Au printemps 1976, un coup d’état installe en Argentine une énième dictature militaire qui se distingue des précédentes par sa volonté d’avancer sans visage.

En mars 2016, manifestation des Mères de la Place de mai pour les 40 ans du coup d'état
En mars 2016, manifestation des Mères de la Place de mai pour les 40 ans du coup d'état © AFP / EITAN ABRAMOVICH

Au long des années 1970, la violence s’était généralisée en Argentine : le péronisme au pouvoir avait éclaté, les guérilleros et les escadrons de la mort cherchaient la provocation… Au printemps 1976, un coup d’état installe une énième dictature militaire qui se distingue des précédentes par sa volonté d’avancer sans visage. La junte est dirigée par des généraux et des amiraux qui paraissent interchangeables.

Et quotidiennement elle fait enlever ses adversaires : les opérations menées dans de longues voitures noires sans immatriculation se font la nuit, les personnes arrêtées sont enveloppées d’une cagoule, transférées dans des centres de détention dissimulés et on dit ensuite aux familles qu’elles ont disparu. Leur nombre, selon les estimations, s’établit entre 20000 et 30000 dont quelque 500 enfants, enlevés en même temps que leurs jeunes parents ou bien nés de femmes enceintes séquestrées.

L’opinion internationale touchée par mouvement des Mères

Face à cette situation inédite, la réponse était difficile. Plusieurs organisations de défense des droits de l’homme sont alors intervenues mais l’opinion internationale a été beaucoup plus sensible au mouvement des Mères qui s’est levé timidement le 30 avril 1977. C’étaient des femmes de 40 à 60 ans ; elles étaient lasses d’entendre leurs interlocuteurs dans les commissariats de police et les palais de justice leur dire que non, ils ne savaient pas où avaient pu passer leurs fils et leurs filles.

La force dont elles disposaient et qu’elles ignoraient, c’est qu’elles parlaient précisément le langage de la défense de la famille, qui se trouvait être aussi celui de la propagande officielle. Surtout, les Mères bientôt rejointes par les Grand’mères, surent inventer des moyens de s’affirmer qui leur appartenaient : la ronde, place de Mai à Buenos Aires, au cœur du pouvoir, chaque jeudi, l’usage de signes de reconnaissance, le tout, une fois qu’elles furent assez fortes, dans une certaine bonne humeur car elles prenaient un malin plaisir à emmener les autorités militaires dans leurs chemins de traverses.

Programmation musicale : Gustav Malher "Symphonie n°5 en ut dièse mineur : Trauermarsch" par l'Orchestre symphonique de Chicago sous la direction de Daniel Barenboim (1997)

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