Michel Layaz , pour "Le Tapis de course" , publié aux Editions Zoé.

Le tapis de course
Le tapis de course © Radio France / Michel Layaz

« Pauvre type ! » Prononcée avec calme par un adolescent dans une file de supermarché, cette interjection bouleverse son destinataire, le héros de ce livre. Sans le savoir, l’adolescent vient de fissurer la vie intérieure d’un homme qui se protège par une routine sans faille, sûr qu’il est qu’aucun événement extraordinaire ne doit venir briser la logique implacable de l’existence qu’il s’est construite.

Pour éviter que son monde ne vacille, l’homme se résout à s’enregistrer sur son téléphone portable. Il raconte son quotidien : le travail, la bibliothèque, les collègues, le tapis de course, les quelques amis, la famille, la multitude de livres lus pour trouver quelques rares phrases à ajouter à son petit panthéon privé . Rien n’y fait. Le «Pauvre type» le hante.

Sorj Chalandon , pour "Le quatrième mur" , publié aux Editions Grasset

Le quatrième mur
Le quatrième mur © Radio France / Jorg Chalandon

L’idée de Sam était folle. Georges l’a suivie. Réfugié grec, metteur en scène, juif en secret, Sam rêvait de monter l’Antigone d’Anouilh sur un champ de bataille au Liban. 1976. Dans ce pays, des hommes en massacraient d’autres. Georges a décidé que le pays du cèdre serait son théâtre. Il a fait le voyage. Contacté les milices, les combattants, tous ceux qui s’affrontaient. Son idée ? Jouer Anouilh sur la ligne de front. Créon serait chrétien. Antigone serait palestinienne. Hémon serait Druze. Les Chiites seraient là aussi, et les Chaldéens, et les Arméniens. Il ne demandait à tous qu’une heure de répit, une seule. Ce ne serait pas la paix, juste un instant de grâce. Un accroc dans la guerre. Un éclat de poésie et de fusils baissés. Tous ont accepté. C’était impensable. Et puis Sam est tombé malade. Sur son lit d’agonie, il a fait jurer à Georges de prendre sa suite, d’aller à Beyrouth, de rassembler les acteurs un à un, de les arracher au front et de jouer cette unique représentation. Georges a juré à Sam, son ami, son frère. Il avait fait du théâtre de rue, il allait faire du théâtre de ruines. C’était bouleversant, exaltant, immense, mortel, la guerre. La guerre lui a sauté à la gorge. L’idée de Sam était folle. Et Georges l’a suivie.

Juliette Gréco , pour "De Saint-Germain-des-Prés à Saint Tropez" , publié aux Editions Flammarion.

De Saint-Germain-des-Prés à Saint Tropez
De Saint-Germain-des-Prés à Saint Tropez © Radio France / Juliette greco

A partir des clichés d'un photographe de«Elle»et«Paris-Match», la chanteuse retrace ses souvenirs des années 1950 et 1960, quand elle côtoyait les icônes de la vie culturelle, de Boris Vian à Jean-Paul Sartre, en passant pour Daniel Gélin ou Duke Ellington.

Et le dernier album de Juliette Gréco: "Gréco chante Brel" , chez Deutsch Grammophon

Gréco chante brel
Gréco chante brel © Radio France / Juliette Gréco

Tout destinait Juliette Gréco à enregistrer un jour un disque de chansons de Jacques Brel. Mais Gréco connaissait et aimait trop la musique de Brel pour que l'enregistrer fut une simple formalité ou une évidence. Au contraire, elle en a fait à la fois une œuvre de fidélité, par amitié pour l'auteur qu'elle a connu, mais aussi une véritable interprétation. On retrouve dans cet album les incontournables que Gréco interprète sur scène : "J'arrive", "Ne Me Quitte Pas"… renouvelées par les arrangements de Bruno Fontaine - il suffit d'écouter la déchirante "Chanson des Vieux Amants" qui clôt l'album, accompagnée du seul violoncelle de Sonia Wieder Atherton. On y découvre également "Amsterdam", "Ces Gens-là" ou "Les Vieux"... un nouveau répertoire pour elle… "Gréco chante Brel" est une œuvre rare, pleine d'émotions, un bijou musical, comme un rêve éveillé pour les amoureux de Brel et pour tous les autres. Parce qu'on n'avait plus entendu Brel chanté ainsi depuis Jacques Brel lui-même

Et la chronique des libraires:

Laura Sanchez , de la Librairie du Boulevard , à Genève, en Suisse , pour "Drôle d'encyclopédie" , un livre jeunesse d'Adrienne Barman , publié aux Editions La joie de Lire.

Les blanc neige, les chasseurs, les disparus, les bruyants, les géants, les nerveux, les menacés… Voilà une façon bien personnelle de classer les animaux. Recherche scientifique, travail titanesque de mise en couleur, telle est l’œuvre d’Adrienne qui s’est penchée pendant presque 3 ans sur les 216 pages de son encyclopédie. Patchworks de teintes ou dégradés, elle met en scène – à sa sauce et toujours avec humour– les animaux les plus divers : du léopard affalé sur une branche à l’hippopotame souriant au fond de l’eau en passant par le hibou inquiet dans la nuit profonde ou encore le couple de cygnes éperdus d'amour. Un magnifique ouvrage qui fait penser aux encyclopédies d’antan, en beaucoup plus amusant…

Manon Trépanier , de la librairie "Alire" , à Longueuil, au Québec , pour "Ruelle Océan" , un livre de poche de Rachel Leclerc , publié chez Boréal Compact.

Atteignant l’extrême sud de la ville où j’apercevais des gens solitaires assis devant leur téléviseur en train de regarder la guerre dans un pays lointain, et interrogeant tout cela pour en tirer une parcelle de sens, je me disais que mon père et moi n’étions pas faits pour durer, que tout ce que nous avions construit et construisions encore s’effondrait à mesure, tout n’était que surface avec du vide en dessous. Nous n’étions pas meilleurs ni pires que les autres, nous n’avions pas le sens du temps, de sa continuité, encore moins de sa profondeur; nous allions mourir et c’était très bien, il n’y aurait plus qu’à devenir poussière d’or, humus, qu’à nourrir la terre, et ainsi nous serions plus utiles morts que vivants. Un père et sa fille vivent dans le Montréal des laissés-pour-compte, tentant d’accéder à la liberté, mais chacun à sa manière et en dépit du passé trouble qui les lie.

Annick Dor , à Bruxelles , pour "Monsieur optimiste" un roman d'Alain Berenboom , publié chez Genèse Editions.

Un excellent remède contre la morosité…

Des années vingt aux années soixante, le récit nostalgique et picaresque d’un émigré polonais à Bruxelles.

Quand le narrateur entreprend, dix ans après la mort de son père, de ranger les archives familiales, il découvre petit à petit que le “brave” pharmacien de Bruxelles, a traversé, tel un Don Quichotte des temps modernes, bien des aventures, rencontré bien des obstacles, connu bien des dangers, dont il s’est sorti avec la plus efficace des potions magiques, l’optimisme, la vraie étoffe des héros !

Grégoire Courtois , de la librairie "Oblique" à Auxerre , pour "Columbo - la lutte des classes ce soir à la télé" , un essaie de Lilian Mathieu , publié aux Editions Textuel.

Et si la clé du succès de Columbo était sa mise en scène d’un affrontement de classes ? Telle est la thèse réjouissante que propose le sociologue Lilian Mathieu à propos de la célèbre série télé américaine des années 1970-1980. En téléphile perspicace, il démontre comment l’inégalité sociale, culturelle et économique définit les rapports entre le modeste lieutenant à l’imper fripé et les meurtriers de la haute société californienne qu’il doit démasquer. Des intrigues dont le dénouement a tout d’une revanche de classe : celui du petit fonctionnaire de police méprisé sur les grands bourgeois arrogants et criminels. Lilian Mathieu montre comment la mise en scène humoristique des situations de dédain voire d’humiliation, mais surtout celle de leur subversion et de leur retournement, vient nourrir une critique sociale renouvelée parce qu’ancrée dans le plus ordinaire des rapports de classe. Une analyse jubilatoire pour un revival nourri aux sources des sciences sociales.

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