Suzanne Myre , pour « B.E.C » , publié aux Editions Marchand de Feuilles

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myre © Radio France

«Mon entrepreneur à moi, il lit de vrais livres, parfois au complet, sait cuisiner un délicieux saumon en papillote, passe l'aspirateur sous son lit, lave ses draps aux deux semaines et fait du jogging en écoutant sur son iPod de vieilles émissions radiophoniques. Parce que oui, il se tient en forme et court, pas seulement autour du pâté de maison mais jusqu'au chantier le plus près (à 12 kilomètres), comme s'il s'en ennuyait ou qu'il craignait qu'il ne s'effondre pendant les week-ends. Ça lui fait des cuisses d'enfer alors ça vaut le coup de laisser l'œil se promener par-delà le mollet ; l'ascension du regard n'est pas (encore) interrompue par un monticule abdominal disgracieux. Bien entendu, cela met en relief ma paresse personnelle quant à la nécessité d'entretenir aussi régulièrement que lui mon corps guetté par la dégradation mais comme j'aspire à une vieillesse sereine où je me laisserais ratatiner avec sérénité, je compense en musclant mon cerveau par des prouesses cruciverbistes qui le rendent jaloux, lui qui est même incapable de repérer un seul mot dans la grille des mots mystère. À chacun ses talents.»… Histoire d'amour qui nous fait voyager tant au Mexique que dans les routes en lasso de la géographie du cœur ce roman raconte les couples qui se font et se défont, ceux que nous voudrions devenir, ceux que nous ne serons jamais, ceux que nous deviendrons peut-être. Désabusé et sans dévotion ce roman en clair-obscur est à la fois triste et drôle, lyrique et hérissé.

Christophe Bataille , pour « L’expérience » , publié aux Editions Grasset

bataille
bataille © Radio France

« Je suis sorti de la tranchée et tout de suite ses yeux m’ont fixé : deux prunelles de cendre. C’était une chèvre, une pauvre chèvre que nous n’avions pas vue, enchaînée sur la plaine, face au pylône et à la bombe. Un chevreau semblait s’abriter derrière elle, sur ses pattes tremblantes. Tous deux étaient comme cuits. J’ai abandonné mon compteur, et la chèvre s’est mise à hurler. Le chevreau était tombé sous elle. Il y avait ce cri, mécanique, sans être, un cri à nous rendre fous. Pour ce cri, j’aurais renoncé à la France. » Avril 1961, dans le désert algérien. A trois kilomètres de ce point inconnu, une tour de cinquante mètres porte une bombe atomique. Le jeune soldat qui parle, accompagné d’une petite patrouille, participe à une expérience. Il est un cobaye. C’est cette zone d’intensité extrême que nous livre Christophe Bataille. Face à l’histoire et à la mort, il reste les mots, les sensations, la douceur du grand départ puis la lumière.

Nicole Wisniak , créatrice de la revue « Egoïste » , pour la sortie événement du numéro 22 de la revue culte

egoiste
egoiste © Radio France

Dirigé depuis trente-cinq ans par sa fondatrice, Nicole Wisniak, le prestigieux magazine est de retour en kiosque après une très longue absence. Pour ce 17e numéro d'Égoïste , un portrait du footballeur Zlatan Ibrahimovic, Cate Blanchett et Golshifteh Farahani (qui pose nue, scandale assuré !) ; Kristin Scott Thomas pour son rôle dansDouble vie de Gilles Bensimon, un portrait de Charlotte Casiraghi par Éric Neuhoff. Une pléiade d'écrivains et de journalistes ont collaboré à ce numéro exceptionnel tels Patrick Besson, Frédéric Beigbeder, Jean-Paul Enthoven, Serge July, Michel Schneider, Charles Dantzig, Marie Darrieussecq, Marc Lambron, Christophe Ono-dit-Biot, David Foenkinos, Yann Moix entre autres ; sans oublier le photographe Paolo Roversi... La revue en deux volumes est imprimée intégralement en noir et blanc et en format XXL.

Et les choix des libraires :

Manon Trépanier , de la librairie « Alire » , à Longueuil, au Québec , pour « Mes dinky » , une bande dessinée de Rémy Simard , publié aux Editions La Pastèque

Rémy Simard aime les voitures. Surtout les petites. Il en possède 140. Rémy est tout indiqué pour réaliser un guide sur le monde des collectionneurs. Voici un livre pratique qui vous apprendra tout sur les voitures miniatures et même plus ; vous pourrez même profiter de ses conseils avisés pour démarrer votre collection de timbres postes ou de petites cuillères!

Matthieu Colombe , de la librairie « Goulard » , à Aix-en-Provence , pour « Le chinois du XIV° » , un recueil de nouvelles de Melvin Van Peebles , avec des illustrations de Roland Topor et une préface d’André Hardellet , publié aux Editions Wombats

D’étonnantes histoires de bistrot, plus vraies que nature, écrites dans Hara-Kiri par l’auteur et cinéaste américain Melvin Van Peebles. « Mais où est donc passé le Chinois ? » s’interrogent les habitués du Mon Moulin , petit café parisien du XIVe arrondissement, qu’une coupure de courant dans le quartier rassemble autour d’une lampe et d’une bouteille de vin, entre chien et loup. Du patron à la bonne, du représentant en vins au clochard, chacun livre alors une histoire – vies chaotiques, destins improbables et rêves brisés par la guerre ou la pauvreté, autant de fragments d’une humanité aussi crue que cocasse. Car Melvin Van Peebles restitue la voix populaire des troquets du début des années 1960 dans un style savoureux, un français de la rue métissé de sa propre langue, d’une émouvante poésie. Ces contes de bistrot au réalisme magique teinté d’humour noir sont illustrés par Roland Topor, qui créera quinze ans plus tard son propre Café Panique

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Nathalie Romanens , de la librairie « Des livres et moi » , à Martigny, en Suisse , pour « Chapeau : mode et savoir-faire » , un beau-livre, publié aux Editions De Borée

Depuis plusieurs années, il manquait un livre sur les chapeaux et leur univers. Voici donc un bel ouvrage retraçant la saga d'une famille d'industriels novateurs qui donna naissance à des collections de chapeaux parmi les plus convoités pendant des décennies. À travers les outils et les ateliers reconstitués des métiers complices du chapelier, on redécouvre ces artisans qui unissent leurs savoir-faire pour donner vie aux chapeaux. Les multiples et séduisantes collections du musée sont présentées dans une mise une page qui met en valeur les formes et les matières et qui présente les chapeaux selon les grands courants de mode, depuis le XVIIIe siècle jusqu'aux créateurs contemporains les plus prestigieux. Du Musée à l'Atelier-musée du chapeau à Chazelles-sur-Lyon, cinq siècles de tradition chapelière. Le Musée du Chapeau, devenu depuis Atelier-Musée, ouvre ses portes en 1983. Sa création a suivi l'époque de déclin de la mono-industrie locale multiséculaire de la chapellerie. Il s'attache à la conservation de la mémoire chapelière et à la sauvegarde active des savoir-faire. Il est labellisé « Musée de France».

Régis Delcourt , de la librairie « Point-Virgule » , à Namur, en Belgique , pour « Pietra viva » , un poche de Léonor de Récondo , publié aux Editions Points

Michelangelo s’est réfugié dans les carrières de Carrare. Loin de Rome et du corps mort d’Andrea, moine dont la beauté le fascinait. En ce printemps 1505, le célèbre artiste doit choisir les marbres du futur tombeau du pape. Arrogant et tourmenté, il s’étourdit de travail. Au fil des jours et des rencontres, le sculpteur comprend que toutes les réponses ne se trouvent pas au cœur de la pierre…

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