Le discours que prononcera Louise Weiss le 17 juillet 1979 au Parlement de Strasbourg sera le dernier grand tour d’une femme qui, sa vie durant, a inventé toutes sortes de gestes pour attirer l’attention. Et cette maitresse femme réussira à faire se lever ses collègues pour une minute de silence.

Manifestation pour le vote des femmes à Paris en avril 1936
Manifestation pour le vote des femmes à Paris en avril 1936 © Getty / Keystone-France

Elections européennes de 2019. Les têtes de liste que l’extrême droite et la droite françaises viennent de désigner ont respectivement 23 et 33 ans.

Européennes de 1979, les premières au suffrage universel direct. Louise Weiss joue aussi de son âge pour obtenir une place éligible. Mais elle a 86 ans. Elle dispose d’un argument : « Je serai la doyenne ; avec moi, ce sera une française qui présidera la première séance de Strasbourg. » Et, double chance pour notre pays, Louise Weiss passera ses pouvoirs d’un jour à sa collègue élue à la présidence, une française encore, une « jeunette » dit-elle : Simone Veil.

Le discours que prononcera Louise Weiss le 17 juillet 1979 sera le dernier grand tour d’une femme qui, sa vie durant, a inventé toutes sortes de gestes pour attirer l’attention.

Il connaitra plus qu’un succès de curiosité. Il est vrai qu’il excédera les codes. Elle y convoquera les des grands anciens : « Entrez, Victor Hugo et Aristide Briand, Konrad Adenauer et Charles de Gaulle… » Et cette maitresse femme réussira à faire se lever ses collègues pour une minute de silence à leur mémoire. « Mesdames et messieurs les députés, vous détenez les étincelles, rallumez les phares. »

Avant la robe noire, le triple collier de perles et la médaille d’officier de la Légion d’honneur qu’elle affichera ce jour, on lui a connu toutes sortes de tenues. Editorialiste et reporter, maitresse de salon dans son hôtel particulier de l’avenue du Président Wilson, romancière voire auteur de théâtre, conductrice de 2 CV dans les rues de Paris et sur les routes du monde où elle réalisa une trentaine de films documentaires… La cause européenne la vit toujours infatigable sauf au milieu des années 30, où elle en désespéra : on l’a vue alors choisir un combat de substitution : le droit de vote des femmes. Et rarement le féminisme fut aussi inventif que pendant cette brève période où elle l’incarna.

Bibliographie :

Célia Bertin Louise Weiss (Albin Michel)

Michel Lœtscher Louise Weiss, une Alsacienne au cœur de l'Europe (Editions Place Stanislas) 

Louise Weiss Mémoires d'une européenne - 6 tomes (Payot/Albin Michel)

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