Il faut toujours interroger l’histoire des mots. « Moralisation » apparaît en 1823, sous la Restauration.

Le garde des sceaux François Bayrou en conférence de presse à Pau. Il est en charge de la future loi sur la moralisation de la vie publique - 19 mai 2017
Le garde des sceaux François Bayrou en conférence de presse à Pau. Il est en charge de la future loi sur la moralisation de la vie publique - 19 mai 2017 © AFP / IROZ GAIZKA

Il faut toujours interroger l’histoire des mots. « Moralisation » apparaît en 1823, sous la Restauration. C’est typiquement un terme que les classes supérieures du XIXème utilisent pour désigner le redressement nécessaire des classes inférieures : moins d’alcool, moins de sexe, moins d’abus. C’est piquant de le voir retourné aujourd’hui pour désigner la surveillance des « élites », au nom du peuple.

A ces « élites », la tradition républicaine demanda longtemps de la vertu. La vertu, c’est la virtus, le courage, la force qu’on trouve en soi-même. Avoir de la vertu, c’est pousser bien, droit, énergiquement. Et faire vertu dans les tragédies de Corneille qu’on lut longtemps dans les écoles, c’est avoir de l’efficacité.

Aujourd’hui, la vertu individuelle est passée de mode et on en sourit. Nietzsche l’avait prédit et c’est largement vérifié depuis les années postérieures à 1968 ! Sauf qu’il faut bien des règles. Si elles ne sont pas produites par le contrôle de soi, il est dorénavant demandé à l’Etat de les fixer. Il le fait à grands renforts de contrôle. Et de mots. République irréprochable sous Sarkozy, République exemplaire et transparente sous Hollande… Financement des campagnes électorales, des partis politiques, contrôle des marchés publics…

Le grand nettoyage répété chaque printemps, chaque saison même, est sans doute nécessaire et appelé de ses vœux par une majorité de l’opinion. C’est d’ailleurs un mouvement international, chaque pays veillant à ne pas prendre de retard sur l’autre en matière de réglementation. Faut-il l’appeler « moralisation » pour autant ? « Normalisation » ne serait-il pas au moins aussi exact ?

La politique doit avoir l’honnêteté d’utiliser exactement les mots.

Chanson Le président et l'éléphant de Gilbert Lafaille

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