Marabout, saint… Foucauld, en revanche, n’était pas l’ermite qu’on a présenté souvent.

Charles de Foucauld
Charles de Foucauld © Getty / José Nicolas

Mohamed Belaïd est un témoin important. Il a vu Charles de Foucauld, en vrai, et en rêve, peu de jours avant qu’il ne soit tué à l’occasion d’un coup de main de partisans anti-français contre Tamanrasset. L’année suivante, Belaïd a assisté au transfert de son corps. Il souligne que le père avait conservé son visage. Signe qu’il s’agissait d’un marabout. Belaïd dit aussi : un saint.

Marabout, saint… Foucauld, en revanche, n’était pas l’ermite qu’on a présenté souvent. Plus jeune, il avait rêvé de s’enfermer derrière une clôture à Nazareth pour y mener la vie cachée et obscure de Jésus enfant ; il avait même rédigé alors une règle de retrait excessivement sévère, à l’intention d’un ordre qui n’existera jamais. Plus tard, en 1905, choisissant Tamanrasset, il s’établit certes dans un avant-poste mais son intention est, en fait, de se porter au contact des gens qui demeurent dans cette petite termitière humaine et des nomades qui y passent. Il reçoit qui veut, écoute les propos de ses hôtes qui lui permettent d’achever le dictionnaire français-touareg en chantier depuis longtemps : Foucauld a la rage de comprendre. Mais aucunement celle de convertir : il ne trouvera personne pour assister à la messe qu’il finit par célébrer seul.

On pense irrésistiblement aux morts de Tibhirine. Même si elles sont pareillement obscures, les circonstances ne sont pas semblables . Foucauld n’est pas, comme les moines de Tibhirine, un homme d’après la colonisation. Mais il a longtemps été comme eux un cistercien. Et il a témoigné d’une même présence silencieuse de frère universel.

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