Mahi Binebine pour son livre "Le Seigneur vous le rendra" , publié aux Editions Fayard.

Le seigneur
Le seigneur © Radio France / Mahi Binebine

Un bébé est empêché de grandir, un enfant est privé d’éducation, de liberté, il ne pourra devenir un individu capable de réfléchir et de se développer, d’agir en être libre. Surnommé « P’tit pain », il va traverser des années noires où, dans sa position passive de mendiant, il peut observer les agissements des adultes, leur violence, leur corruption. Tout est dit ici dans la litote, mettant en relief les beautés d'âmes apparemment détruites, les corps saccagés, les visages noyés dans l’alcool et la maladie. L’enfant grandit néanmoins grâce au miracle de la vie, toujours imprévisible, et se défait de ses liens que l’on pourrait nommer ignorance, peur, sujétion. Libéré, il devient autonome et conscient. Pourra-t-il revoir un jour sa mère qui a pratiqué envers lui le non-amour jusqu’à l’abjection?Dans ce roman noir s’il en est, mais imprégné d'une folle espérance, d’une foi exacerbée dans les capacités de rémission de l’homme, Mahi Binebine utilise le ton du conte picaresque et philosophique pour réduire la part tragique, toujours présente, dans ces pages déchargées de la noirceur absolue par la permanence de l’humour, du sourire derrière les larmes retenues.

Régis Debray pour son livre "Modernes catacombes" , publié aux Editions Gallimard.

Modernes catacombes
Modernes catacombes © Radio France / Régis debray

«Une génération s'en va dans les lettres modernes. Parmi les maîtres qui m'ont interpellé par-dessus les années, comme on se hèle d'une rive à l'autre quand la brume qui monte va rendre le passage difficile, bien peu ont mis formellement le feu au lac. Ce sont les plus classiques d'entre les modernes, et non les plus avant-gardistes. Ils viennent d'un temps d'outre-tombe, d'avant les linguisteries et les sociologismes, où la musique importait, où écrire n'était pas rédiger. Ils peuvent s'opposer en tout, mais ils ont en commun de savoir que Chateaubriand existe, au point, pour l'un d'entre eux, Sartre, d'aller compisser sa tombe au Grand-Bé. Où le jet, aujourd'hui, ne frôlera plus la dalle que par inadvertance, faute de toilettes à proximité. Là, côté miction, est la vraie ligne de partage des eaux, entre les derniers des Abencerage et nos nouveaux Américains.» Régis Debray.

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Robert Guédiguian et Christophe Kantcheff pour l'album "Robert Guédiguian, cinéaste" , publié auxEditions du Chêne. .

Robert Guédiguian, cinéaste
Robert Guédiguian, cinéaste © Radio France / Robert Guédiguian

Cinéaste de l’Estaque a tourné dans son quartier natal, à Marseille, 15 des 17 films qui composent sa filmographie, de Marius et Jeannette aux Neiges du Kilimandjaro, son dernier film en date. À partir de ce petit territoire au passé ouvrier, c’est tout un univers que le cinéma de Robert Guédiguian a créé. Le rêve que ses histoires racontent et dont ses personnages témoignent est fait de solidarités, d’amitiés, d’amour et de fraternité, ce qui constitue l’une des oeuvres les plus politiques et les plus populaires qui soient.Ce livre est une traversée thématique, géographique et critique du cinéma de Robert Guédiguian, avec, notamment, la participation de ses trois acteurs principaux, Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin et Gérard Meylan, et la présence de photos originales, signées Jérôme Cabanel, du Marseille d’aujourd’hui sur le site des différents lieux de tournage.

Les chroniques des libraires:

Florence Bourdin , de la librairie "Mot de passe", à Neuchâtel, en Suisse , nous parle de "Vous ne connaîtrez ni le jour, ni l'heure" , un roman de Pierre Béguin , publié aux Editions Philippe Rey.

« Maintenant que j’accompagne leur dernière nuit, je me sens travaillé de remords pour mes reproches, mes irritations, mes duretés. Si j’avais su, je me serais efforcé d’adoucir simplement leur fin de vie, je me serais appliqué à en faire ce qu’aurait dû en faire l’imagination d’une affection bien sentie. Si j’avais su… Mais justement, je savais ! Là se concentre la cruauté infligée à celui qui, contre nature, connaît le jour et l’heure. »

La veille de l’euthanasie programmée par sa mère et son père, un homme s’installe dans sa chambre d’enfant. Durant la nuit, il écrit pour tenter de comprendre les raisons de ce geste : délivrance pour ceux qui vont partir, mais violence inouïe pour ceux qui demeurent.

Que dire à ses parents, comment leur exprimer une affection alors que le temps est compté, que la douloureuse histoire familiale refait surface? Faut-il revenir sur les rapports difficiles des uns et des autres, sur le manque de communication?

Dans ce roman sincère et juste, Pierre Béguin raconte une situation limite. Le fil des événements va profondément changer le regard qu’il a porté jusque-là sur sa famille, et sur un passé qui n’a pas dit son dernier mot…

Grégoire Courtois , de la librairie "Obliques", à Auxerre , nous présente "Ouf, Petit homme des cavernes" , un livre de Anthony Pastor , publié aux Editions Actes Sud.

Ouf est un petit homme de l'âge de pierre. Loin de sa tribu et à la recherche de quelque chose à se mettre sous la dent, il rencontre la jolie Zou, perdue elle aussi et perchée sur un arbre. Ensemble, ils vont tomber nez à nez sur le tigre aux longues dents, découvrir le feu et devenir les amis d'un vieux mammouth boiteux ! Une fantaisie préhistorique par l'auteur de "Petit Pierre le pirate".

Déborah Damblon , de la librairie "la Licorne", à Bruxelles , nous parle de "le Martyr de l'étoile" , un polar de Evelyne Guzy , publié aux Editions Luc Pire.

Bruxelles, Grand-Place. Sous les colonnes de la maison de l’Étoile, une silhouette noire s’effondre au pied de la statue d’Éverard t’Serclaes, héros emblématique à l’esprit frondeur. Laureen G. n’est pas vraiment là par hasard. Chercheuse infatigable, elle passe sa vie à fouiller les sites islamistes radicaux. Elle alerte aussitôt son amie, Marie B., une journaliste que le 11-Septembre a rendue célèbre. Laureen pense avoir tout compris, tout prévu. Mais la victime n’est pas celle qu’elle croit… Commence alors une enquête sauvage, dans un Bruxelles dont la symbolique, réelle ou fantasmée, livrera graduellement les secrets d’un crime bien orchestré, une sorte d’assassinat ciblé. Qui est capable d’un tel raffinement ?

Manon Trépanier , de la librairie "Alire", à Longueil, au Québec , nous présente "Journal d'un écrivain en pyjama" , un essai publié aux Editions Mémoire d'encrier.

« Le pyjama est un étrange habit de travail », nous dit Dany Laferrière, qui, après trente années d’écriture, décide de parler à ses lecteurs. Suite de fragments et de scènes où fiction, réflexion, récit, méditations s’alternent. Journal d’un écrivain en pyjama met sous nos yeux l’itinéraire de cet écrivain pour qui la vie est une aventure exaltante, qui se conjugue entre lire et écrire.

L’auteur intervient ni en savant ni en érudit, mais plutôt en écrivain-lecteur, dandy, esthète passionné : Que lisons-nous ? Qu’écrivons-nous ? Et quelles sont les incidences des livres dans notre vie quotidienne ?

À propos de conseils d’écriture, Laferrière glisse quelques notes : « Quand vous cherchez depuis un moment à décrire la pluie qui tombe, essayez : il pleut. » La lecture, étant une activité naturelle, Laferrière convoque les écrivains, classiques et contemporains, comme s’il s’agissait de vieux amis qui se seraient retrouvés dans un café.

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