Philippe Druillet , pour "Delirium" publié aux Editions Les Arènes

Druillet
Druillet © Radio France

« Mon père était chef de la Milice dans le Gers. Ma mère et lui étaient des fascistes convaincus. En août 1944 - j'avais deux mois à peine -, ils se sont enfuis, bébé en bandoulière, d'abord à Sigmaringen, puis en Espagne. La voilà mon histoire. La voilà ma famille. La voilà ma jeunesse. Depuis trop longtemps, je vis avec les fantômes d'un passé qui me révulse. Aujourd'hui, j'ai décidé de tout envoyer valser et de ne plus rien cacher. »

Philippe Druillet a attendu soixante-dix ans pour faire face à son histoire et délivrer ses Mémoires hurlantes. Enfant, pour fuir son milieu familial, il s'inventait des mondes futuristes. Il est le génial créateur de la série de BD de science-fiction Lone Sloane. Delirium raconte cette famille qui le hante, la jeunesse et les amours d'un artiste sous les toits de Paris, les temps héroïques de la BD et de Pilote , sous le patronage fidèle de René Goscinny. Un récit biographique écrit à l'eau-forte, dans lequel on découvre une personnalité exceptionnelle, généreuse et sans concession.

Anne-Sophie Subilia , pour"Jours d'agrumes" , publié aux Editions de L'Aire

Subiblia
Subiblia © Radio France

Ce jour d’essai frémit d’apprentissages divers. Un commis sur le plancher, ça court, ça déplace des cartons, ça garnit les étals, ça balaie. Franca découvre les shows d’asperges, les lits de papayes, le tri des fèves... Elle talonne sa patronne en mémorisant ce qu’elle peut des instructions, gestes, noms et trucs de métier lancés comme des flèches par-dessus les clients. Elle se dépêche de capturer ce territoire inédit, retenant avec ses yeux, avec son corps. Tout, elle aurait voulu tout retenir avant la nuit : le coq, l’enfance gloutonne, les petits doigts ravis, la pulpe d’une mangue coincée dans une moustache, ce rythme étrange, neuf et battant.

Hélène Nougaro , pour"Claude Nougaro" , publié aux Editions Flammarion

Nougaro
Nougaro © Radio France / Nougaro

Chanter l'espéranceen l'homme au-delà des blessures infligées par l'existence, garder les bras grands ouverts vers l'autre et remonter sur scène enquête de la note bleue, tel aura été le combat constant de Claude Nougaro. Pour que cettevie / violence rime à quelque chose, il n'a cessé de chercher les mots qui font sens et de les incarner jusqu'à l'llumination.

Avec un infini respect et beaucoup de pudeur, Hélène Nougaro a accepté de mettre ses propres mots sur l'homme et l'artiste dont elle a partagé la vie durant vingt ans. Il l'appelait la "femme de sa mort" et parlait d'elle comme de son île. Tout à la fois son épouse, sa mère et peut-être un peu sa fille aussi, elle dit l'avoir suivi, lui, "l'enfant unique de leur couple", come une ombre, mais de ces ombres qui en savent long sur la vérité des êtres et sur la manière de faire résonner leur plain-chant.

Chansons, photos, dessins, fulgurances ou motifs recopiés sans relâche sur des petits cahiers noirs, de grands paperboards, des blocs-notes d'hôtels, des cartes postales, tout est page blanche pour cet artiste incandescent.

Les chroniques des libraires :

Stéphane Rivard , de la librairie Raffin (Plaza Saint Hubert), à Montréal , pour"Une vie pornographique" , un roman de Mathieu Lindon , publié aux Editions POL.

L’héroïne met un nom sur les choses de sa vie : intoxication, trafic, compulsion. Dépendance et indépendance. Elle n’apporte rien à Perrin de ce qu’il en espère que d’éphémère, et durablement ça qu’il n’attendait pas.

Les premières lignes du nouveau roman de Mathieu Lindon (prix Médicis 2011) en disent très précisément le sujet et le programme. Le sujet c’est une sérieuse addiction à l’héroïne du personnage principal, Perrin. Le programme c’est la description romancée mais systématique et précise de tous les aspects de cette intoxication : intimes comme sociaux, éthiques comme matériels, physiques comme intellectuels. Ce sont aussi les rencontres qu’elle provoque, ses effets sur l’amour et combien l’amour peut-être aussi intoxicant que l’héroïne. Comme l’héroïne, l’amour ne peut être résumé à calme, luxe, joie et volupté… C’est la mise en scène et en écriture de toutes les ressources de la mauvaise foi pour justifier l’addiction et clamer son caractère provisoire. Avec son extraordinaire sens du paradoxe, l’auteur de Ce qu’aimer veut dire se régale à jouer de cette mauvaise foi.

Annick Dor , de Bruxelles , pour "Max Winson 1. La Tyrannie" , une bande dessinée de Jérémie Moreau , publié aux Editions Delcourt.

Max Winson n'a jamais perdu un match de tennis de sa vie. Adulé par la foule, il n'est pourtant pas celui qu'on croit. Grande carcasse mélancolique à l'allure de Pierrot, il n'est que le produit d'une enfance volée par des entraînements inhumains, le pantin d'un père tyrannique. Quand ce dernier devient trop faible pour le coacher, la liberté s'offre à lui avec son cortège de paradoxes existentiels...

Grégoire Courtois , de la librairie Obliques , à Auxerre , pour "Juste après la pluie" , un recueil de poèsie de Thomas Vinau, publié chez Alma Editeur.

Songer, certains dimanches de grands vents pleins de poussières et de lumière, à s’ouvrir le ventre du sol au plafond. Pour aérer à l’intérieur ». C’est par ces mots que commence Juste après la pluie . Tandis que d’autres s’étirent et ouvrent les volets Thomas Vinau, depuis longtemps, écrit de la poésie. Chaque matin. Après Nos cheveux blanchiront avec nos yeux (2011), Ici ça va et Le Bric à brac hopperien , (2012) voici donc, écrit dans la même veine que les romans, un gros livre de petits poèmes conçu comme un livre d’usage et de combat pour tous les jours. Un livre qui caresse, tempête et tient tête.

Laura Sanchez , de la librairie du Boulevard , à Genève, en Suisse , pour "Easy Jet: espace, temps, argent" , un essai d'Alexandre Friederich , publié aux Editions Allia.

Récit d'une série de voyages entrepris en vingt jours pour rallier 17 villes européennes choisies de façon aléatoire par l'écrivain pour passer le plus de temps possible à bord des avions de la compagnie low cost easyJet. Occasion d'évoquer les conditions du voyage dans un monde globalisé et de proposer quelques portraits de voyageurs banalisés.

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