Les libéraux aujourd’hui ne jurent que par Aron et renvoient Marx dans les ténèbres extérieures. Mais s’ils lisaient vraiment Aron, ils verraient qu’il fut un des meilleurs lecteurs de Marx. Aron rêva toujours de lui consacrer un grand ouvrage. Il disait que « Le Capital » était une « entreprise géniale ».

Portrait de Karl Marx (1818-1883)
Portrait de Karl Marx (1818-1883) © AFP / H. Mizruha / RIA Novosti / Sputnik

Longtemps, que n’a-t-on pas dit de Raymond Aron ? Homme des choix raisonnables, il n’aurait déployé son talent et son savoir que dans l’ intention  de prouver que les choses ne peuvent pas être autrement qu’elles sont.

Au nom de cette vision fausse, Raymond Aron, à la fin de sa vie, a été porté sur les autels par la droite. Mais il faut se méfier des canonisations. Comme des excommunications.

Les libéraux aujourd’hui ne jurent que par Aron et renvoient Marx dans les ténèbres extérieures. Mais s’ils lisaient vraiment Aron, ils verraient qu’il fut un des meilleurs lecteurs de Marx. Aron rêva toujours de lui consacrer un grand ouvrage. Il disait que « Le Capital » était une « entreprise géniale ». Il l’enseignait très précisément à ses étudiants. Il présentait le philosophe de l’histoire, l’économiste, le sociologue…

D’ailleurs, si les libéraux d’aujourd’hui lisaient les libéraux d’hier, ils verraient que ceux qu’ils présentent comme leurs aïeux se sont toujours formés dans le corps-à-corps avec les socialistes. Avant l’apparition de Marx, dès le premier XIXème, ils travaillaient plume à la main sur Saint-Simon, Fourier, Proudhon ; ils les moquaient, les caricaturaient mais ils savaient à peu près ce qu’ils disaient.

Il faut leur savoir gré d’avoir été, dans le même mouvement, les premiers à lire Marx. Ce qui n’était pas facile car il s’exprimait dans le vocabulaire de la philosophie allemande et de la science économique britannique et qu’on mit longtemps avant de savoir comment …ne pas mal le traduire. Puissent leurs lointains défenseurs reprendre l’effort. Marx a d’autres vocations que d’être un mythe mobilisateur pour la radicalisation de la gauche et une cible commode pour une droite paresseuse. On peut faire le pari qu’il constitue toujours une ressource théorique.

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