Au sommaire, le nouveau roman de l'auteur camerounais Eugène Ebodé qui nous amène à Mayotte, une fresque incroyable qui dresse le portrait du siècle dernier avec le Suisse Jean-François Haas, un reportage au Canada avec la sulfureuse Denise Bombardier et une séquence autour de Serge Gainsbourg avec Pierre Terrasson

Jean-François Haas, pour "Tu écriras mon nom sur les eaux", publié aux Éditions du Seuil : « Tu as voulu me tuer… Tu es comme ton père… Va-t’en de chez nous,  maintenant ; je ne veux plus jamais te voir ici. » Tobie Ruau, né en  1895, est chassé à dix-sept ans par son parâtre de l’Essert-d’en-Haut,  en Suisse. Il se met en quête de son père biologique et traverse l’océan  pour le rejoindre aux États-Unis et tenter d’y vivre le rêve américain.  Son chemin lui fait rencontrer un autre immigré, Isaac Milstein,  toujours habité par sa femme et son fils disparus lors de la fusillade  de l’escalier d’Odessa en 1905. Tobie parcourt la quasi-totalité d’un  siècle violent et déchiré, où les hommes n'ont jamais autant cherché à  devenir plus humains mais ont abdiqué leur humanité. C’est un être  assumant tout ce qu’il a été qui se confie, dans les dernières années de  sa vie, à son arrière-petit-neveu Jonas, offrant à celui-ci, par ses  récits et ses confidences, de revivre ses aventures, ses combats, sa  soif de justice, ses désillusions et de s’interroger sur lui-même, « car  ce que sont les autres, c’est nous ». Dans ce magnifique roman  d’aventures et de méditations, rédigé comme un western initiatique,  Jean-François Haas donne toute la mesure de ses grandes qualités de  narrateur, habile à manier plusieurs destins, et d’humaniste hanté par  la question du mal et du salut.

Eugène Ebodé, pour "Le balcon de Dieu", publié aux Éditions Gallimard : Un jeune couple de Sud-Africains blancs, Donovan et Mélania Bertens, en  voyage de noces à l'île Maurice, est contraint par un violent cyclone de  séjourner à Mayotte. Donovan et son épouse sont stupéfaits, puis  choqués d'y découvrir la misère sociale, la prolifération des  bidonvilles, les hordes d'enfants abandonnés dans les rues et l'état de  délabrement qui règne dans ce territoire français doté d'une nature  exceptionnelle et d'un somptueux lagon. Admirateur de Nelson Mandela, le  jeune Donovan voit dans cette île négligée une Afrique en souffrance et  une cause à défendre. De retour à Cape Town, il convainc son épouse de  partir vivre à Mayotte. Ils y retrouvent un guide providentiel, un  Mahorais érudit qui leur raconte la légende de son île surgie d'un joyau  considéré comme le plus divin des promontoires. Très vite,les nouveaux  venus se retrouvent reclus à domicile : l'insécurité, les mouvements  sociaux, l'indifférence de Paris et la pression migratoire sur ce  territoire…

Un reportage avec Denise Bombardier lors d'une signature avec ses  lecteurs pour la parution de "Une vie sans peur et sans regret", publié aux Éditions Plon : Je suis une parvenue au sens propre du terme.  Issue d’un milieu modeste, culturellement pauvre, j’ai gravi l’échelle  sociale en ayant accès à l’éducation. La langue française m’a offert sa  richesse, sa beauté m’a émerveillée, sa complexité m’a permis de me  dépasser. Ma volonté de maîtriser le français m’a ouvert un univers  inespéré… Le journalisme m’a permis l’accès aux grands de ce monde que  j’ai côtoyés avec admiration – ou déception – tout en réussissant à  garder une distance critique à leur égard en toutes circonstances.  Souvent seule femme dans un mode d’hommes, j’ai refusé d’instinct de  jouer à la victime. Car une victime n’a d’autre avenir que son bourreau.  Or personne ne devait freiner ma rage de vivre.

Pierre Terrasson pour "Gainsbourg Gainsbarre", publié chez Hugo Image : Avec des textes d'Alain Wodrascka. Mais quand Gainsbourg, caractérisé par sa courtoisie, son élégance et  son purisme esthétique, a-t-il donc laissé transparaître, dans  l’intimité et en public, le visage de Gainsbarre, son pendant  provocateur ?

Les coups de cœurs et les coups de gueule des libraires: 

Un coup de gueule de Déborah Danblon, de La Librairie La Licorne, à Bruxelles sur le livre objet : Vous avez remarqué qu’au rayon enfants, en particulier pour les tout petits mais pas que, les éditeurs se sentent obligés d’ajouter aux livres des rabats, des pop-ups, des puces sonores, des paillettes, du relief ou que sais-je encore pour attirer les lecteurs. J’entends bien que nous vivons dans une époque de surenchère mais quand même. Tout cela se fait souvent aux dépends d’une vraie, bonne et belle histoire et c’est bien dommage. Alors, si nous faisions nous même la valeur ajoutée en lisant avec eux ?

Un coup de gueule de Dominique Bressoud, de La Librairie une petite prose, à Boudry, en Suisse, à propos de l’intelligence artificielle au service des choix éditoriaux : A la dernière foire de Francfort, on a en effet parlé de ce fameux algorithme qui permet de prévoir si un livre de fiction va « marcher » ou pas, en se basant sur ce qu’on connaît déjà des goûts des lecteurs, et qui permettrait de ne publier que ce qui se vend. Et là, ça devient pathétique : cela signifierait que certains livres ne verront pas le jour à cause du sujet, de l’auteur ou quoi que ce soit d’autre. Et surtout que nos goûts en matière de lecture seraient à terme dictés par une machine. Pour le moment seule une Start up commercialise cet algorithme en Allemagne, mais le jour où il arrive en français, peut-être les petites librairies à l’affût des fameuses pépites à recommander à leurs lecteurs  auront-elles une raison de plus de fermer...

Un coup de cœur de Sophie Todescato, de La Librairie Les Temps Modernes, à Orléans « Roux ! L'obsession de la rousseur », un catalogue d’exposition publié aux Éditions du Seuil : De Jean-Jacques Henner à Sonia Rykiel. Parce qu’ils sont peu nombreux, les roux peuvent susciter des réactions ambigües, mêlant fascination et répulsion. L’exposition du musée national Jean-Jacques Henner comme son catalogue ont donc pour ambition, par la présentation d’œuvres et d’objets venus d’univers différents, de mettre en scène cet imaginaire lié à la rousseur, à la fois attirante et dérangeante. Dans l’œuvre de Jean-Jacques Henner (1829-1905), la multiplication des tableaux figurant des roux interpelle, et permet de mieux comprendre les recherches picturales et la palette de ce peintre qui utilisa le roux tout au long de sa carrière comme une couleur, mais aussi comme une véritable signature.

Un coup de gueule de Josianne Létourneau de La Librairie du Square, au Quartier Outremont, à Montréal

Programmation musicale: 

  • Lomepal - Trop beau - Pineale Prod
  • Faudel - Tellement n'brick - Barclay
  • Cléa Vincent - Nuits sans sommeil - Midnight Special Records
  • Maya Kamaty - Kaniki - Vlad Productions (Bonus créole)
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