Les vers "Obama nungara", nés au Brésil et venus d'Argentine, font des dégâts dans nos jardins et se reproduisent à une vitesse folle. Alain Baraton fait le point.

 Cette photo du document prise le 8 octobre 2013 à Paris et publiée par le Musée national d'histoire naturelle (MNHN) le 6 février 2020 montre un ver plat appelé «Obama nungara».
Cette photo du document prise le 8 octobre 2013 à Paris et publiée par le Musée national d'histoire naturelle (MNHN) le 6 février 2020 montre un ver plat appelé «Obama nungara». © AFP / Jean-Lou JUSTINE / MNHN

"Si encore, il n'y en avait que trois, la situation ne serait pas préoccupante, mais il y en a beaucoup plus. Je parle de ces vers nés au Brésil mais venus d'Argentine, baptisés par les scientifiques "Obama nungara" (un nom qui n'a rien à voir, vous vous en doutez, avec Barack Obama, mais avec le tupi, une langue amérindienne : "Obama" signifierait "animal feuille" en raison de la forme aplatie de la bestiole). 

Depuis quand ces vers sont-ils apparus en France ? 

Il est toujours bien difficile de répondre à cette question, mais tout porte à croire qu'ils sont arrivés par bateau dans une cargaison de plantes en pot. C'est en 2013 qu'un naturaliste les observe pour la première fois. 

C'est extraordinaire : il y a un homme qui est là, dans la nature. Il découvre une bestiole qu'on n'a jamais vu nulle part. Il le sait et il en parle. Moi, je suis absolument admiratif de ce genre de personnage.

Toujours est-il que, depuis 2003, on a observé la présence de cette bestiole en France. Aujourd'hui, on le trouve un peu partout en Belgique, en Italie, Royaume-Uni, Espagne, Portugal ou encore la Suisse. En France, le ver est présent dans 72 départements.  

À quoi ressemble ces vers ?

Ils mesurent entre 5 et 8 centimètres. Leur couleur est le plus souvent orange vif, parfois orange très sombre. Ils sont gluants. 

S'ils n'étaient que moches (car ils sont vraiment moches), ce ne serait pas un problème. Mais le problème, c'est qu'ils se nourrissent d'invertébrés et détruisent en quantité les escargots et les lombrics. 

Quand on sait que les lombrics contribuent activement à la qualité des sols, il y a de quoi avoir quelques inquiétudes pour la biodiversité et pour la qualité de notre environnement. Et c'est d'autant plus grave que ces vers aujourd'hui seraient plusieurs milliards à vivre sous nos pieds. 

Faut-il paniquer ?

J'ai contacté Jean-Lou Justine, parasitozoologiste et professeur de zoologie au Muséum d'histoire naturelle. La vie intime des nématodes et des plathelminthes n'a aucun secret pour lui (précision : les plathelminthes sont des vers plats, dont le tube digestif n'a qu'une seule ouverture ventrale ; elle est donc à la fois la bouche et l'anus). 

Il m'a dit que les vers "Obama" faisaient partie de cet embranchement. Il m'a dit également qu'il était beaucoup trop tôt pour connaître l'étendue des dégâts et il estime, lui, que la menace est potentielle mais qu'il faut raison garder.

Dans un article éclairant du Figaro écrit par Delphine Chayet, on apprend que les zones de prédilection de ces vers sont les régions côtières de l'Atlantique et de la Méditerranée, qu'ils détestent les nuits froides et qu'ils sont donc absents en montagne au dessus de 500 mètres. J'ai également lu qu'ils détestaient la sécheresse et le gel. L'occasion de rappeler que si le réchauffement climatique s'accentue, ça peut être l'un des facteurs de propagation de cette bestiole. Et on y apprend aussi, c'est incroyable, que la population croît au rythme de 1 000 vers par hectare et par jour". 

Le livre

Abeilles, une histoire intime avec l’humanité - un ouvrage collectif sous la direction de Martine Regert - publié aux éditions Cherche-Midi.

 Des vers plats invasifs trouvés dans son jardin à Bergerac
Des vers plats invasifs trouvés dans son jardin à Bergerac © Maxppp / Sud-Ouest
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