Matthieu Mégevand , pour "Ce qu'il reste des mots" , publié aux Editions Fayard

Ce qu'il reste des mots
Ce qu'il reste des mots © Radio France / Matthieu Mégevand

Le 13 mars 2012, à Sierre, en Suisse, vingt-deux enfants décèdent dans un accident d’autocar. Le véhicule était en parfait état; le chau eur, sobre, respectait les limitations de vitesse; la chaussée était sèche et bien entretenue. Nulle négligence ne permet de comprendre le drame. Aucune faute. Aucun coupable. Aucune explication. Situation intolérable pour l’esprit. Face à cette aporie, Matthieu Mégevand refuse de s’incliner. Il mobilise toutes les ressources de la pensée et de l’écriture dans une quête à la fois philosophique et romanesque. Il replonge dans d’anciennes lectures, se retire dans la solitude, taquine l’autofi ction, s’invente des interlocuteurs, contradicteurs ou complices, et des situations imaginaires qui pourraient l’éclairer. Les mots sont impuissants? C’est à voir. Avant de proclamer leur défaite, il faut au moins leur faire livrer bataille. Envisager tous les recours. Quitte à admettre que grammaire et logique n’épuisent pas le langage, qui doit se transcender lui-même lorsqu’il s’agit de trouver la raison pour laquelle la mort nous est insupportable.

Pierre Lemaïtre , pour "Au revoir là-haut" , publié aux Editions Grasset

Au revoir là haut
Au revoir là haut © Radio France / Pierre Lemaïtre

« Pour le commerce, la guerre présente beaucoup d’avantages, même après. »

Sur les ruines du plus grand carnage du XXe siècle, deux rescapés des tranchées, passablement abîmés, prennent leur revanche en réalisant une escroquerie aussi spectaculaire qu’amorale. Des sentiers de la gloire à la subversion de la patrie victorieuse, ils vont découvrir que la France ne plaisante pas avec ses morts...

Fresque d’une rare cruauté, remarquable par son architecture et sa puissance d’évocation, Au revoir là-haut est le grand roman de l’après-guerre de 14, de l’illusion de l’armistice, de l’État qui glorifie ses disparus et se débarrasse de vivants trop encombrants, de l’abomination érigée en vertu.

Dans l’atmosphère crépusculaire des lendemains qui déchantent, peuplée de misérables pantins et de lâches reçus en héros, Pierre Lemaitre compose la grande tragédie de cette génération perdue avec un talent et une maîtrise impressionnants.

Alain Serres , pour l'ouvrage "Pour faire un livre?" , publié aux Editions Rue du Monde

Un album en accordéon pour comprendre la fabrication d'un livre. Côté pile, les acteurs de la chaîne du livre (auteur, éditeur, illustrateur, imprimeur, libraire, jusqu'au lecteur) présentent tour à tour leur contribution. Côté face, des indications pour créer soi-même un livre.

La chronique des libraires:

Florence Bourdin , de la librairie "Mot de passe" à Neuchätel, en Suisse , pour "le détail qui tue: petit présis de style de Marcel Proust à Kate Moss" , un Beau-Livre de François Armanet et Elisabeth Quin , avec une préface d'Azzedine Alaïa , publié aux Editions Flammarion.

De Marlène Dietrich à Scott Fitzgerald, de Pablo Picasso à Patti Smith, de Greta Garbo à Miles Davis, l'ouvrage propose un défilé de stars qui incarnent leur temps. Elisabeth Quin et François Armanet examinent leur silhouette, de la tête aux pieds, leur élégance ou une distinction particulière pour mieux comprendre leur style. Car l'élégance, qui pourrait se définir par l'alliance de la grâce et de la simplicité, frôle la faute de goût dans sa singularité.

Matthieu Colombe , de la librairie "Goulard" , à Aix-en-Provence, pour "Première station avant l'abattoir" , un polar de Romain Slocombe , publié aux Editions du Seuil.

Gênes, avril 1922. Les palaces de la côte ligure accueillent une foule effervescente de diplomates et de journalistes attirés par la conférence internationale censée résoudre les problèmes de l’Europe après la guerre ; doivent y siéger, pour la première fois depuis la révolution, des délégués du gouvernement des soviets. Ralph Exeter, officiellement correspondant du London Daily World , en réalité espion à la solde des bolcheviks, y rencontre son « contact », un homme du Guépéou. Ayant chargé Exeter de démasquer la taupe qui s’emploie à saper les fondements du jeune pouvoir soviétique, le Russe sera assassiné. Soupçonné de ce crime, mais aussi du meurtre d’un agent du 2e bureau français, le reporter sollicite, paradoxe ultime, la protection d’un leader fasciste au parcours prometteur : Benito Mussolini.

Stéphane Rivard , de la librairie "Raffin" (Plaza Saint Hubert), à Montréal, au Québec , pour "Scellé plombé" , un roman de Maxime Olivier Moutier , publié aux Editions Marchand de Feuilles.

Une jeune femme qui a réussi sa carrière autant que sa famille, dissèque l'histoire de son couple quand son mari est retrouvé mort foudroyé sur un terrain de golf. Pamphlet ad hominem sur l'amour, Scellé plombé cartographie les malentendus, l'incompréhension et les dialogues de sourds qui jadis étaient utilisés par un homme et une femme pour faire des enfants et se propulser dans l'avenir. Il faut lire Maxime Olivier Moutier comme on lit Sénèque ou Cioran. Il scorie notre histoire collective à travers les méandres de la vie intime, de l'espace ménager, tout en explicitant l'impossibilité contemporaine de faire couple.

Annick Dor , à Bruxelles , pour "Mauvais genre" , une bande dessinée de Chloé Cruchaudet , publié aux Editions Delcourt.

Paul et Louise s'aiment, Paul et Louise se marient, mais la Première Guerre mondiale éclate et les sépare. Paul, qui veut à tout prix échapper à l'enfer des tranchées, devient déserteur et retrouve Louise à Paris. Il est sain et sauf, mais condamné à rester caché. Pour mettre fin à sa clandestinité, Paul imagine alors une solution : changer d'identité, se travestir. Désormais il sera... Suzanne.

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