Salim Bachi , pour "Le dernier été d'un jeune homme" , publié aux Editions Flammarion

le dernier été d'un jeune homme
le dernier été d'un jeune homme © Radio France / Salim Bachi

En 1949, Albert Camus embarque pour le Brésil. La tuberculose, les violentes fièvres qui l'assaillent, l'ennui des longues journées en mer rendent ce voyage difficile, sombre. Chaque jour, dans sa cabine exiguë, il travaille au manuscrit des Justes quand une mystérieuse femme, Moira, fait son apparition. Avec elle, Camus se souvient alors de sa jeunesse à Alger. L'époque ensoleillée des premières amours et des combats politiques et littéraires a des allures de paradis perdu. Pourtant, Camus oppose à la nostalgie qui le ronge un féroce appétit de vivre. Salim Bachi nous livre, dans ce roman, le portrait d'un Camus inquiet, exalté, sensuel, brillant et fraternel.

Roger Grenier , éditeur chez Gallimard, ancien journaliste à Combat et écrivain, pour "Camus" , publié aux Editions de l'Herne .

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camus © Radio France / Roger Grenier

Ce Cahier offre au lecteur un parcours très éclectique autour de Camus, et vise à proposer des éclairages originaux sur la vie de Camus, sur ses oeuvres - roman et théâtre -, sur sa pensée et sur ses engagements.Dirigé par Raymond Gay-Crosier et Agnès Spiquel-Courtille .

Aucune recherche d’exhaustivité dans notre démarche : d’amples synthèses voisinent avec des « petits faits » ; des témoignages directs avec des études très « pointues » ; des textes de Camus avec des textes sur Camus. Nous avons voulu varier le plus possible les points de vue, pour que chaque lecteur circule dans le Cahier en gardant sa liberté d’interprétation. Nous voulons le rendre proche, frayer des voies vers l’homme, vers l’artiste, vers le penseur engagé, vers le journaliste – de manière que le lecteur du Cahier ait envie de lire ou relire telle ou telle des oeuvres de Camus. Nous avons pensé notre tâche comme celle de passeurs.Outre la vingtaine de contributions serrées que des universitaires nous ont données, nous avons rassemblé quantité de documents, contemporains de l’écrivain ou plus récents. Nous avons choisi d’ouvrir chacune des sections par des textes – souvent peu connus – de Camus lui-même ; nous avons pu puiser dans le trésor de témoignages très vivants d’amis de Camus aujourd’hui disparus, et aussi dans le trésor de correspondances non publiées ; nous avons multiplié les textes de critiques ou penseurs avertis qui ont parlé de lui, souvent avec ferveur.Enfin, l’iconographie que nous proposons offre un panorama incisif de l’homme dans son temps, de documents représentatifs et de reproductions de pages manuscrites qui révèlent les difficultés de l’écriture et de la réécriture. »

Entretien à la Cité du livre à Aix-en-Provence avec Marcelle Mahasela , Maurice Weyembergh et Pierre Louis Rey , pour la parution du catalogue de l'exposition "Albert Camus Citoyen du Monde" aux éditions Gallimard.

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camus © Radio France / camus

Le monde est une cité, c’est-à-dire un endroit où des hommes vivent ensemble. Camus aime le mot « monde » : pour lui, c’est à la fois la nature et les hommes. Comment habite-t-il le monde ? L’exposition veut le faire sentir à partir de photos, de documents, et surtout à partir des mots de Camus : ses textes peuvent à la fois être lus (parfois dans les manuscrits), entendus et vus.Le parcours de l’exposition met en évidence comment la pensée de Camus se nourrit de ses expériences réelles ; pour cela il suit le fil de mots essentiels pour Camus. Marqué au sol par un chemin blanc, il passe par dix étapes: LIEU, AMITIÉ, MÉTIER, JEU, LANGAGE, GUERRE, HISTOIRE,PENSÉE DE MIDI, AMOUR, ROYAUME.

"Albert Camus, citoyen du monde" , publié aux Editions Gallimard

Albert Camus, citoyen du monde
Albert Camus, citoyen du monde © Radio France / camus

Ouvrage collectif de Sophie Doudet, Marcelle Mahasela, Pierre-Louis Rey, Agnès Spiquel-Courdille et de Maurice Weyembergh

Pour Albert Camus, le monde est une cité où pourraient cohabiter des hommes libres et égaux. Montrer en lui le «citoyen du monde», c'est souligner son lien avec la nature, son souci du temps présent et de l'avenir, sa générosité envers les autres, son refus des frontières, son sens aigu d'une fraternité universelle.

Le parcours que propose cet ouvrage n'est ni chronologique ni géographique, il ne va pas du concret vers l'abstrait ; il vise à faire ressortir combien la pensée de Camus est nourrie d'expériences authentiques, combien sa vie et son œuvre sont une même et unique quête du «secret du monde». Au travers de documents, de photographies et de textes inédits, dix notions du répertoire camusien sont ainsi mises en lumière : Lieu, Amitié, Métier, Jeu, Langage, Guerre, Histoire, Pensée de midi, Amour, Royaume.

Abd Al Malik , en tournée avec le spectacle "L'art et la révolte" , inspiré par Albert Camus

Malik
Malik © Radio France / B.F.G

Tantôt rappeur, poète ou encore écrivain, quatre fois consacré aux Victoires de la musique, lauréat du Prix littéraire Edgar Faure, cet artiste élevé dans les quartiers difficiles de la banlieue strasbourgeoise échappe aux clichés habituels.

Inspiré par les grands textes, il porte la parole de Sénèque, Spinoza, Verlaine ou encore Césaire, dans ses albums hybrides.

Au carrefour du rap, de la poésie et du jazz, Abd al Malik, chanteur lettré, nous livre un opus inspiré des textes et des grands thèmes camusiens dans un spectacle qui va bien au-delà du concert.

D’après l’oeuvre d’Albert Camus 1913-1960 Composition, direction artistique, textes : Abd al Malik

Benjamon Stora , pour "Camus brulant" , publié aux Editions Stock.

Camus brûlant
Camus brûlant © Radio France

L'affaire de l'exposition sur Camus, prévue à Aix-en-Provence pour le centième anniversaire de sa naissance en novembre 2013, a fait scandale. Sollicité pour la concevoir, ce qu'il fit avec Jean-Baptiste Péretié, Benjamin Stora fut ensuite brutalement évincé et remplacé par Michel Onfray, qui accepta puis finit par renoncer. Au-delà de la polémique, cette affaire est symptomatique et révèle combien les questions soulevées par l'auteur de L'Étranger restent extrêmement sensibles et provoquent des tensions toujours vives. C'est évidemment le cas de la question coloniale et de l'ombre portée de la guerre d'Algérie dans la société française d'aujourd'hui. Nombreux sont ceux qui voudraient annexer Camus, le lire de façon univoque, l'enrôler dans leur combat politique, notamment à l'extrême droite. Peine perdue, la complexité de cet homme entre deux rives ne saurait être réduite à une cause ou une identité. Dans ce texte vif et précis, Benjamin Stora et Jean-Baptiste Péretié dénoncent ces tentatives de captation multiples. Ils montrent aussi combien la position de l'écrivain pendant la guerre d'indépendance fait encore polémique en Algérie. Camus est toujours brûlant.

Les chroniques des libraires:

Matthieu Colombe , de la librairie "Goulard" , à Aix-en-Provence , pour une bande dessinée: "Maori, vl 1 - La Voix humaine" , avec un scénario de Caryl Férey et des dessins de Giuseppe Camuncoli , publié chez Ankama Editions .

Jack Kenu est Maori, seul depuis le départ de sa femme, et accessoirement officier de police à Auckland, Nouvelle-Zélande. L'effondrement du pays, ruiné par la crise financière devenue mondiale, ne l'intéresse pas plus que la bataille électorale faisant rage entre Kirwan, Premier Ministre du parti conservateur, et le très controversé Witkaire, un député Maori adepte de "la Voie Humaine", programme s'appuyant sur une approche économique et sociétale radicalement novatrice. On découvre le corps d'une jeune femme sur une plage, le crâne fracassé. Sandra, la fille de Witkaire. Jack, chargé de l'enquête, apprend que Sandra a quitté l'école expérimentale de son père pour frayer avec des voyous Maoris, discréditant le discours émancipateur de Witkaire.

Deborah Damblon , de la librairie "La Licorne" , à Bruxelles , pour "Ciseaux" , un livre de poche de Stéphane Michaka , publié aux Editions Pocket .

À quinze ans, Raymond décide qu’il sera Hemingway ou rien. Et la nouvelle, avec ses silences têtus et ses fins en lame de rasoir, son genre de prédilection. Il a des envies d ailleurs et la vie devant lui. On est à Yakima, dans le nord-ouest des États-Unis. Autant dire nulle part. Son ambition donne le tournis à Marianne, la petite serveuse de la boutique de donuts. « C était le truc le plus excitant que j avais jamais entendu. Pleine d assurance, je lui ai dit : Tu peux compter sur moi, Ray. » Les deux adolescents se marient quelques mois plus tard. Marianne est enceinte. Raymond n’a pas commencé à boire. Douglas, lui, vient d obtenir le job de ses rêves : directeur littéraire d un magazine prestigieux. Les nouvelles qu’il reçoit l irritent comme un vilain psoriasis. Pour calmer ses démangeaisons, il coupe, réécrit, sculpte avec ses ciseaux. « C est leur voix. Leur voix, tu m entends ? Mais c est ma signature. » Quand il le rencontre, Ray peaufine son art dans l alcool depuis près de dix ans et Marianne subvient aux besoins du ménage. Douglas va changer leur vie. Raymond Carver, Maryann Burk-Carver, Gordon Lish et la poétesse Tess Gallagher qui attend son heure en coulisses... Ciseaux raconte leur histoire : dans l Amérique des années soixante à quatre-vingt, l accomplissement de deux hommes en proie à une dépendance réciproque, un écrivain et son éditeur qui coupe ses textes au point de les dénaturer.

Florentin Bourdin , de la Librairie "Mot de passe" , à Neuchätel, en Suisse , pour "Chambre 2" , un roman de Julie Bonnie , publié aux Editions Belfond .

La naissance : le plus beau moment de la vie et pourtant... Lorsqu'elle ouvre les chambres de la maternité où elle travaille comme puéricultrice, Béatrice doute de l'existence qu'elle a choisie. Une maternité. Chaque porte ouvre sur l'expérience singulière d'une femme tout juste accouchée. Sensible, vulnérable, Béatrice, qui travaille là, reçoit de plein fouet ces moments extrêmes. Les chambres 2 et 4 ou encore 7 et 12 ravivent son passé de danseuse nue sillonnant les routes à la lumière des projecteurs et au son des violons. Ainsi réapparaissent Gabor, Paolo et d'autres encore, compagnons d'une vie à laquelle Béatrice a renoncé pour devenir normale. Jusqu'à ce qu'elle ne puisse plus supporter la violence du quotidien de l'hôpital.

Manon Trépanier , de la la librairie "Alire" , à Longueuil, au Québec , pour "Différance et contrôle social: le syndome de Procuste" , un essai de Claude Vaillancourt, publié aux Editions Triptyque .

Alors que nous sommes partagés entre l’envie de nous distinguer et le désir de nous conformer, il devient souvent plus convenable de nous mouler aux autres. Les individus trop dissemblables sont vus tantôt comme des menaces, tantôt comme des êtres dont il ne faut pas tenir compte. Les pouvoirs politique et économique ont toujours bien compris les avantages à contrôler les différences.

Longtemps, les sociétés occidentales s’en sont prises à des boucs émissaires : par exemple l’hérétique, le Juif, l’homosexuel, l’étranger, le fou ou le handicapé. Peu à peu, avec la reconnaissance des droits humains, il est devenu moins « acceptable » d’opprimer les gens différents. Cette attitude a coïncidé avec l’industrialisation puis avec la mondialisation. Est alors apparu un individu formaté, uniforme, consommateur et facile à contrôler.

Cet essai permet de réfléchir à la notion d’égalité, qui ne peut être obtenue sans une reconnaissance des différences. Claude Vaillancourt fait ici un plaidoyer vibrant contre l’uniformisation du monde.

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