons. Vous ennuyez-vous point

De coucher toujours seul? Une esclave assez belle

Était à mes côtés ; voulez-vous qu'on l'appelle ?

- Non, dit l'ami, ce n'est ni l'un ni l'autre point:

Je vous rends grâce de ce zèle.

Vous m'êtes, en dormant, un peu triste apparu ;

J'ai craint qu'il ne fut vrai; je suis vite accouru.

Ce maudit songe en est la cause.»

Qui d'eux aimait le mieux ? Que t'en semble, lecteur ?

Cette difficulté vaut bien qu'on la propose.

Qu'un ami véritable est une douce chose!

Il cherche vos besoins au fond de votre coeur;

Il vous épargne la pudeur

De les lui découvrir lui même :

Un songe, un rien, tout lui fait peur

Quand il s'agit de ce qu'il aime.

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