Pajak
Pajak © Radio France

Frédéric Pajak, pour « Manifeste incertain 3 » , publié aux Editions Noir sur Blanc : C’est l’époque de la « drôle de guerre ». L’écrivain et philosophe Walter Benjamin vit à Paris depuis plusieurs années. Mais en 1939, comme tous les ressortissants allemands, il est interné dans un camp de « travailleurs volontaires » à Nevers. Libéré après deux mois et demi grâce à l’intervention de plusieurs amis, il regagne Paris jusqu’à l’arrivée des troupes de la Wehrmacht. Il s’enfuit, et commence pour lui une errance dans le Midi, d’abord à Lourdes, puis à Marseille, d’où il tente en vain de s’embarquer pour les États-Unis. Son périple se poursuit dans les Pyrénées, jusqu’au poste-frontière espagnol de Port-Bou où, menacé d’être livré à la Gestapo, il se donne la mort. Ce récit s’entrecroise avec une évocation du poète américain Ezra Pound, exilé à Rapallo, au nord de l’Italie fasciste, dont il partage aveuglément les opinions. À Rome, le poète rencontre Mussolini dans le but de se mettre à son service, mais celui-ci décline la proposition, convaincu d’avoir affaire à un esprit dérangé. Arrêté en 1944 par les Américains, condamné pour trahison, il est enfermé à Pise dans une cage en plein air, avant d’être interné durant treize ans dans son pays. À travers ces deux figures antagoniques se dessine une époque, petites histoires dans la grande Histoire, qui nous parle à demi-mots du temps présent, de ses idéologies, de ses angoisses, de ses espoirs. Prix Médicis Essais 2014

chien
chien © Radio France

Samuel Benchetrit , pour « Le chien » , publié auxEditions Grasset : « Je ne pouvais pas trop regarder mon fils jouer avec le chien de notre petite voisine parce que ma femme me parlait : — La peau me brûle, je perds mes cheveux et mes ongles jaunissent. Je suis allée consulter un spécialiste, le docteur Zenger, et figure-toi qu’il a fini par trouver la cause de cette maladie… Tu veux connaître la cause, Jacques ? — Oui. — C’est toi… C’est toi, Jacques ! — Moi ? — Oui. D’ailleurs, tu apprendras que désormais cette maladie porte ton nom, c’est une Blanchoïte aiguë. (Je m’appelle Jacques Blanchot.) Pour le moment, il n’y a rien à faire pour la soigner. Ni traitement. Ni crème. Alors… il faudrait que tu partes. — Quand ça ? — Maintenant… »

bonobo
bonobo © Radio France

Deni Béchard, dans la Librairie québécoise « TuliTu » à Bruxelles pour «Des bonobos et des hommes : voyage au cœur du Congo » , publié aux éditions Ecosociété :Des bonobos et des Hommes raconte le combat de Congolais et d’Étatsuniens contre la destruction de la forêt équatoriale du Congo, deuxième poumon de la planète, et contre l’extinction des bonobos, dans cet immense pays au cœur de l’Afrique dévasté par des guerres postcoloniales. Avec un authentique talent de conteur, Deni Béchard relate le travail d’une ONG conservationniste auprès de cette communauté de grands singes pour livrer une profonde réflexion sur la condition humaine, la guerre et les défis écologiques à venir. Surnommés les « hippies de la forêt », les bonobos partagent près de 99 % de leur ADN avec les êtres humains et désamorcent les conflits sociaux par le biais de la sexualité. Cette chronique vivante et poétique de l’Afrique des Grands Lacs, qui navigue habilement entre l’essai philosophique et le récit de voyage, suit le travail patient et précieux des différents protagonistes de cette organisation, qui défendent une conservation en lien avec les communautés locales, respectant leurs modes de vie et leurs besoins, loin de la logique des modèles occidentaux. Béchard raconte leurs histoires, leurs passions et leurs questionnements avec comme toile de fond l’histoire du pays, la philosophie des Congolais vis-à-vis de la nature et leurs relations avec les Occidentaux, souvent entachées de méfiance...

Et les chroniques des librairies

Matthieu Colombe , de la librairie « Goulard » , à Aix-en-Provence , pour « Attaquer le soleil » , un beau livre d’Annie Le Brun , publié aux Editions Gallimard / Musée d’Orsay

Ce catalogue d'exposition témoigne de l'influence de l'œuvre du marquis de Sade sur la sensibilité du XIXe siècle. En bouleversant de l'intérieur l'image du corps, elle annonce une révolution de la représentation qui aura marqué Delacroix, Moreau, Böcklin, puis F. Rops, O. Redon et A. Kubin avant que le surréalisme, se réclamant de l'écrivain, ne reconnaisse le désir comme inventeur de la forme.

Annick Dor , de la librairie « La Mazerine », à la Hupe, en Belgique , pour « J’habite ici » , un livre jeunesse de Michel Van Zeveren , publié aux Editions l’Ecole des Loisirs

Dans sa petite maison en rondins, le chasseur de loups a accroché ses trophées. Ce soir-là, le chasseur est fatigué, fatigué… Mais à peine commence-t-il à ronfler, qu’un bruit le réveille. En bas, dans la cuisine, un loup se prépare un café. Mais ce loup flotte, il est transparent. C’est un fantôme de loup ! Que fait-il ici ? «J’habite ici !» dit le loup. «Ben non, c’est moi qui habite ici !» dit le chasseur. «Mais non!» dit le loup. «Mais si !»

Florence Bourdin , de la librairie « Mot de passe » , à Neuchâtel, en Suisse , pour « Mali, Oh Mali ! » , un poche d’Erik Orsenna , publié aux Editions Folio

Voulez-vous les dernières nouvelles du Mali ? Madame Bâ Marguerite se propose de vous y emmener. Elle veut libérer son pays des djihadistes et c'est son petit-fils, ex-footballeur devenu griot, qui raconte sa campagne mi- glorieuse, mi- désespérée. Sur les pas de ce duo, vous rencontrerez les femmes échappées de justesse aux horreurs de la charia. Vous ferez connaissance avec des petits capitaines, soldats d'opérettes, terrorisés par les combats. Vous tomberez sous le charme de leurs épouses prédatrices. Vous verrez pourquoi bandits et djihadistes s'entendent comme larrons en foire. Vous saluerez des musiciens et des tisserands, inlassables créateurs des liens qui fabriquent un pays. Vous atteindrez juste à temps Tombouctou pour assister à l'arrivée des Français... La fascinante Madame Bâ est de retour.

Manon Trépanier , de la librairie « Alire » , à Longueuil, au Québec , pour « A l’état sauvage » , un roman de Robert Lalonde , publié aux Editions Boréal

Un écrivain vit seul dans sa trop grande maison, encore hantée par la présence de son père, avec qui il y a vécu mais qui est depuis longtemps disparu, et par celle de la femme qui vient de le quitter. Son métier l'appelle sans cesse sur la route et l'amène à croiser des hommes qui, à un moment ou à un autre de sa vie, ont contribué à forger celui qu'il est devenu, ou des enfants, qui lui rappellent l'émerveillement ou la fragilité de celui qu'il a été. Robert Lalonde donne ici un roman-mosaïque composé d'une suite d'histoires qui se font écho. S'y dessinent toutes les figures des relations que les hommes peuvent tisser entre eux, mentor, disciple, rival, ami, amant. Dans une prose somptueuse, il peint de manière éblouissante la nature qui entoure ses personnages et où se reflète le moindre mouvement de leur âme.

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