Mazarine Pingeot pour "Les invasions quotidiennes" , publié aux Editions Julliard

Les invasions quotidiennes
Les invasions quotidiennes © Radio France

Depuis quelque temps, rien ne tourne plus rond dans la vie de Joséphine Fayolle (pour ceux qui l'ignorent, un « nom » de la littérature jeunesse, spécialiste ès histoires d'animaux handicapés). D'abord, c'est son ex-mari, père de ses deux garçons, qui ne semble pas vraiment d'accord sur le sens du mot « séparation », et continue à maintenir le siège, déployant une imagination sans borne, à inventer ce qui pourrait enquiquiner Joséphine tous les moyens sont bons pour rester dans sa vie. Ensuite, c'est l'inspiration qui lui fait faux bond, au moment même où Joséphine doit faire ses preuves son éditrice, mère putative et éternelle alliée, prend sa retraite, et l'inconnu qui la remplace s'impatiente de lire les premières pages de son prochain livre. Et puis, ce matin-là, choisissant l'instant où son banquier l'appelle pour lui parler de son découvert, c'est son lave-vaisselle qui la lâche. Le début de la fin. Ou alors... le début d'une nouvelle vie ? S'inventant un double gaffeur et borderline (et un père employé de la SNCF), Mazarine Pingeot raconte avec Joséphine Fayolle cette génération de femmes encore jeunes, mères d'enfants en bas âge, fraîchement séparées, qui rêvent un impossible retour à l'insouciance et la liberté de leurs vingt ans. Scotchée à son iPhone devenu son plus fidèle compagnon, son héroïne aux faux airs de Charlotte Gainsbourg (son modèle depuis qu'elle a vu, à dix ans, L'Effrontée) traîne sa silhouette maladroite et ses questions existentielles de jeune femme de quarante ans en quête d'amour au fil de mésaventures quotidiennes croustillantes.

Sophie Létourneau , pour "Chanson française" , publié aux Editions Le Quartanier

chanson française
chanson française © Radio France

À l’intérieur d’une cour briquetée de la rue Saint-André, Christophe Keller, ingénieur du téléphone, fait la rencontre de Béatrice Chevreau, maîtresse d’école. Il est français, elle est québécoise, mais cela n’importe pas. Il veut des enfants, elle veut être aimée et c’est le début d’un malentendu qui poussera Béatrice à faire son nid sous les toits de Paris. (Refrain.)

Chanson française met en scène une fille légère, un homme de bonne volonté, un charmeur éhonté, une sœur vive, une mauvaise mère et un fils qui part. Que ce soit dans le soleil couchant d’un Montréal orangé ou dans la lumière d’un Paris qui s’éveille, on est dans un monde à la mélancolie chantante et à l’humour fragile, un monde d’éclats et de vert-de-gris.

Chanson française n’est pas un roman : c’est une chanson d’amour comme on l’entend chez Barbara et Françoise Hardy.

artaud
artaud © Radio France

Isabelle Cahn , pour "Vincent Van Gogh - Antonin Artaud: le suicidé de la société" , publié aux Editions Skira Quelques jours avant l'ouverture d'une rétrospective Van Gogh à Paris en 1947, le galeriste Pierre Loeb suggéra à Antonin Artaud (1896-1948) d'écrire un texte sur le peintre. Prenant le contrepied de la thèse de l'aliénation, Artaud s'attacha à démontrer comment la lucidité supérieure de Van Gogh gênait les consciences ordinaires. En voulant l'empêcher d'émettre "d'insupportables vérités", ceux que sa peinture dérangeait le poussèrent au suicide.

Et les chroniques des libraires:

Matthieu Colombe , de la librairie "Goulard" , à Aix-en-Provence , pour "Robert Moses: le maître caché de New York" , une bande dessinée de Pierre Christin et Olivier Balez , publié aux Editions Glénat .

Dans cet élégant roman graphique, le célèbre Pierre Christin, passionné d’architecture, choisit de nous raconter le destin de ce personnage hors norme mais encore méconnu en France, qui fut pourtant l’un des principaux maîtres d’œuvre de la plus célèbre ville du monde. La ligne claire revisitée d’Olivier Balez se révèle dans le style architectural, restituant à merveille la grande New York et ses structures majestueuses.

Céline Besson , de la librairie "L'Etage" , à Yverdon-les-Bains, en Suisse , pour "Silence d'une ville" , un roman de Léonard Crot , publié aux Editions de l'Aire .

Entre souvenirs et espoirs, les silences de chacun forment l'humanité et l'âme de la ville. Le fleuve, les marais, la zone industrielle, le quartier des tentes, les personnages se fondent dans le décor pour réécrire le passé et s'échapper du présent.

Léonard Crot nous donne à entendre les silences d’une ville à travers les voix et les destins de ses personnages qui réécrivent le passé, débroussaillent le futur et s’échappent toujours du présent.

Déborah Damblon , de la librairie "La Licorne ", à Bruxelles, pour "La vieille qui voulait tuer le bon dieu" , un poche de Nadine Monfils , publié aux Editions Pocket .

Mémé Cornemuse a trouvé un emploi de concierge dans un immeuble où se déroulent des aventures rocambolesques. Un soir, Ginette, une des locataires, trompe son mari pour la première fois. De retour chez elle, elle découvre son époux découpé en morceaux. Elle va mener l'enquête pendant que Mémé Cornemuse organise un braquage.

Manon Trépanier , de la librairie "Alire" , à Longueuil, au Québec , pour "Les filles en série: Des Barbies aux Pussy Riots" , un essai de Martine Delvaux , publié aux Editions Remue Ménage .

Les filles sont des filles parce qu’elles sont en série.

Des corps féminins en rangées. Ils se meuvent en synchronie. Ils ne se distinguent que par le détail d’un vêtement, d’une courbe, d’une teinte de cheveux. Les filles en série sont mises à leur place et créent l’illusion de la perfection. Ce sont des filles-machines, des filles-marchandises, des filles-ornements. Toutes reproduites mécaniquement par l’usine ordinaire de la misogynie.

Mais la figure des filles en série est double : à la fois serial girls et serial killers de l’identité qu’on cherche à leur imposer. Casseuses de party, ingouvernables, elles libèrent la poupée et se mettent à courir. Entre aliénation et contestation, les filles en série résistent à leur chosification, à l’instar des grévistes féministes de 2012. Cet essai percutant se déploie comme une chaîne qui se fait et se défait, depuis les Cariatides jusqu'aux Pussy Riot.

Martine Delvaux s'est penchée sur des « séries » d'archétypes féminins, depuis les Cariatides jusqu'aux Pussy Riot, préoccupée par la question de la femme-ornement.

Les références
L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.