Claire Castillon, Liza Azuelos et Nimrod

L’amour est-il un microbe? Comment subir des parents bornés? Fumer des pétards rend-il mou? À quel âge doit-on coucher? Faut-il réagir quand on reçoit un message de son père adressé à sa maîtresse? Combien de mois vit une dreadlock? Peut-on fuguer légalement? En 29 nouvelles, Claire Castillon photographie l’adolescence, cet âge où l’entre-deux fait rire et mal à la fois. Qu’ils soient angoissés ou lourds de leurs secrets, les adolescents habitent un monde à décrypter. Autant de mini-comédies qui tournent parfois au drame quand la solitude ou la mélancolie sont les plus forts, et composent un livre tendre, drôle et parfois déchirant

« Dalida est venue me chercher du fond de sa mort et par la peau de mes doutes. Pourquoi elle, pourquoi moi ? J’en suis encore à me poser la question après ces cinq dernières années en sa compagnie, enlevée par elle comme un agneau par un aigle. Elle ne m’a plus lâchée. Elle m’a montré la beauté du ciel toujours bleu et l’ombre des nuages toujours noirs. » Lisa et Dalida n’auraient pas dû se rencontrer, et pourtant… Un film plus tard, la diva vulnérable et moderne aura éclairé la vie de l’auteur et lui aura appris la force de la fragilité.

Nimrod est un écrivain, essayiste, poète d'origine tchadienne, dont le nom même est une épure : de Nimrod Bena Djangrang ne subsiste, sur la couverture de ses livres, qu'un prénom aux consonances bibliques. Celui que lui a donné son père, pasteur luthérien du pays de Kim, sur les rives du fleuve Logone. L'œuvre poétique et romanesque de Nimrod évoque la guerre et ses avatars, mais ne la montre que fort peu. Il s'en est expliqué : «J'ai toujours mal toléré le catalogue d'horreurs que certains romanciers africains font de la guerre. De mon point de vue, la création littéraire sera toujours tenue de faire montre de pudeur. L'excès qui lui est propre ne vient pas de sa capacité à faire complaisamment la peinture du mal, mais de la forme efficace qui lui permet de tout suggérer et de tout faire sentir.» Élégance donc, et force de la suggestion... En vérité, Nimrod se méfie du rôle que l'Histoire impose, au prix de mille falsifications, à l'écrivain africain, condamné à adopter le comportement littéraire que l'on attend de lui. Reste que la poésie de Nimrod va et vient entre deux mondes et que l'exil a fait de lui un apatride à vie.

Le choix des libraires

  • Un coup de gueule d’Annick Dor de La Librairie de La Mazerine, à La Hulpe, en Belgique, sur la profusion éditoriale

En 25 ans, on a doublé le nombre de titres édités. Or les tables de nos librairies ne sont pas allongeables à l’infini. Cela signifie que les libraires ont énormément de difficultés à assurer une visibilité à toutes ces nouveautés.

Le journaliste Guillaume Lavallée, correspondant de l’AFP à Islamabad de 2012 à 2015, propose un road-trip de la frontière afghane à la bouillonnante mégalopole Karachi pour illustrer les transformations de ce géant musulman aux pieds d’argile. Les mutations d’un peuple qui se retrouve sur la ligne de feu de cette guerre qui ne dit pas son nom, où l’armée ennemie n’est pas composée d’êtres humains, de semblables, mais de robots qui sillonnent le ciel, télécommandés depuis l’étranger, emplissant les nuits de leur bourdonnement obsédant. Des mutations qui vont bien au-delà du seul bilan humain et transforment le quotidien de millions de Pakistanais, qui ne connaissaient rien des attentats-suicides avant le 11 Septembre. Mais qui depuis en tremblent chaque semaine.

Psychiatres débordés par les victimes collatérales des drones, chefs tribaux ahuris, poètes pachtounes au verbe musclé, habitants des nouveaux quartiers sécurisés, jeunes désespérés qui abandonnent leur pays sur les eaux mortelles de l’espoir, gangsters de Karachi tirés de films de Coppola, soirées folles et secrètes d’une élite blindée… Drone de guerre raconte ce Pakistan bien réel, celui des habitants de cet autre ground zero, celui que nous ne connaissons pas.

  • Un coup de gueule de Dominique Bressoud, de la Librairie Une petite prose, à Boudry, en Suisse, sur les chaînes commerciales et la concurrence déloyale exercée par celles-ci contre les magasins indépendants.

En Suisse, une certaine grande enseigne française étend ses tentacules et en important des livres directement en grandes quantités, sans passer par les réseaux de distribution, peut se permettre d’ « offrir » des rabais, uniquement sur les best-sellers, puisqu’il n’y a pas le « prix unique du livre » en Suisse. Le résultat : les librairies indépendantes subissent et sont parfois condamnées à fermer.

  • Un coup de cœur d’Agnès Debiage, de la Librairie Oum El Dounia, au Caire, en Egypte, pour une initiative de l’AILF, visant à regrouper le choix de 19 libraires du monde Arabe.

Lancé cette sur le stand du Maroc lors du dernier Salon du Livre de Paris l’Association des Libraires Francophones met à disposition sur son site un catalogue mettant en lumière 19 libraires, exerçant dans huit pays du monde arabe, qui donnent leurs coups de cœur. Des livres qu’ils aiment et qui parlent de leur pays. Au travers de ces coups de cœur, c’est aussi l’âme de 15 qui s’exprime : Agadir, Alep, Alger, Beyrouth, Constantine, Djibouti, Nouakchott, Casablanca, Tanger, El Jadida, Rabat, Sfax, Tizi Ouzou, Tunis, Le Caire.

Programmation musicale:

  • Bertrand Burgalat - L'enfant sur la banquette arrière - Tricatel

  • Angélique Kidjo - Soleil noir - Mercury

  • Natalia Moscou - Amour par défaut - Vanx Music

  • Pekka feat Christiane T - Tchip - B. Carribbean (rajout créole)
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