Alain Farah , pour son dernier roman, "Pourquoi Bologne" , publié aux Editions La Quartanier

Pourquoi Bologne
Pourquoi Bologne © Radio France / Alain Farah

Un écrivain dédoublé entre deux époques ne se sent bien dans aucune. Nous sommes à McGill en 1962 et en 2012, en même temps. Mais le problème est ailleurs : sur le campus, un psychiatre se livre à des expériences de déprogrammation sur ses patients. Nab Safi, l’oncle de l’écrivain, en sait quelque chose, mais il n’est bientôt plus là pour en témoigner. Commence alors une enquête où se télescopent les lieux, les objets, les souvenirs et les gens. Une mère du ghetto libanais joue son fils aux dés pour régler ses dettes. Une adjointe opère un ordinateur à cartes perforées. Le veilleur Diop monte la garde, les dinosaures reviennent, et un drôle de fusil décidera de l’issue des choses, si on y croit assez. Par le truchement d’une vieille photo et d’une piscine gothique, on atteindra les profondeurs traumatisantes de Ravenscrag, le manoir lugubre aux trente-six chambres.

Henri Gougaud , pour "Petits contes de sagesse pour temps turbulents" , publié aux Editions Albin Michel

Petits contes de sagesse pour temps turbulents
Petits contes de sagesse pour temps turbulents © Radio France / Henri Gougaud

Ce livre n’est pas fait pour être lu mais pour être fréquenté comme un ami proche, secret. Vous pouvez lui demander de vous nourrir, il vous nourrira, de vous éclairer, il vous éclairera, de jouer, il jouera avec vous le jeu le plus mystérieux du monde, celui du hasard qui n’existe pas.Ouvrez-le, simplement, par curiosité. Quelqu’un est là qui vous parle. Il ne vous dit pas seulement quelque chose de plus ou moins intéressant, non. Il répond à une question que vous n’avez même pas formulée à voix haute. Il y répond à sa manière, qui peut être déconcertante. Mais ne grimacez pas. Ce qui vous est dit là s’avère toujours étrangement sensé.Car les contes sont des vieillards immémoriaux et bienveillants. Ils savent tout de la musique du coeur du monde. Allez les voir. Ils répondent toujours à nos questions pour peu qu’ils soient interrogés avec cette lumière simple dont ils sont eux-mêmes pétris, et que l’on appelle l’innocence.

Zep , pour son tout nouvel album "Une histoire d'Homme", publié aux Editions Rue de Sèvres

Une histoire d'Hommes
Une histoire d'Hommes © Radio France / Zep

Un coup de poing malheureux a stoppé net l'ascension des Tricky Fingers, un groupe de rock formé par quatre copains dans les années 90. Seul Sandro, le chanteur, a su saisir sa chance et est devenu une rock star. Les autres ont rangé leurs rêves au placard et ont repris de leur mieux leurs existences ordinaires. Une vingtaine d'années plus tard, Sandro prend l'initiative d'inviter les trois autres pour un week-end chez lui dans la campagne anglaise. Étonnantes retrouvailles où les langues et les mémoires se délient, et malgré le single malt les souvenirs ont un drôle de goût. Réveiller le passé n'est jamais anodin et, de cette Histoire d'hommes , certains ne sortiront pas indemnes.

Et les chroniques des libraires :

Manon Trépanier , de la librairie "Alire", à Longueuil, au Québec , pour "Papa, Maman, nos livres et moi" , un album jeunesse de Danielle Marcotte , avec des illustrations de Josée Bisaillon , publié aux Editions Les 400 coups.

« J'aime quand on est tous ensemble, papa, maman, nos livres et moi. Papa lit. Maman lit. Et moi, je lis aussi ! Autour de moi, tout le monde lit. Cinq ou six pages, et mamie flotte sur un nuage. À l'abri sous l'auvent, Papi plonge dans un roman... »

Grégoire Courtois , de la librairie "Obliques", à Auxerre, pour "Muette" , un roman d'Eric Pessa , publié aux Editions Albin Michel.

Muette s’enfuit de chez elle, dans la campagne des bords de Loire, un jour chaud de printemps. Elle a prémédité sa fuite, entreposé nourriture et couchage pour se réfugier dans une vieille grange à une heure de chez elle en plein bois. Ses journées à arpenter prés, ruisseaux et forêts, à dénicher lapins ou chevreuils sont ponctuées des réminiscences du temps d avant, des remarques stéréotypées de ses parents, de leur peur de tout, de leur manière de ne pas la considérer en tant que personne. A 16 ans, elle est très résolue dans son choix de couper avec ce monde-là. Jusqu’à la fin inattendue et singulière..__ On ne peut qu’être envoûté par Muette, son monde intérieur, son mal être, ses désirs d ado, « le fouillis de ses pensées », son amour de la nature. On se glisse avec une étonnante empathie dans ses pensées, ses aventures. On la suit et on la reconnaît, tant la justesse, la délicatesse du récit, au plus près de ses émotions, de ses impulsions, de ses souvenirs sonnent juste.

Laura Sanchez , de la "Librairie du Boulevard", à Genève, en Suisse , pour "Lettres d'amour en héritage" , un poche de Lydia Flem , aux Editions Points.

Dans trois boîtes au grenier se trouve leur correspondance amoureuse. Oserons-nous la lire maintenant qu'ils sont disparus ? Entrer dans la chambre des parents, c'est chercher à comprendre ce qui s'est passé avant notre naissance. Roman des origines que chacune et chacun rêve de découvrir. Au fil de leurs lettres s'écrit aussi notre histoire : sommes-nous nés de l'amour ?

Annick Dor , à Bruxelles, pour "Nuage", un Beau Livre, sous la direction de Michèle Moutashar , publié aux Editions Actes Sud.

Manifestation, subtile ou grandiose, du cycle de la vie, spectacle naturel inépuisable, constamment renouvelé et toujours différent, le nuage est un objet de fascination sans fin ; il concentre tous les attributs du merveilleux : l’insaisissable, la métamorphose, et par-dessus tout l’apesanteur ; il est d'emblée le plus efficace des ascenseurs d'imaginaire : celui qui nous permet de nous défaire de la gravité. Phénomène naturel, doté d'une matière paradoxale, combinaison de contraires et d’extrêmes (masse, transparence, opacité, vapeur, inconstance, profusion), le nuage apparaît dans toutes les cultures comme une manifestation hors norme, éternellement branchée sur l'infini : c'est l'objet métaphysique par excellence. Mais il est aussi, dans l'art, la poésie, la philosophie, ou la nimbologie, en vrai comme en rêve, le plus humain des corps célestes... Extraordinairement ambivalent, à la fois charnel et immatériel – comme le langage lui-même s'en fait si bien l'écho (de nimber à cumuler , ou même...obnubiler ), le nuage entre ciel et terre se vit comme un messager.

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