Louis Carmain , pour "Guano" , publié aux Editions de l'Hexagone

guano
guano © Radio France / guano

En 1864, l'Espagne chercha une raison de faire la guerre au Pérou. Elle trouva le guano : ce fut sérieux. Simón, marin scribouillard, en profita pour rencontrer une femme. Ce fut bref. Cette femme ne figure pas dans les rapports officiels, bien qu'elle les eût gonflés d'une conquête supplémentaire. Sans doute valait-il mieux qu'elle demeure rêvée. Car lorsqu'elle partit, elle ne disparut pas pour autant, et Simón put emmener son fantôme à bord de son navire. Dans ce roman, qui hérite beaucoup de Julien Gracq et de Jean Echenoz, l'auteur observe à la loupe ce qu'on a l'habitude de nous montrer en plan de grand ensemble.

Jean-Christophe Rufin , pour "Le collier rouge" , publié aux Editions Gallimard

gallimard
gallimard © Radio France / gallimard

Dans une petite ville du Berry, écrasée par la chaleur de l'été, en 1919, un héros de la guerre est retenu prisonnier au fond d'une caserne déserte. Devant la porte, son chien tout cabossé aboie jour et nuit. Non loin de là, dans la campagne, une jeune femme usée par le travail de la terre, trop instruite cependant pour être une simple paysanne, attend et espère. Le juge qui arrive pour démêler cette affaire est un aristocrate dont la guerre a fait vaciller les principes. Trois personnages et, au milieu d'eux, un chien, qui détient la clef du drame... Plein de poésie et de vie, ce court récit, d'une fulgurante simplicité, est aussi un grand roman sur la fidélité. Être loyal à ses amis, se battre pour ceux qu'on aime, est une qualité que nous partageons avec les bêtes. Le propre de l'être humain n'est-il pas d'aller au-delà et de pouvoir aussi reconnaître le frère en celui qui vous combat?

Philippe Claudel , pour "Parfums" , publié aux Editions Livre de Poche

claudel
claudel © Radio France

« En dressant l'inventaire des parfums qui nous émeuvent – ce que j'ai fait pour moi, ce que chacun peut faire pour lui-même –, on voyage librement dans une vie. Le bagage est léger. On respire et on se laisse aller. Le temps n'existe plus : car c'est aussi cela la magie des parfums que de nous retirer du courant qui nous emporte, et nous donner l'illusion que nous sommes toujours ce que nous avons été, ou que nous fûmes ce que nous nous apprêtons à être. Alors la tête nous tourne délicieusement. »

Odile Cornuz , pour "Terminus" , publié aux Editions l'Age d'Homme

terminus
terminus © Radio France

Terminus. Un mot qui appelle à la finalité, la terminaison, le deuil, l’aboutissement plus ou moins heureux de quelque chose. Justement : envie d’y aller voir – dans les recoins de la ville où se tordent les cous et les espoirs, où un être se sent mis à nu sous le regard d’un autre. Envie de capter des instantanés de la vie intime, tragiques ou ridicules. Sorte de chronique de mes jours et des vies que je frôle sans les connaître, mais qui me poussent à la recréation fictive. Des voix qui se veulent dans la confidence, autant de personnages qui m’entourent et me portent, me rassurent ou me font craindre le monde. Virginia Woolf affirmait qu’il était du devoir d’un écrivain de vivre dans la présence de la réalité pour la trouver, la réunir et la transmettre à d’autres. Je considère ces textes comme des petits bouts de ma réalité offerte. Je voudrais qu’ils trouvent résonnance de l’autre côté du miroir.

Et les chroniques des libraires :

Matthieu Colombe , de la librairie"Goulard" , à Aix-en-Provence, pour"Angkor, naissance d'un mythe" , un beau livre de Louis Delaporte et Thierry Zéphir , une coédition Gallimard / Musée des Arts Asiatiques Guimet

À l’occasion de la mission de reconnaissance du cours du Mékong en 1866, Louis Delaporte, jeune officier de marine, découvre avec ses compagnons un site oublié, le plus imposant d’Asie, Angkor. Entre cette découverte et sa mort en 1925, Delaporte va se consacrer exclusivement à faire découvrir l’art khmer à l’Europe en rapportant sculptures originales, moulages, dessins aquarellés, plans, photographies. À la lumière de ces œuvres et documents, ce catalogue aborde les premiers temps de la redécouverte d'Angkor et, plus généralement, du patrimoine de ce pays. Il évoque aussi le Cambodge de cette époque et le regard que lui porte l'Europe, en particulier la France, notamment dans le cadre spectaculaire des Expositions universelles et coloniales.

Manon Trépanier , de la librairie"Alire" , à Longueuil, au Québec , pour"Le chat proverbial" , un livre de poche d'Hans-Jürgen Greif , publié auxEditions L'Instant même

Qu'ils proviennent du Japon, du Sénégal, de la France, de l'Inde, les proverbes sont des condensés de sagesse populaire. Sous la plume de Hans-Jürgen Greif, ils ouvrent la voie à des histoires étonnantes. Dans le miroir de la fiction, les maîtres et les chats s'échangent les rôles. Birbone le revêche, Honoré le millionnaire, Fenouil le mal-aimé, Marcel le virtuose : qu'il s'agisse d'amour ou d'argent, d'exil ou d'abandon, de complot ou de mort suspecte, le chat est un catalyseur d'action. Pour parodier Ionesco, si l'écrivain aime les proverbes et que le chat aime l'écrivain, alors le chat est proverbial et Hans-Jürgen Greif possède une sacrée griffe de conteur.

Florence Bourdin , de la librairie"Mot de passe" , à Neuchâtel, en Suisse , pour "Les cobayes" , une bande dessinée de Tonino Benaquista et Nicolas Barral , publié auxEditions Dargaud

Le dernier one shot de Tonino Benacquista et Nicolas Barral, Les Cobayes, se déroule dans l'univers des laboratoires pharmaceutiques. Les Cobayes, ce sont deux hommes et une femme qui, pour le moment, attendent dans une antichambre aseptisée. Ils se sont portés volontaires pour tester un antidépresseur révolutionnaire mis au point par un laboratoire pharmaceutique, mais le médicament aura des répercussions pour le moins inattendues sur leurs vies... Les Cobayes est un roman graphique ; une BD qui est à la fois un polar pharmaceutique, un roman psychanalytique et une comédie grinçante.

Déborah Damblon , de la librairie "La Licorne" à Bruxelles , pour "La reine Alice" , un livre de poche de Lydie Flem , publié aux Editions Points

Hommage discret à Lewis Carroll, l’héroïne traverse réellement le miroir lorsqu’elle se découvre un cancer. Dans le laboratoire du Grand Chimiste ou chez Lady Cobalt, elle converse avec des objets magiques et des personnages extravagants : la Licorne, Cherubino Balbozar, le Grincheux, le docteur H., les Contrôleurs, la Plume, l’Attrape-Lumière... Persécutée par les uns, protégée par les autres, la dame aux turbans se joue des épreuves et devient la Reine Alice.

Lydia Flem a l’élégance de parler de choses graves avec tendresse, humour et malice. D’une grande intensité, ce roman invente une langue pour dire le désarroi qui peut nous mordre à certains moments de l’existence : entre rires et larmes.

Membre de l’Académie Royale de Belgique, Lydia Flem publie ici son dixième livre. Elle est traduite en une quinzaine de langues.

Les références
L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.