Kamel Daoud , pour "Meursault, contre enquête" , publié aux Editions Actes Sud et Prix des 5 continents de la Francophonie 2014

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daoud © Radio France

Un homme, tel un spectre, soliloque dans un bar. Il est le frère de l’Arabe tué par Meursault dans L’Étranger, le fameux roman d’Albert Camus. Il entend relater sa propre version des faits, raconter l’envers du décor, rendre son nom à son frère et donner chair à cette figure niée de la littérature: l’« Arabe ». Iconoclaste, le narrateur est peu sympathique, beau parleur et vaguement affabulateur. Il s’empêtre dans son récit, délire, ressasse rageusement ses souvenirs, maudit sa mère, peste contre l’Algérie – il n’épargne personne. Mais, en vérité, sa seule obsession est que l’Arabe soit reconnu, enfin. Kamel Daoud entraîne ici le lecteur dans une mise en abîme virtuose. Il brouille les pistes, crée des effets de miroir, convoque prophètes et récits des origines, confond délibérément Meursault et Camus. Suprême audace : par endroits, il détourne subtilement des passages de L’Étranger, comme si la falsification du texte originel était la réparation ultime.

Lydie Salvayre , pour "Pas pleurer" , publié aux Editions du Seuil etPrix Goncourt 2014

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lydie © Radio France

Deux voix entrelacées. Celle, révoltée, de Bernanos, témoin direct de la guerre civile espagnole, qui dénonce la terreur exercée par les Nationaux avec la bénédiction de l’Église contre « les mauvais pauvres ». Celle, roborative, de Montse, mère de la narratrice et « mauvaise pauvre », qui a tout gommé de sa mémoire, hormis les jours enchantés de l’insurrection libertaire par laquelle s’ouvrit la guerre de 36 dans certaines régions d’Espagne, des jours qui comptèrent parmi les plus intenses de sa vie. Deux paroles, deux visions qui résonnent étrangement avec notre présent et qui font apparaître l’art romanesque de Lydie Salvayre dans toute sa force, entre violence et légèreté, entre brutalité et finesse, porté par une prose tantôt impeccable, tantôt joyeusement malmenée.

Charles Haquet et Bernard Lalane , pour "Procès du grille-pain et autres obnjets qui nous tapent dur les nerfs" , publié aux Editions Mercure de France

proces
proces © Radio France

Une fourchette pour analyser nos repas, un bracelet pour contrôler le fonctionnement de nos organes, bientôt une voiture qui se conduit toute seule… Plus intelligents les uns que les autres – et que nous-mêmes, bien entendu –, les objets connectés font tout à notre place. L’âge d’or ? Pas si sûr. Il suffit de voir à quel point ceux qui promettaient hier de nous faciliter la vie nous tourmentent aujourd’hui : le grille-pain, le parapluie, la chaise longue, le rouleau adhésif, le portable… L’intelligence n’exclut pas automatiquement la malfaisance. Dans la bande des cinquante interpellés ici, les plus énervants ne sont pas les moins astucieux, ce serait trop simple. Chaque objet possède sa manière, subtile ou primaire, de nous faire enrager, d’imposer sa loi et (c’est un comble) de faire de nous sa chose. Il était grand temps de mettre un terme à cette situation intolérable et de passer les coupables par les armes de l’humour et de la dérision. Un livre à lire d’urgence pour se libérer.

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Et les choix des libraires :

Déborah Damblon , de la librairie La Licorne , à Bruxelles , pour « Si tu passes la rivière » , un poche de Geneviève Damas , publié aux Editions Le livre de Poche

François Sorrente est un jeune homme illettré qui vit au milieu des cochons et a l'interdiction de passer la rivière. Il trouve pourtant le courage d'apprendre à lire et décrypter les secrets de sa famille si particulière. Premier roman.

Prix Victor Rossel 2011

Prix des Cinq continents de la francophonie 2012 .

Laura Sanchez , de laLibrairie du Boulevard , àGenève , pour « Lire le monde : Expériences de transmission culturelle aujourd’hui » , un essai de Michèle Petit , publié aux Editions Belin

Ce livre est un plaidoyer pour que la littérature, orale et écrite, et l’art sous toutes ses formes, aient place dans la vie de chaque jour, en particulier dans celle des enfants et des adolescents. Il est né d’une révolte contre le fait de se voir toujours plus contraint, si l’on défend les arts et les lettres (ou les sciences, aussi bien), de fournir les preuves de leur rentabilité immédiate, comme si c’était là leur seule raison d’être. À l’occasion de ses multiples interventions auprès de bibliothécaires, d’enseignants, de personnes travaillant à promouvoir la lecture, ou d’étudiants se préparant à ces métiers, Michèle Petit a été amenée à répondre, sans nostalgie ni crainte face aux révolutions de la communication, à ces questions simples et actuelles: à quoi ça sert de lire, pourquoi lire aujourd’hui, pourquoi inciter des enfants à le faire? Quels sont les fondements de l’importance de la littérature, mais aussi, plus largement, de la transmission culturelle? Comment donner le goût de la lecture et celui des pratiques artistiques?

Manon Trépanier , de la librairie Alire , à Longueuil, au Québec , pour « Elliot » , un livre jeunesse de Julie Pearson , avec des illustrations de Manon Gauthier , publié aux Editions Les 400 coups

Éducatrice spécialisée pour les centres jeunesse depuis une douzaine d'années, Julie Pearson est passionnée par les tout-petits et par tout ce qui touche leur développement. Elle s'intéresse particulièrement à l'attachement parent-enfant. Elliot est son premier livre pour la jeunesse. C'est dans les premiers mois de sa grande aventure de maman adoptive, que lui vient l'idée d'écrire au sujet de l'attachement et de la crainte de l’abandon. Des concepts déjà abstraits pour les adultes qu’elle souhaite raconter aux enfants. Julie vit dans la région de Sherbrooke.

Matthieu Colombe , de la librairie Goulard , à Aix-en-Provence , pour « L’homme qui s’aime » , un roman de Robert Alexis , publié aux Editions La Tripode

Cette pensée de Robert Alexis parcourt du début à la fin L’Homme qui s’aime. Le roman nous ramène au début des années 1890, à Paris. Au cours d’une soirée mondaine, un jeune dandy, riche héritier à la beauté « insoutenable », fait fortuitement une expérience qui le révèle à ses désirs les plus secrets. Dès lors, décidé à rester fidèle à ce qu’il comprend de lui-même, il va décider de vivre pleinement sa vie et d’exister en tant que femme.

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