+ Guy Goffette , pour "Géronimo a mal au dos" , publié aux Editions Gallimard.

Guy Goffette
Guy Goffette © Radio France / Guy Goffette

«Mais regardant cet homme au milieu des rires et des chansons, comme un chêne dans son feuillage ; ce danseur crucifié à côté de la piste, ce père que j'ai craint comme l'orage et que j'ai fui pour ne pas avoir à le détester, je me dis qu'il y a pire douleur que tous les arbres de la forêt abattus, tous les massacres en images, c'est de voir un homme en silence qui pleure.» Simon, le narrateur d'Un été autour du cou, devenu adulte, recompose le passé de son père et l'histoire de ce qui les a si longtemps séparés. Devant le cercueil de cet homme qu'il n'a pas vu mourir, Simon se souvient d'un père rude, exigeant, incapable d'exprimer son affection, dont il aura attendu en vain un geste, un mot capable de lui donner confiance. Comment retrouver la tendresse de l'amour qu'on croyait perdu ?

+ Pia Petersen , pour son dernier roman "Un écrivain, un vrai" , publié aux Editions Actes Sud.

Pia Petersen
Pia Petersen © Radio France / Pia Petersen

Un écrivain, un vrai , c’est le titre de l’émission de téléréalité dont Gary Montaigu a accepté d’être la vedette. Une équipe télé s’est installée chez lui et le filme en permanence ; au fil de rendez-vous quotidiens, les téléspectateurs sont invités à intervenir sur l’intrigue de son roman en cours. Auteur populaire et reconnu par ses pairs, Gary est au faîte de sa carrière. S’il s’est prêté au jeu, c’est par ambition mais aussi par amour sincère de la littérature, dans la conviction que la petite lucarne a le pouvoir d’inoculer le virus de la lecture dans tous les foyers. Quelques mois plus tard, il a déserté la vie publique, n’écrit plus rien de bon et reste enfermé chez lui, dans un fauteuil roulant… aurait-il sous-estimé les effets de la médiocrité télévisuelle ? Avec une ironique clairvoyance, Pia Petersen interroge le rôle de l’artiste dans nos sociétés contemporaines interactives. Face au simplisme démagogique et aux charmes fallacieux du storytelling, elle plaide avec détermination pour la complexité de la pensée, la liberté de créer sans le souci de séduire, l’engagement total sur un chemin de création, sans concessions.

  • Uderzo , pour la parution du premier volume de l'intégrale de son oeuvre, "L'Intégrale 1941 - 1951" , par Philippe Cauvin et Alain Duchêne , publié aux Editions Hors Collection

(la suite de la semaine dernière...)

L'intégrale 1941 - 1951
L'intégrale 1941 - 1951 © Radio France / Uderzo

C'est un événement majeur pour le 9ème art : L'Intégrale Uderzo, réalisée avec sa participation, réunit enfin l'ensemble des planches de ce géant de la bande dessinée : une oeuvre immense, extrêmement variée et bien souvent méconnue !Les années 1941 - 1951 sont celles des débuts : 436 pages de bd qui donnent déjà toute la mesure du génie d'Uderzo. Cette intégrale réunit tous les dessins, séries et albums d'Uderzo de 1941 à 1951 : un ensemble exceptionnel de planches rares et de dessins époustouflants, pour la plupart totalement introuvables, rassemblés et restaurés avec passion par Alain Duchêne et Philippe Cauvin avec la complicité et le soutien d'Albert Uderzo.Au fil des dessins s'affirme le "style Uderzo", avec les sens du gag visuel, de l'expression gestuelle, une maîtrise époustouflante de différents styles de dessin, du comique au western en passant par le réalisme. Le secret de son génie ? Le talent, le travail acharné, l'amour du dessin... et la modestie.

Et la chronique des libraires:

  • Déborah Damblon , de la librairie "La Licorne", à Bruxelles pour le livre "L'école est en feu" de Mario Ramos , publié aux Editions l'Ecole des Loisirs.

Louis et Fanfan passent de bons moments ensemble. Mais Louis semble avoir quelques secrets pour son ami. Pourquoi prend-il le train avec sa grand-mère ? Pourquoi est-il tellement fâché contre tout le monde et même l’école ! De mésaventures en aventures, la vie de Louis devient un vrai cauchemar. Son ami est prêt à tout pour le défendre dans ce monde de cochons où il n’est pas facile d’être un petit loup.

  • Florence Bourdin , de la librairie "Mot de passe", à Neuchâtel, en Suisse , pour le livre "Japon, rêve d'éternité: Felice Beato, Ecole de Yokohama" de Monica Maffioli , avec des photographies de Felice Beato , publié aux Editions Actes Sud

En 1863, moins de dix ans après l'ouverture du Japon à l'Occident, obtenue par le commodore Perry, Felice Beato - déjà rendu célèbre par ses reportages sur la guerre de Crimée (1855), la révolte des Cipayes (1857) et la seconde guerre de l'Opium (1860) - rejoint à Yokohama son compatriote Charles Wirgam, avec lequel il fonde une société de photographes. Les vues du Japon qu'il rassemble dans ses deux albums publiés en 1868, Native types et Views of Japan, créent un choc pour le public occidental et contribuent grandement à la fascination durable qu'exercera sur lui cette civilisation ainsi révélée. Inspiré par la peinture et l'estampe japonaises, Beato colorie à la main, délicatement, ses épreuves, à la fois par souci de vérité du détail et pour rendre plus sensible l'harmonie et la poésie, jusque-là inédites, des lieux, des rites et des gens. Beato influence à son tour les artistes locaux - tel Kusakabe Kimbei, son élève - qui, désignés aujourd'hui sous le vocable générique d'"école de Yokohama" ou simples photographes anonymes, restituent de leur pays une image idéalisée, précise et immuable, en imitant les techniques et le style de leur modèle occidental. Étonnante et féconde osmose : l'adoption immédiate de la technique étrangère sert à magnifier et à approfondir le sentiment d'une identité propre, en en fixant l'image et l'idée. Ce goût paradoxal mais si caractéristique des Japonais pour l'immémorial joint à l'innovation tranche avec notre faculté d'oubli. Jadis pourtant, le raffinement de cet esprit trouva de multiples échos chez les poètes symbolistes et des reflets dans la peinture des impressionnistes, des Nabis, des artistes de la Sécession viennoise ou de l'expressionnisme abstrait... D'un format in-folio et d'une qualité plastique exceptionnels, le livre fait la part belle aux artistes autochtones qui évoquent la douceur ineffable des paysages, naturels ou composés par l'homme ; celle, surtout, de l'univers féminin - aristocrates, geishas, enfants, adolescentes. Pourtant guerrier, l'univers masculin est la grâce même, somptueux uniformes chamarrés, corps au décor tatoué. La dureté que l'on devine des travaux et des jours se pare à son tour d'une noblesse hiératique qui la sublime sans la nier. Haïkus de Bashô, de poétesses contemporaines (la princesse Masako) ou médiévales (Nukata no Okimi, Kasa no Iratsume), préceptes du bouddhisme zen et de l'art des samouraïs sous-tendent, tels des fils de soie, la délicate architecture de ce rêve d'éternité.

  • Grégoire Courtois , de la librairie "Obliques" à Auxerre , pour le recueil de poésie "Les Haïkus du peintre d'éventail" , de Hubert Haddad , publié aux Editions Zulma.

Comme une œuvre dans l'œuvre, un jardin dans le jardin, ces haïkus répondent en écho au Peintre d'éventail, bouleversant roman d'inspiration zen, qui retrace le destin, imaginaire ou réel, d'un merveilleux peintre et haïkiste.

Mémoire vivante du peintre d'éventail, et seuls vestiges du fabuleux jardin, ces Chemins de rosée nous ouvrent la voie lumineuse de la mansuétude et du détachement.

Les Haïkus du peintre d’éventail, sont un complément au roman LePeintre d’éventail.

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  • Manon Trépanier , de la librairie "Alire", à Longueuil, au Québec , pour le roman "On ne rentre jamais à la maison" , publié auxEditions Boréa l.

Oublie-t-on jamais la maison qui a abrité notre enfance ? Ses odeurs, sa lumière, le vieil érable qui se dresse devant la porte, le bout de rue qu’on aperçoit de la fenêtre ?

La maison de notre enfance est un lieu magique, où rêves et cauchemars sont autant de pièces secrètes qu’on ne se lasse pas de revisiter. Chaque marche de l’escalier, chaque latte du plancher nous semble familière, aussi familière que le grain de notre peau, que la paume de notre main.

Pour Pierre-Paul, quitter la maison de son enfance, avenue Lorne, à Montréal, est d’autant plus déchirant que c’est là qu’il a vécu des moments inoubliables avec Charlie, sa meilleure amie. Charlie qui avait des passions, intenses, fulgurantes, fugaces. Charlie qui était fascinée par tout ce qui est mystérieux, inexplicable : les ovnis, la lévitation, les tueurs en série, le yéti, la disparition des dinosaures, les fantômes, la sensation de déjà-vu et, bien sûr, l’Atlantide, le triangle des Bermudes et les vagues scélérates. Faut-il voir dans ces passions, les trois dernières surtout, une prémonition de la façon dont elle allait disparaître ?

Avec ce don inimitable pour évoquer les atmosphères qui est le sien, Stéfani Meunier nous amène à revivre les abandons qui marquent la fin de l’enfance pour chacun de nous. Son écriture est un instrument d’une extraordinaire sensibilité qui révèle, sous la surface lisse de nos vies, les gouffres ouverts en nous par les lieux et les êtres que nous avons perdus.

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Uderzo, l'intégrale

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