Djemila Benhabib , pour son livre "L'automne des femmes" , publié aux Editions H & O

L'automne des femmes
L'automne des femmes © Radio France / Djemila Benhabib

Au printemps 2012, Djemila Benhabib effectue plusieurs séjours en Égypte et en Tunisie, là où « les islamistes rêvent de reculer de 14 siècles les aiguilles du temps » un an après les révoltes des peuples arabes pour leur liberté. Portée par son rêve d’égalité entre les femmes et les hommes, elle part à la rencontre de Fatma, d’Amira ou d’Asma dans les rues du Caire et de Tunis, au détour d’un hammam, dans un café fréquenté par les intellectuelsDjemila Benhabib nous rappelle que, par le passé, l’Égypte et la Tunisie ont obtenu de haute lutte de nombreux acquis laïques et progressistes. Elle démontre comment aujourd’hui les victoires électorales de l’islamisme politique les mettent en péril. Sa rencontre avec Habib Kazdaghli, le courageux doyen de la Faculté des Lettres de l’Université de la Manouba, est un témoignage frappant de la fragilité des droits humains en Tunisie. En fait, au coeur du combat pour l’avènement de véritables démocraties dans le monde arabe et musulman, deux batailles décisives sont en train de se dérouler : l’une pour la liberté des femmes ; l’autre pour la séparation des pouvoirs politique et religieux.

François Taillandier pour son livre "L'écriture du monde ", publié aux Editions Stock

L'écriture du monde
L'écriture du monde © Radio France / FRAN9OIS tAILLANDIER

VIe siècle de notre ère. L'empire romain d'Occident s'est effondré, laissant place aux instables royaumes « barbares ». Constantinople cependant ne renonce pas à l'espoir de reprendre les territoires perdus. Au coeur de cette époque troublée, déchirée par les dissensions religieuses, deux figures historiques vont tenter de frayer les voies d'une société nouvelle. Cassiodore, romain de vieille souche, intellectuel et homme d'État passé au service du roi ostrogoth Théodoric, nouveau maître de l'Italie, impulse une politique de paix, de tolérance et de fusion des populations. Ses projets anéantis par la tyrannie et la guerre, il se retire du monde pour fonder un monastère, le Vivarium, voué à la préservation de la culture ancienne, profane ou sacrée. Théolinda, jeune princesse germanique promise à un roi franc, s'enfuit à seize ans pour l'Italie du nord, où elle s'offre au roi des Lombards, Autharis. Elle va se révéler une reine énergique, audacieuse, et jouer un rôle politique décisif, s'efforçant de stabiliser la conquête lombarde dans une alliance secrète avec le pape Grégoire le Grand. C'est aussi une période inventive et foisonnante. Justinien à Constantinople fait édifier Sainte-Sophie, Clovis implante dans les Gaules la dynastie franque, Benoît de Nursie organise la vie monastique occidentale. Un moine nommé Denys établit le calendrier à partir de la naissance du Christ... Ces temps obscurs et pourtant fondateurs sont retracés dans un tableau romanesque passionnant qui vient éclairer ce que nous apprend l'histoire.

Laure Dalon , co-commissaire de l'exposition "Chagall entre guerre et paix" au Musée du Luxembourg, pour le livre: "Chagall, entre guerre et paix" , un ouvrage publié aux Editions RMN - Grand Palais

entre guerree et paix
entre guerree et paix © Radio France / chagall

Chagall est l'un des rares artistes du XXe siècle à avoir été à la fois un peintre témoin de son temps et le bâtisseur d'un monde hors du monde, fait de rêve et de fantaisie. L'exposition présente ces deux aspects de l'oeuvre. 1914 : Chagall quitte Paris après y avoir passé trois années. Les tableaux qu'il produit alors deviennent plus documentaires. Il semble renoncer aux audaces formelles et évoque l'univers de sa ville natale. Il est mobilisé. S'il ne voit pas le front, la guerre est présente ; ses oeuvres marquent une réelle compassion et sont empreintes de tristesse. Chagall se sent étranger à la société russe et à un monde juif menacé de l'intérieur par l'abandon d'un mode de vie traditionnel et de l'extérieur par la pression sociale qui le pousse à s'intégrer à la société russe. Il se replie sur sa famille et sur le couple qu'il forme avec Bella qu'il épouse en 1915. Premier exil de Chagall : il s'installe en France en 1922 et donne une nouvelle orientation à sa peinture. Une nostalgie de la Russie le pousse à renouer avec le judaïsme : il illustre la Bible et visite en 1931 la Palestine. Lors d'un voyage en Lituanie, le monde juif lui menacé par la montée de l'antisémitisme. D'où un retour à des tableaux témoignant du temps menaçant et évoquant les persécutions. La guerre : contraint une nouvelle fois à l'exil, Chagall réside aux Etats-Unis, de 1942 à 1947. Ses tableaux prennent souvent pour thèmes la guerre et les persécutions dont sont victimes les juifs. Le triple éloignement de Chagall à la fois de la société juive d'Europe de ses origines, de la société américaine dans laquelle il ne s'intègre pas (il n'apprend pas l'anglais), et de la France, aboutit à un renforcement de la solitude du peintre et à une orientation vers la seule communauté totalement acceptée : l'amour, le couple, la famille. Dans les années 37 à 50, une série de tableaux nous montre le peintre (ou le couple, ou le trio couple-enfant), seul, souvent, comme pour marquer physiquement la séparation d'avec le monde, planant dans les airs. Chez Chagall l'évocation de la famille ou du couple n'est pas un thème parmi d'autres mais décrit ce qu'il éprouve, faisant de l'amour et du couple une communauté opposée à celle fausse ou insuffisante de la société. Aux temps du malheur, Chagall a su opposer un optimisme - parfois naïf - et une foi en l'avenir qui lui ont permis de survivre, tout comme il a su opposer aux mouvements dominants de l'art de son temps une indépendance féconde. L'exposition rend compte de cette double résistance, artistique et personnelle, qui lui a permis d'apporter aux situations difficiles qu'il a pu connaître des réponses doubles elles aussi : de témoignage et de dépassement. Les images du bonheur dans son oeuvre sont des réponses en manière d'exorcisme aux images de la guerre. Elles évoquent souvent l'envolée (figures aériennes ou inversées, figures du rêve) ou l'amour (couples d'amoureux mais aussi mère et enfant, famille) comme des échappées hors d'un monde réel.

Et les chroniques des libraires:

Matthieu Colombe , de la librairie "Goulard", à Aix-en-Provence , pour "Mon Paris, ma mémoire" , une biographie d'Edgar Morin , publiée aux Editions Fayard

« Je suis né à Paris, le 8 juillet 1921, rue Mayran, dans le IXe arrondissement, au pied de la butte Montmartre… » C’est à l’occasion de la remise par Bertrand Delanoë, maire de la capitale, de la grande médaille de Vermeil de la Ville de Paris, que, prononçant son discours de remerciement, Edgar Morin, bon pied bon œil, a eu l’idée de ce récit de sa vie en évoquant ses tribulations dans les différents quartiers de la capitale. A chaque déménagement correspondent des étapes de la vie amoureuse, intellectuelle et politique de l’inventeur de la « pensée complexe », co-auteur avec Stéphane Hessel du Chemin de l’espérance. Un cheminement au cœur de Paris, la ville aimée, un récit pétillant d’humour et d’intelligence par le plus non-conformiste des jeunes nonagénaires, traduit et célébré dans le monde entier.

Annick Dor , à Bruxelles , pour "l'enfant de Calabre" , un roman de Catherine Locandro , publié aux Editions Héloïse D'Ormesson

Lorsqu’elle pousse la porte de l’agence de détectives privés Azur Enquêtes, Frédérique a en main une photographie, celle de son père Vittorio, ancien combattant d’Indochine, en compagnie d’une inconnue. À Nice, ville de son enfance, elle espère retrouver la trace de cette femme blonde au teint pâle et au sourire timide. Mais à trente-neuf ans, ce qu’elle souhaite bien plus encore, c’est découvrir enfin qui était ce légionnaire taiseux. Quitte à reconstruire son roman familial. Dans un labyrinthe de souvenirs – de Diên Biên Phu à Cittanova –, de voyages en rencontres, Frédérique convoque ses aïeuls et entrecroise trois générations marquées par la douleur et l’injustice. Entre revenants et fantômes, parviendra-t-elle à démêler sa propre histoire, enchevêtrée telles les rues de Gênes, jusqu’à son issue inattendue? Un texte incisif et poignant, comme un coup de couteau dans le rideau qui masque les secrets et conjure le sort.

Florence Bourdin , de la librairie "Mot de passe", à Neuchatel, en Suisse , pour "La robe blanche de Nonna" , un livre jeunesse de Michel Piquemal , illustré par Justine Brax, publié auxEditions Albin Michel

« Nonna ! Pourquoi tu chantes toujours en italien ? » demande une petite fille à sa grand mère. Nonna lui raconte alors l’histoire de la famille…Enfant, Nonna vivait en Italie. Son père, ouvrier communiste et athée, veut croire en une société plus équitable et chante souvent des chants révolutionnaires. Quand Mussolini arrive au pouvoir, en 1922, la famille devient la cible des chemises noires. Le jour où c’est à Nonna qu’ils s’en prennent, parce qu’elle porte une robe rouge, ses parents décident d’émigrer en France…

Manon Trépanier de la librairie "Alire", à Longueuil, au Québec , pour "Ciel à outrance" , un recueil de poèsie de Madeleine Monette , publié aux Editions Hexagone

Dans le sillage de grandes catastrophes de notre temps, des personnages prennent forme à New York, en proie à une tragédie qui nous projette, sans ménagement ni pudeur, vers d'autres convulsions collectives et intimes. Saisis au plus près de leur corps à vif, ils pourraient être japonais, haïtiens, iraquiens… Forte, percutante, cette écriture opère une singulière fusion de la fi ction et de la poésie. Au creux de l'instant historique, elle se charge d'émotions brutales pour faire appel à l'empathie, à une compassion essentielle.

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