Cette semaine, la Librairie francophone est au Salon du livre et de la presse de Genève.

Après avoir vécu dix ans à Montréal, Éva revient s’installer dans sa ville natale, à Maldoror, en Abitibi, plus précisément dans le chalet de son père, au bord du lac Kaganoma. Ce qu’elle vient y chercher ? Le silence, la paix. Mais il s’avère que ce silence, cette paix, sont des denrées rares et que, comme toujours quand il y a des denrées rares, il se trouve un petit malin pour se les approprier et les revendre, avec profit, aux Américains. Mais qui dit commerce dit développement, et qui dit développement dit arbres qu’on coupe et chemins qu’on ouvre à coups de bulldozer dans la forêt. Que reste-t-il de la paix, alors ? C’est ainsi qu’Éva s’engage dans un mouvement de protestation lancé par des riverains du Kaganoma, qui se mobilisent pour protéger leur trésor. Cette folle aventure l’amènera à former un improbable quatuor avec trois hommes : Dan Dubois, acteur célèbre devenu réalisateur de documentaires dénonçant l’exploitation de la forêt boréale, Lionel Viger, «le Lion de l’Abitibi», flamboyant promoteur et roi nègre local, et son propre père, Stan Sauvé, polygraphe et éditeur en chef du Colon, l’hebdo de Maldoror. Au sommet de son art, Louis Hamelin fait vivre ici toute une galerie de personnages, qu’il croque avec l’œil subtil du moraliste, mais sans jamais les juger, en nous les montrant en train de se débattre au milieu de leurs contradictions, comme autant de mouches prises au piège d’une immense toile d’araignée. Avec humour et ironie, sans exclure la tendresse, Louis Hamelin oppose à la dérisoire sauvagerie des hommes l’immense sauvagerie de la nature, décrite ici dans une prose somptueuse..

Dans le prologue de cette saga conduisant son protagoniste de la Pologne à Port-au-Prince, l’auteur rappelle le vote par l’État haïtien, en 1939, d’un décret-loi autorisant ses consulats à délivrer passeports et sauf-conduits à tous les Juifs qui en formuleraient la demande. Avant son arrivée à Port-au-Prince à la faveur de ce décret, le docteur Ruben Schwarzberg fut de ceux dont le nazisme brisa la trajectoire. Devenu un médecin réputé et le patriarche de trois générations d’Haïtiens, il a tiré un trait sur son passé. Mais, quand Haïti est frappé par le séisme de janvier 2010 et que sa petite-cousine Deborah accourt d'Israël parmi les médecins du monde entier, il accepte de revenir sur son histoire. Pendant toute une nuit, sous la véranda de sa maison dans les hauteurs de la capitale, le vieil homme déroule pour la jeune femme le récit des péripéties qui l’ont amené là. Au son lointain des tambours du vaudou, il raconte sa naissance à Łódź en 1913, son enfance et ses études à Berlin – où était désormais installé l'atelier de fourrure familial –, la nuit de pogrom du 9 novembre 1938 et l'intervention providentielle de l’ambassadeur d’Haïti. Son internement à Buchenwald ; son embarquement sur le Saint Louis, un navire affrété pour transporter vers Cuba un millier de demandeurs d’asile, mais refoulé vers l’Europe ; son séjour enchanteur dans le Paris de la fin des années trente, où il est recueilli par la poétesse haïtienne Ida Faubert, et, finalement, son départ vers sa nouvelle vie : le docteur Schwarzberg les relate sans pathos, avec le calme, la distance et le sens de la dérision qui lui permirent sans doute, dans la catastrophe, de saisir les mains tendues. Avec cette fascinante évocation d'une destinée tragique dont le cours fut heureusement infléchi, Louis-Philippe Dalembert rend un hommage tendre et plein d’humour à sa terre natale, où nombre de victimes de l’histoire trouvèrent une seconde patrie.

  • Marie Laberge, auteure du « Poids des ombres », aux éditions Stock et Chrystine Brouillet, auteure de « Vrai ou Faux », aux éditions Druide, pour une séquence culinaire autour du sirop d’érable.

  • Une séquence autour des 30 ans des éditions La Joie de Lire, avec Tom Tirabosco pour « La graine et son fruit » avec Alexi Jenni, et Francine Bouchet, Directrice des éditions.

  • Le Son du Monde avec la revue journalistique suisse « Sept ».

Le choix des libraires

  • Un coup de coeur de Laura Sanchez, de la Librairie du Boulevard, à Genève en Suisse, pour "Pas d'éclairs sans tonnerre", le roman de Jérémie Gindre, publié aux Editions Zoé.

Enfant − puis adolescent – dans les Prairies, Donald est un garçon obstiné qui veut comprendre d’où il vient. Poussé par un instinct archéologique, il n’aura de cesse d’explorer le territoire environnant, à la recherche du pourquoi des choses. Gravures rupestres, cimetière de bisons ou rituel sur une montagne sacrée, les découvertes du jeune homme donnent vie au passé des grands espaces de l’Ouest canadien. Né à Genève en 1978, Jérémie Gindre est un artiste et écrivain suisse qui a décidé de ne pas choisir entre arts plastiques et littérature. Sa pratique comprend l’écriture comme le dessin ou l’installation, et explore ici des thèmes aussi variés que la formation des orages, les techniques de chasse préhistorique ou le folklore western. Il a notamment publié On a eu du mal aux éditions de L'Olivier en 2013.

  • Un coup de gueule d'Annick Dor, de la Librairie de La Mazerine, à La Hulpe en Belgique, contre les auteurs qui se perdent dans les temps de conjugaison de leur livre.

La confusion de plus en plus présente dans les livres entre le futur et le conditionnel, d'où des problèmes de concordance de temps. Le conseil du libraire : achetez un Bescherelle et potassez votre conjugaison, chers auteurs et chers éditeurs.

  • Un coup de gueule de Grégoire Courtois, de la Librairie « Obliques » à Auxerre, contre Michel Onfray, qui "n'est pas un philosophe"...

Michel Onfray a atteint un rythme de publication inhumain, plus de dix livres par an, toutes éditions confondues, sans parler des préfaces. D'après Grégoire, il n'a plus rien à faire au rayon philosophie, mais il est devenu éditorialiste.

  • Un coup de coeur de Jérémy Laniel, de la Librairie « Carcajou », à Rosemère au Canada, pour "Bec-de-lièvre", le recueil de poèmes d'Annie Lafleur, publié aux éditions Le Quartanier.

Le temps presse, il faut tout risquer, la mort ne vient pas. La lèvre déchirée cherche le reste du corps dans l'habit des animaux. S'il n'y a personne, il y a beaucoup de choses, à déterrer, à casser, à perdre. C'est un jeu pour agacer la fin. La langue fuit la bouche, gagne du terrain, fouille les buissons. Un filet de bave éteint un feu dans les herbes sèches. Soudain la peur, puis la tornade où lâcher des bonbons. La voix embue un petit miroir. Premier sourire. C'est le livre des lumières vivantes, de la terre et du ciel sans nuit, du visage brisé par le chant. De l'enfant à la vieille bête, celle qui aura tout avalé voudra tout revoir, pour une dernière marche en forêt. Le temps presse, il faut tout risquer, le coeur enterré allumé. Annie Lafleur est née en 1980 à Montréal. Elle a publié Prolégomènes à mon géant (2007) et Handkerchief (2009) au Lézard amoureux; Rosebud (2013) et Bec-de-lièvre (2016) au Quartanier. Elle est membre du comité de rédaction de la revue Estuaire et collabore comme critique d’art à Spirale et à Espace art actuel. Elle travaille comme coordonnatrice dans un centre d’exposition.

Programmation musicale

  • Véronique Sanson - Ces moments-là
  • Polar - Le brasier
  • Raphaël D'hervez - Rêve (notre découverte francophone)
  • Sam'Maloya - Santyé Lamour (notre découverte créole de la nuit)
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